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Diane Arbus au Jeu de Paume : un certain regard

Publié le 4 novembre 2011 Par Pauline L.
Diane Arbus, Jumelles identiques

Diane Arbus investit le Jeu de Paume à Paris, le temps d'une exposition exceptionnelle qui rassemble plus de 200 de ses clichés. Deux salles sont aussi consacrées aux carnets intimes de la photographe ainsi qu'à la chronologie de sa vie.

Du 18 octobre 2011 au 05 février 2012, les œuvres de la photographe Diane Arbus viennent coloniser les murs blancs du musée du jeu de Paume. Née en 1923 et disparue en 1971, Diane Arbus a consacré sa vie à capturer des visages et des regards, au gré de ses rencontres. Le musée du Jeu de Paume propose de découvrir son œuvre dans un ordre chronologique, des premières photos prises avec son compagnon Allan Arbus, qui deviendra son mari, jusqu'aux derniers clichés célèbres et célébrés, de plus en plus vifs et précis. L'art d'Arbus suit les développements de la photographie, et l'outil qui s'affine lui permet un rendu d'avantage percutant. Mais ce qui change surtout c'est son regard, qui ne cesse jamais d'observer tout en s'émerveillant, en s'étonnant, en s'amusant. Un regard d'artiste et de photographe.

Observer une photographie d'Arbus c'est partager un certain regard, c'est voir à travers ses yeux. Elle disait elle-même qu'elle aimait épier les réactions des personnes qui se rendaient à ses expositions. L'Amérique qu'elle nous fait découvrir est pleine de nuances, d'humour, parfois de cruauté. Ses photos au flash offrent une vision frontale de ses sujets. Dans les salles finales de l'exposition, le jeu de Paume nous propose de découvrir des extraits de carnets de la photographe, qui nous permettent de comprendre un peu plus son travail : son moteur, sa motivation, c'était avant tout de partir à la quête de l'individuel et des individus. Elle savait être fascinée par ses sujets, même si elle aimait montrer leurs aspects ridicules ou burlesques. Nudistes, transsexuels, vieilles stars déchues, cracheurs de feu, patriotes ou trisomiques, ils trouvent tous une place dans la galerie d'Arbus, qui finit par former tout un monde autour de son objectif. Au travers de ces deux cent clichés, on découvre les Hommes, l'Amérique sous un nouveau jour.

Les cadres sont particulièrement soignés, avec un parfait équilibre entre le sujet et son arrière plan. L'être humain est toujours central, en particulier les yeux et le regard, et même dans les quelques natures mortes, la présence de l'homme est suggérée. Très tôt dans sa carrière, Arbus se détourne de la photographie de mode (elle travaillait avec son mari pour Glamour ou Vogue) pour entreprendre d'autres projets plus personnels. Ce qui l'intéresse, ce n'est pas la perfection, mais bien la particularité de chacun. La laideur, le bizarre, l'étrange ne la dérangent pas et au contraire, ses photos s'en nourrissent. Sur la pellicule s'impriment les textures de la peau, les rides, les marques de vieillesse, les empreintes du temps et de la déchéance. Souvent au détour d'une photographie on croise un homme déguisé en femme, un géant, ou une star de cinéma vieillissante. Il y a aussi quelques célébrités, mais Arbus sait les regarder comme les autres. Son univers se fonde autour des freaks, des « minorités tranquilles » comme elle les appelle. Comme si elle était la première à savoir les regarder, enfin.

Comme son contemporain, le photographe Richard Avedon, Diane Arbus est intéressée par le développement d'une vision personnelle et individuelle de l'Amérique. Elle utilise certain de ses symboles (les drames Hollywoodiens, Disneyland, le patriotisme...) pour mettre en place des mises en abime particulièrement bien vues. Utiliser les clichés mainstream pour dresser un portrait de la marge, voilà la plus grande réussite de Diane Arbus. Elle manipule avec beaucoup d'adresse le genre, le masculin et le féminin, dans un jeu permanent entre les frontières. Elle qui écrivait : « Je voudrais photographier tout le monde », elle a su voir au travers de ses sujets, même ceux à qui elle met un masque. C'est cette curiosité permanente qui nourrit son univers et rend cette exposition au Jeu de Paume si riche et intense. On en ressort avec des portraits imprimés en nous, et des regards qui hantent. Et on comprend la force de la photographie.

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