Covid-19 : des risques élevés de troubles psychiatriques chez les malades rétablis selon une étude

Par Alexandre G. · Publié le 13 novembre 2020 à 15h03 · Mis à jour le 14 novembre 2020 à 11h18
Depuis l'instauration des premières mesures de confinement, il y a maintenant plus de 9 mois, une grande partie de la population mondiale se voit dans l'obligation de modifier ses habitudes. Anxiété, troubles du sommeil, bien-être altéré, l'impact psychologique du confinement inquiète les scientifiques et commence à devenir une réalité pour des milliers de Français. Comme le confinement, le virus serait lui aussi susceptible de générer des troubles psychiatriques chez les malades rétablis selon une étude.

À l'heure d'un deuxième confinement et d'une deuxième vague de l'épidémie du Covid-19, existe-t-il un lien entre les symptômes de la maladie et l'état psychologique des personnes touchées ? Dans une étude publiée ce vendredi 13 novembre 2020 par The Lancet Psychiatry et révélée par nos confrères de France Culture, des chercheurs de l'université d'Oxford se sont penchés sur les données de 62 000 patients américains atteints du Covid , aujourd'hui "a priori" rétablis. Du moins, qui ne présente plus de symptômes physiques de la maladie. 

Et pour cause : on savait déjà que le virus pouvait entraîner des lésions respiratoires et atteindre à notre santé physique ; maintenant, on sait que la Covid-19 peut aussi toucher notre santé psychologique. En effet, les scientifiques constatent que des troubles psychiatriques comme l'anxiété, l'insomnie, la dépression ou le stress post-traumatique apparaissent souvent chez les patients dans les 90 jours après l'infection. Des lésions sérieuses, qui surviennent même chez les patients non hospitalisés ou qui n'ont jamais eu d'antécédents psychiatriques. En comparant les résultats avec d'autres maladies comme la grippe ou les fractures physiques, les risques d'atteinte à la santé mentale seraient multipliés par deux. 

Bien entendu, la Covid-19 n'est sans doute pas le seul facteur responsable de l'apparition de ces troubles. Si les scientifiques laissent entendre que la Covid-19 pourrait être le facteur déterminant, difficile de se contenter de ce constat pour en tirer une conclusion générale. Le contexte de confinement, les nombreuses nouvelles règles à suivre, la distanciation sociale obligatoire qui nous éloigne les uns des autres, ou encore les conséquences de la crise économique : on pourrait expliquer ces résultats surprenant en fonction de beaucoup d'autres critères. 

Aussi, à défaut de nous faire bouger, le confinement nous fait réfléchir. Un peu trop, à en croire un bon nombre de Français. C'est en tout cas ce que révèle l'enquête Coconel, menée sur un panel Ifop d'un millier de personnes en France du 31 mars au 2 avril 2020 par un consortium de chercheurs de l'UMR Vitrome de Marseille, du Centre d'investigation clinique Cochin-Pasteur à Paris, et de l'École des hautes études en santé publique de Rennes, publiées par Le Figaro. À en croire les résultats des centres de recherche, trois adultes sur quatre souffriraient de problèmes de sommeil, et plus d'un tiers d'entre eux présenteraient des signes de détresse psychologique

Et c'est surtout la comparaison avec les chiffres de 2017 qui inquiète les chercheurs. D'après eux, si l'on confronte les données collectées depuis le début du confinement le 12 mars à celles enregistrées en 2017 à partir du même panel, on constate "une nette dégradation de la santé mentale au cours du confinement". Rien de surprenant, mais encore plus inquiétant, lorsqu'on sait que "beaucoup de patients renoncent à consulter un médecin du fait du confinement". Un écart trop important, cumulé avec un manque de prise en charge et de soin incontournable, qui aurait pour conséquence directe de "favoriser la survenue de pathologies psychiatriques sévères", ainsi qu'un "rebond de la demande de soins en levée de confinement". Rien de rassurant...

Les résultats de l'étude démontrent également que les jeunes et les personnes en recherche d'emploi ou avec des "difficultés financières" sont ceux qui souffrent le plus durement du confinement. Plus de 70% d'entre eux "se distinguent par des niveaux plus élevés que les autres catégories de population" précise l'étude. Et le risque de stress post-traumatique n'est pas loin. En effet, les chercheurs s'inquiètent des conséquences sur le long terme de la crise sanitaire sur la psychologie des Français. Avec pas moins de 37% des Français interrogés qui "présentent des signes de détresse psychologique", on comprend que le confinement actuel cache une menace encore plus importante : celle d'un impact psychologique de grande ampleur sur la population, étalé dans le temps. Encore une fois, ce sont les jeunes, en particulier les hommes, qui sont les plus mis en évidence par l'étude. Selon les scientifiques, pour les hommes de 18 à 25 ans, l'écart avec le baromètre de 2017 serait de 25%. 

Inégalité d'état psychologique selon les générations, liée à l'inégalité de richesse. C'est l'autre donnée révélée par la note de synthèse : 55% des personnes interrogées avec un bas revenu seraient en état de détresse psychologique, contre seulement 22% pour les plus aisés. Même disparité avec l'étude de 2017, dont la comparaison fait apparaître une "nette dégradation". Et les médecins sont formels : plus la situation perdure, plus le risque de voir de nombreuses pathologies débarquer dans nos têtes est important. 

Informations pratiques

Site officiel
www.mediterranee-infection.com

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