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Kunstbureaucracy de gary farrely

Publié le 26 janvier 2009 Par Clément D.

Infos pratiques


44 rue Lepic
75018 Paris 18

Gary Farrelly est un obsédé. Si on voulait jouer à faire de la psycanalyse on pourrait facilement situer la naissance de son obsession à un moment précis de son enfance quand il entre pour la première fois dans un aéroport. Une vision qui a valeur d’épiphanie pour le petit Gary : voilà un espace où circule le monde, où tout le monde circule ; une nouvelle Babel de visages, de langues, de signes. Et de messages « codés » qui défilent sur un immense panneau qui ne demandent qu’à être décryptés…

Mais devons nous vraiment nous accomoder d'une banale explication psy ? Pourquoi expliquer une obsession ? Allons plutôt découvrir son univers, comme on partirait en voyage. Pas de bagages, juste un petit guide avec des mots clé : fétichisme, répétitivité, accumulation, réthorique, ordre, utopie.
Sa nouvelle exposition à la Galerie W présente un travail « in progress » commencé en 2007. Comme dans toute son oeuvre il est question d'aéroports, d'infrastructures, de frontières imaginaires, de tiroirs remplis de dossiers, de listes. Comme un enfant qui joue à réinventer le monde, Gary se transforme en architecte-créateur d'un monde nouveau où les aéroports deviennent les nouvelles métropoles, et les listes de passagers sont des bottins. Avec humour il rebaptise ces nouveaux espaces avec les noms de ses héros. Voici donc apparaître dans cette nouvelle topographie, l'aéroport international Dalida, l'autoroute France Galle et la place des Marins Sexy. Avec le sérieux qui sied à tout bureaucrate despotique et obsessionnel, Gary se renferme tous les jours dans son minuscule bureau - son cockpit, il l'appelle- et dessine, colorie, coupe, colle, peint, transforme. Là où certains artistes jouent à soustraire, lui il additionne, ajoute, cumule, recycle. Et comme son monde imaginaire prend forme et se développe, de la même façon ses œuvres se dilatent en occupant les espaces de la galerie : partout des tableaux de divers formats, des objets détournés, des cartes retravaillées, des meubles contenants d'énormes dossiers. Pas de matières nobles ici, plutôt des matériaux pauvres tel le carton, la toile brute, des petites planches en bois, des pochettes en plastique, et des milliers de feuilles de papier qu'il recycle à sa guise. Et comme tout bureaucrate qu'on respecte il fiche et répertorie tout, même les petits bouts de papier qu'il découpe en forme de losange qu'il numérote et fiche avant des les coller ensemble pour composer un nouveau tableau.
Dans son monde réglé et ordonné une utopie plus large que l'artiste prend vie : ici l'art n'est pas salvateur mais ordonnateur. Gary a besoin d'ordre pour ne pas sombrer dans ce qu'il appelle « le désordre chaotique de mon esprit ».
Sur chacune de ses œuvres, en guise de signature deux dates : 1983-2077. Gary est aussi certain de sa date naissance que de celle de sa mort, il dit préférer les artistes morts aux vivants. Ou simplement, dans son obsession de tout contrôler, il veut conjurer le sort qui nous attend tous. Mais il est un optimiste : il compte bien vivre jusqu'à cent ans.

Biographie
Gary Farrelly est né en 1983 à Dublin où il a fréquenté le National College of Art et a monté ses premières expositions. Depuis ses œuvres ont été présentées aux USA, en France, Allemagne et en Iran. Cofondateur du groupe Desfatenist et coauteur de « Manifesto for an Obsessive Art » Farelly vit et travaille à Paris où il occupe une pièce -baptisée Kunstbureau - au sein de la Galerie W.



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