Crack à Paris : la Ville, les mairies d'arrondissement et l'État en quête de solutions

Par Alexandre G. · Photos par Alexandre G. · Publié le 5 juin 2021 à 16h19 · Mis à jour le 5 juin 2021 à 16h19
La maire de Paris dénonce le manque d'action de la part de l'État face à la gangrène du trafic de crack qui ronge le nord-est de Paris depuis de longues années. Pour l'heure, les toxicomanes ont été regroupé dans les jardins d'Eole, sur décision de la préfecture de police de Paris. Le 7 juin, l'exécutif prévoit une réunion afin de trouver, en accord avec les mairies d'arrondissement et la Ville, des solutions pérennes.

Face à la colère des Parisiens, les pouvoirs publics sonnent le branle-bas de combat. Tandis que la situation dans le nord-est de Paris s'envenime encore et toujours en raison de l'ampleur du trafic de crack bien installé dans ses rues, l'exécutif parisien et gouvernemental rêve d'une sortie de crise sans armes, ni heurts, ni violence. Du moins, c'est l'objectif que l'on devine.

Le 7 juin prochain, une réunion interministérielle doit réunir le Premier ministre Jean Castex et les ministres concernés afin de prendre des décisions fermes quant à une situation devenue quasiment ingérable. Jusqu'alors, la réponse apportée par les pouvoirs publics d'ouvrir les jardins d'Éole la nuit afin de désengorger l'épicentre du trafic concentré aux abords de la place Stalingrad reste inefficace. "Disons-le, c'est un échec", confie un proche d'Anne Hidalgo au Monde.

Le même jour, les quatre maires d'arrondissement (10e, 18e, 19e, 20e) du Nord-Est parisien rencontrent Anne Hidalgo ainsi que diverses associations engagées dans la lutte contre le trafic de stupéfiants et la protection des riverains. L'objectif est simple : trouver des solutions pérennes pour une sortie de crise dans les meilleures dispositions. Pour cela, il faudra s'attaquer à une équation encore impossible à résoudre : ne pas simplement déplacer le problème de parc en parc, coordonner l'autorité publique afin de ne pas prendre en chasse uniquement les petits consommateurs ou "modous" (surnom des dealers de crack), tout en favorisant les maraudes et l'accompagnement, deux pistes de solutions qui fonctionnent.

Le trafic de crack à Paris, c'est aussi -et surtout- à l'État d'y remédier. Voilà en substance ce que la maire de Paris, Anne Hidalgo formulait samedi 22 mai 2021 dans les colonnes du Figaro. L'édile socialiste y expliquait que "c'est à l'État aussi de prendre en charge les toxicomanes" qui pullulent aux alentours de la place Stalingrad, dans le 19e arrondissement de la capitale. 

Ce lundi 24 mai 2021, l'auteur présumé d'un viol filmé par un riverain puis diffusé sur les réseaux a été déféré devant la justice, comme l'indiquent nos confrères de BFMTV. Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a promis de se rendre sur place. Les pouvoirs publics ne peuvent plus vraiment contourner le problème, face à une situation qui s'empire jour après jour. Sans que personne ne se saisisse véritablement du problème.  

Aussi, Anne Hidalgo dénonce une "politique à court terme, qui consiste à transférer le problème d'un quartier à l'autre". La semaine précédente, les pouvoirs publics ont choisi l'option d'un "regroupement temporaire" des consommateurs et vendeurs de crack -la cocaïne du pauvre- dans les jardins d'Éole, un espace vert situé dans le 18e arrondissement. 

L'objectif était de limiter les nuisances. En face, les riverains ont riposté en créant eux-mêmes des nuisances encore plus bruyantes : tous les soirs, à 20h, un concert de casseroles est donné aux fenêtres afin de protester contre cette décision de la préfecture de police de Paris.

Seulement, pour Anne Hidalgo, pas question de "porter le chapeau" sur le problème du crack dans le nord-est de la capitale. "La bataille contre le trafic des stupéfiants est le rôle de l'État", estime la maire, qui considère qu'il "n'est pas acceptable que l'État laisse pourrir la situation". En référence au principal cheval de bataille annoncé par le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin depuis sa prise de fonction, elle réclame "un plan antidrogue digne de ce nom" dans toute une partie de sa ville. En ce sens, Hidalgo met en cause le préfet de police Didier Lallement, qui lui présente cette stratégie court-termiste comme "la seule solution"viable à l'heure actuelle. 

Ces dernières semaines, l'urgence s'est affichée au grand jour, poussant les autorités à se saisir du problème en priorité. Fin avril, des projectiles de mortiers d'artifice ont été tirés sur les principaux acteurs traînant avenue de Flandres et aux alentours de la place Stalingrad. Signe du ras-le-bol général des habitants, ces tirs font écho aux protestations des riverains des jardins d'Éole, qui protestent vivement contre la décision temporaire. La maire de Paris confesse que les progrès liés au "plan crack" décidé en 2019 dans une large concertation "sont dérisoires". Elle indique n'avoir "aucune réponse à (ses) alertes de la part de la préfecture de région et de l'agence régionale de santé. 

À Stalingrad, l'ampleur du trafic de crack étouffe habitants et toxicosÀ Stalingrad, l'ampleur du trafic de crack étouffe habitants et toxicosÀ Stalingrad, l'ampleur du trafic de crack étouffe habitants et toxicosÀ Stalingrad, l'ampleur du trafic de crack étouffe habitants et toxicos À Stalingrad, l'ampleur du trafic de crack étouffe habitants et toxicos
Pendant deux nuits consécutives, samedi 1er et dimanche 2 mai 2021, des tirs de mortier d'artifice ont explosé aux alentours de la place de la bataille de Stalingrad et de l'avenue de Flandre, dans le 19e. Les riverains en sont aujourd'hui réduits à ce type d'action ”coup de poing” pour tenter de se faire entendre par les autorités compétentes. La présence quasi permanente des vendeurs et consommateurs de crack, venus toujours plus nombreux des quatre coins de l'Europe dans le ”triangle d'or”' du nord-est de la capitale, se répercute implacablement sur le quotidien invivable des habitants du quartier Riquet Stalingrad. Témoignages.

Stalingrad : importante opération policière en cours suite aux tirs de mortier des riverainsStalingrad : importante opération policière en cours suite aux tirs de mortier des riverainsStalingrad : importante opération policière en cours suite aux tirs de mortier des riverainsStalingrad : importante opération policière en cours suite aux tirs de mortier des riverains Stalingrad : importante opération de police en cours suite aux tirs de mortier des riverains
Quelques jours après que des tirs de mortiers aient éclatés sur l'avenue de Flandre située dans le 19e arrondissement de Paris, il semblerait que les autorités compétentes haussent enfin le ton face aux vendeurs et consommateurs de crack. Depuis de nombreuses années, la place de la bataille de Stalingrad est devenu l'épicentre du trafic, échappant totalement au contrôle des forces de l'ordre, avec derrière de graves conséquences pour les riverains, tous excédés et impuissants.

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