Plaidoiries avec Richard Berry au Théâtre Antoine, notre critique

Depuis le 12 septembre, Richard Berry enfile la robe pour se glisser dans la peau de cinq avocats ayant plaidé lors de grandes affaires. C'est seul qu'il plaide face au public. Une prestation remarquable à l'affiche du théâtre Antoine jusqu'au 25 novembre 2018.

En cette rentrée théâtrale 2018, Richard Berry interprète non pas un mais cinq avocats différents sur la scène du théâtre Antoine, dans "Plaidoiries", à l'affiche du théâtre de Laurent Ruquier jusqu'au 25 novembre 2018, avant de déménager de quelques mètres, sur le même trottoir, au Comedia, où le spectacle est prolongé, fort de son succès, du 4 au 31 décembre 2018.

"Plaidoiries" est adapté du livre de Matthieu Aron, chroniqueur judiciaire, publié en 2010, "Les grandes plaidoiries des ténors du barreau" où l'auteur a compilé et retranscrit les plus grandes plaidoiries de célèbres avocats dans les grandes affaires judiciaires qui ont marqué la société.

Sur scène, Richard Berry incarne successivement cinq avocats qui plaident, cinq grands moments de l'histoire de la justice française.

Lorsque le public pénètre dans le théâtre, le rideau est déjà levé, sur scène trônent deux pupitres et une robe, au fond, celle que Richard Berry enfilera avant de commencer ses monologues.
Car il s'agit bien là de monologues successifs auxquels va s'atteler le comédien, s'adressant aux spectateurs comme s'ils étaient les jurés de ces différents procès

Seul en scène, Richard Berry est aidé par des écrans qui diffusent derrière lui des images d'archive pour rappeler les affaires et indiquer les verdicts des procès.

Tour à tour, on va assister (dans l'ordre chronologique des dates des procès, pas dans celui du spectacle) à cinq grandes affaires qui sont encore dans la mémoire collective :
-En 1972, à Bobigny, Maître Gisèle Halimi défend le droit à l'avortement (qui n'en est pas encore un). L'avocate féministe dénonce une loi obsolète, fait en même temps le procès de l'absence d'éducation sexuelle pour les jeunes, soulevant aussi "le coefficient de surexploitation de la femme par l'homme" avant de demander aux jurés : "Est-ce qu'un être humain quelque soit son sexe a le droit de disposer de lui-même ?"
-En 1976 Maître Paul Lombard, qui a travaillé avec Gilbert Collard sur cette affaire, défend Christian Ranucci, accusé du meurtre d'une petite fille de 8 ans. "L'opinion publique est une prostituée qui tire le juge par la manche" ose l'avocat dans une affaire qui émeut la France au point que le ministre de l'Intérieur de l'époque se soit prononcé pour l'exécution de l'accusé. Qui finira par l'être. Car ici l'enjeu est bien celui de la peine capitale.
-En 1998, soit 54 ans après les faits, Maurice Papon est jugé pour complicité de crime contre l'humanité dans la déportation des Juifs pendant la Seconde Guerre Mondiale. "Si vous enlevez le régime de Vichy, il [Maurice Papon] n'est rien, une huître sur une plage" ose son défenseur. C'est "un crime de bureau" plaide l'avocat das cette affaire qui revisite heure sombres de l'histoire de France.
-En 2009, Véronique Courjault est jugée pour avoir commis un triple infanticide. "Depuis 18 mois je vis avec l'image de ces bébés (...), je les vois morts" lance l'avocat Henri Leclerc qui voit son métier comme une "collaboration à la vérité", avant de dire aux jurés : "Je vous demande l'impossible" (la libération de Véronique Courjault).
-En 2015, soit dix ans après les faits, deux policiers sont jugés pour non assistance à personne en danger pour la mort des deux adolescents de Clichy-sous-Bois, Zyed Benna et Bouna Traoré, électrocutés dans un transformateur électrique. Maître Jean-Pierre Mignard, avocat de leurs famille, relate et dénonce, en vain "une traque".

C'est à un exercice vraiment pas évident mais réalisé avec brio que se livre Richard Berry, l'enchaînement de plusieurs plaidoiries pendant 1h15. Des monologues qu'il réussit parfaitement, tantôt très calme tantôt énervé, avec une diction impeccable, sans jamais une erreur.
Le public est pris aux tripes, ce qui vaudra au comédien une standing ovation bien méritée.

Laura B.
Dernière modification le 19 octobre 2018

Informations pratiques

Horaires
Du 12 septembre 2018 au 25 novembre 2018

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    Lieu

    14 boulevard de Strasbourg
    75010 Paris 10

    Accès
    Métro Strasbourg Saint-Denis

    Tarifs
    Visibilité réduite : 17 €
    Catégorie 4 : 20 €
    Catégorie 3 : 22 €
    Catégorie 2 : 32.70 €
    Catégorie 1 : 43.70 €
    Carré Or (orchestre) : 54.70 €

    Site officiel
    www.theatre-antoine.com

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