Maladie de Kawasaki : des tests sanguins réalisés sur les enfants gravement atteints

Par Manon C. · Publié le 18 mai 2020 à 13h37 · Mis à jour le 18 mai 2020 à 13h38
Depuis plusieurs semaines, un lien est fait par les médecins entre l'infection au Coronavirus et la maladie de Kawasaki chez les enfants, provoquant chez eux des défaillances cardiaques. 125 cas de maladie de Kawasaki ont été relevés en France, les semaines passées. Le lien entre les deux maladies pourrait être expliqué par un facteur génétique. Des échantillons de sang ont également révélés récemment des niveaux élevés de cinq composants sanguins chez les enfants gravement atteints.

C'est un sujet qui inquiète bon nombre de médecins en Ile-de-France et en France depuis plusieurs semaines : de nombreuses défaillances cardiaques ont été recensées chez les enfants de 8 à 15 ans, dans les unités de réanimation pédiatrique des hôpitaux parisiens, mais aussi européens. 

Tous ces enfants ont été testés positifs au Coronavirus (par recherche d'anticorps), sans facteurs de comorbidité et sans symptômes apparents, pour la plupart. Mais d'autres symptômes plus alarmants ont conduit trois grands services parisiens à se concerter, il y a quelques semaines, et à recenser une quinzaine de cas de myocardites, c'est-à-dire l'inflammation du tissu musculaire du coeur qui conduit à des défaillances cardiaques et des états de choc respiratoire, chez les enfants hospitalisés. 

"A l'hôpital Trousseau, nous en avons constaté trois en dix jours, contre deux ou trois par an habituellement. A Necker, c'est plus d'une dizaine et à l'hôpital Robert Debré, trois ou quatre. Autant dire un bilan totalement anormal en cette période", détaillait, le 29 avril dernier, le Professeur Pierre-Louis Léger, chef de service de la réanimation pédiatrique de l'hôpital Trousseau. 

Un document transmis par le Centre maladies rares des malformations cardiaques congénitales recensait alors au moins 25 cas en trois semaines en Ile-de-France, "dont neuf rien qu’à Necker sur les deux derniers jours". Cette note évoque "un nombre croissant d’enfants de tous âges hospitalisés dans un contexte d’inflammation multi-systémique associant fréquemment une défaillance circulatoire avec des éléments en faveur d’une myocardite".

Dans un communiqué publié le 13 mai, la Direction Générale de la Santé révèle avoir "demandé à Santé publique France de surveiller de façon active la survenue de maladies systémiques atypiques pédiatriques, confirmées ou suspectées d’être en lien avec le COVID-19. Ces tableaux rares, évocateurs de syndrome de Kawasaki ou de myocardites (dysfonction cardiaque, fièvre, troubles digestifs, syndrome inflammatoire persistant) doivent faire l’objet de signalements de la part du médecin généraliste, du pédiatre ou du service hospitalier en charge de l’enfant." Les Agences Régionales de Santé ont ainsi identifié 125 cas de la maladie de Kawasaki "ces dernières semaines".

Par ailleurs, le lien entre le Coronavirus et la maladie de Kawasaki pourrait enfin avoir été trouvé. En effet, une majorité de des enfants touchés, ces dernières semaines, par la maladie de Kawasaki sont originaires d’Afrique, d'Afrique du Nord et des Antilles. La piste génétique est donc désormais évoquée par les médecins. 

"Une demande a été adressée à la Commission nationale de l’informatique et des libertés pour pouvoir recueillir l’origine ethnique, ce qui est sensible en France", explique Alexandre Belot, rhumato-pédiatre à l’hôpital Femme-mère-enfant de Lyon et chercheur. "Deux hypothèses sont explorées : la piste génétique associée à une réponse immunitaire excessive qui conduit à l’inflammation et la piste du pathogène en étudiant les souches virales identifiées dans les cas de Kawasaki." précise-t'il. 

Vendredi 15 mai, La Provence rapporte qu'un enfant de 9 ans est décédé à Marseille de la maladie de Kawasaki. Une première dramatique en France. Fabrice Michel, le chef du service de réanimation pédiatrique de l'hôpital de La Timone, où a été pris en charge l'enfant, assure que cette issue mortelle est "rarissime". L'enfant aurait développé "ce qu'on pense être une myocardite. Il conviendra d'exploiter son dossier médical, afin de comprendre s'il n'avait pas de pathologie préexistante", précise Richard Nicolas, chef de service en ORL pédiatrique dans le même établissement.

Pour rappel, les médecins font part de symptômes bien spécifiques, qui font penser à ceux d'une maladie infantile rare (même si tous les symptômes ne "collent pas") : la maladie de Kawasaki, bien connu des pédiatres, et fréquente en Asie. Elle se manifeste par une inflammation des artères, notamment coronaires, susceptible d'aboutir à un infarctus du myocarde.

"Elle se décrit par des états fébriles, des douleurs abdominales, des troubles digestifs, parfois des éruptions cutanées et un état de choc respiratoire. Dans certains cas, une défaillance cardiaque nécessite un placement en réanimation et des traitements spécifiques." précise le professeur Léger. 

"Nous ne comprenons pas encore pourquoi cet afflux de jeunes patients est retardé par rapport à celui de l’épidémie en Ile-de-France. Nous n’affirmons pas qu’il y a une causalité entre l’infection par le Covid-19 et ces tableaux cliniques. Mais une hypothèse en ferait une maladie secondaire au Covid-19, comme une conséquence d'une infection souvent passée inaperçue. Un phénomène inflammatoire à retardement."

Des cas similaires ont également été recensés en Italie, en Espagne, en Belgique et au Royaume-Uni, les semaines passées. Mais le professeur Léger se veut rassurant : "L'évolution des malades traités est plutôt favorable, même s'il nécessite un séjour en réanimation, et des médicaments pour soutenir le coeur. Les enfants répondent bien aux traitements. Pour les trois patients de mon service à Trousseau, tous ont récupéré. A ce jour, aucun patient n'a eu de conséquences graves, mais cela nécessite un suivi et une alerte." 

Par ailleurs, des chercheurs de l'Imperial College de Londres ont analysé le sang des enfants présentant des formes graves de la maladie de Kawasaki et ont observé des niveaux élevés de cinq composants sanguins : la ferritine, la protéine C-réactive, la troponine, le peptide natriurétique de type B (BNP) et  les D-dimères.

"Nous avons observé que ces marqueurs sont présents chez les patients gravement atteints de la maladie de Kawasaki, et qu'ils atteignent des niveaux inférieurs chez ceux présentant une forme plus 'normale'. Nous pensons qu'ils peuvent nous aider à détecter quels enfants risquent de développer une insuffisance cardiaque nécessitant un transfert en soins intensifs." déclare ainsi Michael Levin, professeur de pédiatrie et de santé internationale des enfants à l'Imperial College de Londres. 

Des échantillons de sang sont actuellement collectés dans plusieurs hôpitaux européens pour corroborer cette nouvelle hypothèse. 

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