Interview : l'inqualifiable chilly gonzales

Par Caroline de Sortiraparis · Publié le 26 juillet 2011 à 17h18
Sortiraparis a rencontré le génie Canadien Chilly Gonzales, le vendredi 22 juillet 2011, à l’occasion de son passage au Festival Fnac Live. Retour sur ses nombreuses collaborations, son parcours dans la musique depuis une dizaine d'années et son dernier album.
SAP // Finalement, tu es peu présent sur les festivals cet été. Pourquoi avoir accepté de participer à Fnac Live ?

Chilly Gonzales // En fait, j’ai commencé à être le roi de mon propre destin depuis que j’ai lancé mon propre label, en 2009, à partir de l’album "Ivory Tower". Depuis ce moment, je dois vraiment penser avec un chapeau de businessman. Quand la Fnac m’a appelé, j’ai cherché le chapeau dans mon tiroir, je l’ai mis et je me suis dit que ce festival était bien car il offrait une espèce d’exposition maximale pour mon album. Puis en principe, je ne suis pas très expert pour jouer en plein air et je crois qu’un concert est toujours mieux s’il n’y a pas beaucoup de compétition entre les artistes. Dans beaucoup d’autres festivals, il y a de nombreux d’artistes programmés, ça fait un peu supermarché. Donc je préfère jouer pour 50 personnes mais 50 personnes qui sont enfermées, qui n’ont pas le droit de sortir ni de regarder ailleurs. Ils ne peuvent pas partir. Aller voir Gonzales, c’est aller en prison mais une prison magnifique.

SAP // Quel regard portes-tu sur tes 10 années passées dans le milieu musical ?

Chilly Gonzales // Je suis content même si ça cela a mis du temps à venir. En étant pianiste mais aussi quelqu’un qui aime déconner, je ne suis pas fait pour être dans le milieu dans lequel je suis vraiment. Mais j’essaye de trouver un moyen pour que mon travail ne soit pas trop agaçant et ma musique pas trop démodée. Donc j’ai pas mal d’obstacles à surmonter afin d’exister vraiment et de faire le Festival Fnac Live par exemple. Il n’y a pas beaucoup de pianistes qui sont demandés je pense.
C’est donc un projet qui a duré 10 ans et qui est monté lentement parce que je peaufine tous les albums.

SAP // Je me souviens de ce concert que tu avais fait en 2009. Le concert le plus long au monde, soit 27h et 03 minutes !

Chilly Gonzales // A cette époque là, j’étais un peu dans le deuil, car j’avais fait une certaine erreur stratégique sur l’album "Soft Power". J’avais signé chez Mercury et j’avais essayé d’élargir mon public de façon trop rapide. A ce moment, je voulais donc changer et créer un événement, mais qui n’était pas la sortie d'un album. Car à cette époque, je me demandais ce que c’était de faire un opus, pourquoi je devais en faire un… Et je m’en suis sortie un an plus tard en faisant l’album avec Boys Noize et en lançant mon label qui me permet aujourd’hui de faire des disques quand je veux mais aussi continuer ce que j’aime : tourner.

SAP // Un mot sur ton dernier opus ?

Chilly Gonzales // "The Unspeakable Chilly Gonzales" est un album de rap orchestral. Il n’y a pas de machines de batteries ni de synthétiseurs. C’est vraiment un orchestre symphonique, philarmonique. Et je rappe là-dessus. Mon frère a fait les orchestrations, donc c’est vraiment fait en famille. Et je tourne, parfois quand je peux, avec l’orchestre symphonique ou bien un orchestre plutôt tzigane de 10 personnes.
J’adore mon côté un peu dictatorial et avoir une armée de gens que je paye et qui n’ont pas le droit de dire non. Je peux les forcer à faire ce que je veux. Pour le côté mégalo, c’est intéressant. Je comprends les chefs d’orchestre avec un égo démesuré maintenant (rires).

SAP // Tu as beaucoup collaboré avec Peaches, Jane Birkin ou encore Feist. As-tu d’autres collaborations en vu ? Je crois d’ailleurs que tu viens de participer au prochain opus de Feist ?

Chilly Gonzales // Oui, on vient de faire le mastering du troisième album de Feist, qui s’appelle "Metals" et qui va sortir en octobre. J’en suis très content. Sinon, je bosse en permanence avec des amis comme Peaches. On a fait un projet de comédie musicale qui s’appelait Peaches Christ Superstar, avec moi au piano et elle au chant dans une performance assez athlétique, très musicale et très dramatique.
Je travaille aussi avec Mocky, Jamie Lidell... J’ai joué un peu avec Daft Punk pour leur prochain projet. J’ai collaboré aussi avec un rappeur Canadien qui s’appelle Drake. Je rêvais depuis pas mal de temps d’avoir accès à une grande star de rap, comme on dit NBA. J’avoue que c’était un moment assez triomphal pour moi.

SAP // C’est donc important pour toi de collaborer avec d’autres artistes ?

Chilly Gonzales // Parfois, quand je rencontre quelqu’un que je trouve charismatique et dont j’aime bien la musique, je peux en être jaloux, mais dans un sens positif. Par exemple, comment fait Philippe Katerine pour écrire ses paroles aussi vite ? Je l’ai vu en studio écrire un truc, sur une serviette, qui a fini par devenir une grande chanson française. Il le fait en 15 minutes. Des moments comme ça, ça me rend jaloux. Non pas parce que je veux faire ça. Je sais que je n’en suis pas capable. C’est donc pour ça que je souhaite être proche de ces gens là. Je veux savoir comment certaines personnes y arrivent.

Je me demande comment Jane Birkin arrive à être aussi impliquée dans son rôle concernant le patrimoine de son ex mari, Serge Gainsbourg et à assumer ce rôle avec grâce. Ce sont des choses qui m’intéressent car ce sont de grandes qualités. Ce sont des gens très créatifs et qui ont eu du succès. Et le succès m’attire. En fait, je veux être avec des gens qui ont du succès parce que je veux savoir quels sont leurs secrets. Je suis jaloux et je veux voler leurs secrets. C’est pour cela que je collabore avec les gens (rires).

Chilly Gonzales
"The Unspeakable Chilly Gonzales" // Disponible depuis le 6 juin 2011 - Gentle Threat
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