Paris : 2785 sans-abri dormaient à la rue en mars 2021 selon la mairie

Par Elodie D. · Publié le 1 avril 2021 à 15h25 · Mis à jour le 1 avril 2021 à 17h02
Une semaine après la Nuit de la Solidarité, la mairie de Paris vient d'annoncer que 2785 sans-abri avaient dormi dans l'espace public dans la nuit du 25 au 26 mars 2021. Cette opération, la 4e du genre, vise à connaitre précisément le besoin d'hébergement d'urgence de la capitale mais aussi le profil type des SDF de Paris.

Il y a quelques semaines, nous recevions Léa Filoche, l’adjointe à la maire de Paris chargée de la solidarité et de la grande exclusion, pour nous parler de la Nuit de la Solidarité. Elle nous y expliquait l’importance de décompte des sans-abris dans les grandes villes : « Le sans-abrisme relève de la lutte contre la grande exclusion qui fait partie des missions régaliennes, des missions importantes de l’État, qui a en charge d’assurer la mise à l’abri et la protection de toutes et tous, et les villes ont en charge la question de l’action sociale, qui vient compléter la mise à l’abri », racontait l’élue, révélant au passage des désaccords sur les chiffres avec le gouvernement.

« Du coup, pour que tout le monde soit d’accord on a pris cette idée des États-Unis, de New York pour être précise, et ça nous a permis en fait de clarifier la question du nombre des personnes qui nous reste à héberger avec l’État et avec les associations partenaires. L’idée c’était aussi de rendre visibles les invisibles ».

Pour avoir un décompte le plus précis possible, la Mairie de Paris demande à plus de 2000 bénévoles réunis en équipes, de parcourir la capitale, mais aussi « les parkings, les métros, les RER, les gares, les hôpitaux, dans les parcs et jardins », en moins de trois heures, afin de comptabiliser les sans-abris qui n’ont pas trouvé de place — ou n’en ont pas souhaité — dans l’une des 32 300 places en structures, une augmentation de 28 % par rapport à l’an dernier.

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Lors de notre entretien, Léa Filoche nous rappelait que la Nuit de la Solidarité n’est pas une maraude : « On ne vient pas apporter un café, une couverture, nous sommes des équipes de décompte », mais précise « les équipes ont un petit questionnaire, avec des questions qu’on peut essayer de poser aux personnes qu’on croise — on n’est pas obligé de les poser, les gens ne sont pas obligés de répondre et une personne sur deux accepte de répondre ».

Ces questions, au nombre de 30, « nous permettent de savoir quelles sont leur situation économique, leur situation administrative, quelles sont les démarches qu’ils ont fait, on essaie de comprendre comment ils sont arrivés dans cette situation, en situation de rue, à Paris, on essaie de savoir s’ils ont fait appel au 115, on essaie de comprendre quelle est leur situation ».

Si les chiffres étaient stables les trois précédentes éditions, avec entre 3400 et 3600 personnes sans-abri dans le territoire parisien, « la crise, elle, a eu des effets assez dramatiques sur les gens qui étaient déjà en situation de grande exclusion, car [ils ont perdu] le peu qu’ils avaient éventuellement en ressource ».  «Pendant le confinement, tout a fermé donc ça a été très brutal » rappelle l’élue parisienne. Et de souligner : « on a essayé de mettre en place des choses pour essayer de pallier tout cela mais ce n’est pas simple y compris parce que cela a un coût. » Léa Filoche s’insurge alors contre les établissements vides : « C’est insupportable de se dire qu’il y a autant de mètres carrés vides dans Paris alors qu’il reste encore 3500 personnes à la rue. » D’où les conventions avec des hôtels.

Résultat, une baisse de 23 % des personnes dormant dans la rue par rapport à l’année dernière. Parmi ces personnes, 1 867 ont été décomptées dans les rues de Paris et 386 dans les espaces gérés par les partenaires institutionnels : 201 personnes dans les gares, 144 personnes dans les stations de métro. Enfin, 532 personnes ont été décomptées dans d’autres secteurs (bois, parcs et jardins, talus du périphérique, etc.). Leur profil va être étudié par l’APUR, qui présentera son rapport dans les mois à venir.

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Pour Léa Filoche, ce chiffre est le résultat de l’action de l’État face au coronavirus : « L’État a fait le choix de s’engager cette année dans une politique d’hébergement d’urgence plus volontaire, a accentué et diversifié son offre, argue-t-elle. L’hébergement d’urgence reste toutefois insuffisant au regard des besoins observés et nous resterons vigilants à ce que des solutions plus pérennes voient le jour. »

Mais les besoins ne sont pas les mêmes pour tous les sans-abris. « On a des publics un peu spécifiques : des familles qui sont expulsées, des usagers de drogues qui sont en errance et en souffrance particulière et qui ont besoin d’un accompagnement spécifique, on a des hommes seuls, des dames qui sortent juste de maternité avec un nourrisson, et tous ces publics-là, il faut réussir à les mettre à l’abri et à construire des parcours qui permettent à ce que la mise à l’abri ne soit pas juste ça, avec un travailleur social qui permet de défaire les nœuds. »

À cela, la mairie répond par une politique forte de la ville, notamment sur les logements. L’élue rappelle que « la mise en place du blocage des loyers a quand même permis de freiner l’augmentation du prix ». La ville compte aussi sur la colocation intergénérationnelle et la transformation d’immeubles de bureaux en immeuble de logements pour aider à combler les besoins de logements et réaliser plus de logements sociaux.

Il y a quelques jours, le collectif Morts de la Rue, soutenu par le journal La Croix, révélait le nom des 535 « morts de la rue » en 2020.

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