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William wilson ou l’art souverain

Publié le 13 mars 2009 Par Clément D.

Infos pratiques


16 rue des Carmes
75005 Paris 5

Il est de la race des seigneurs. Grand, mince, l’oeil perçant, William Wilson a le port noble de ses ancêtres. Son retour aux origines l’a ancré dans sa famille artistique. Pourtant, il n’est pas né artiste.

C'est à 18 ans, que le jeune William, né en France, commence à dessiner et à peindre « sans avoir l'idée d'être artiste ». « J'étais dans l'écriture automatique » précise t-il. Mais c'est à cette période qu'il rencontre Hervé Di Rosa, JérômeMesnager, Speedy Graphito qui deviennent ses amis. Il prend le chemin de l'expression, de l'émotion brute, des histoires racontées avec de l'humour, de l'amour et de la poésie, un trait sans fioritures et des couleurs qui claquent. La marmite artistique bouillonne joyeusement. Et 18 ans, c'est aussi l'âge où il part pour la première fois en Afrique, au Bénin, découvrir la terre de ses ancêtres. Le tournant est radical : sa propre histoire surgit à la croisée de l'histoire tout court et de l'histoire de son art lorsqu'il fait la connaissance de son arrière grand-mère la Princesse Lawson, alors âgée de 94 ans et de sa grand-mère Hélène d'Almeida qui fut négociante de tissus à Cotonou, native de Ouidah et elle-même descendante d'esclaves brésiliens affranchis revenus au pays dès le début du 18ième siècle. En Occident c'était le siècle des Lumières, en Afrique, celui des ténèbres... William Wilson, lui-même métis, n'aura de cesse de transmettre dans son art ce métissage culturel qui recèle les clefs de la compréhension des sociétés d'Europe, d'Afrique, des diasporas d'Amérique, d'hier et d'aujourd'hui. Les images et les symboles visuels utilisés par cet artiste (animaux, pictogramme Adinkra) nous envoûtent dans le sens étymologique du terme. Il faut retourner aux sources pour comprendre. Abomey est l'ancienne capitale historique du royaume du Danxomé située dans l'actuelle République du Bénin (ex Dahomey), qui a compté une dynastie de 13 rois de 1600 à 1900 ; des rois qui ont institué des arts de cour en réunissant autour d'eux, fondeurs, musiciens, danseurs, conteurs, sculpteurs et des tenturiers. William Wilson est un Prince dont le royaume est l'art. Il a hérité de cette tradition artistique et de cette culture métissée ouverte, flamboyante et noble qui assimile tous les courants et toutes les techniques, notamment l'art des tentures en appliqués à Abomey et au Ghana au XVIIe siècle, avec une facilité incroyable. L'esprit de cette culture souveraine, il la porte en lui, il en est possédé (dans le sens du Vaudou). Lorsqu'il affirme « qu'il aime ne pas savoir faire et cultive l'empirisme en ne voulant pas devenir habile », il ne faut pas se fier à cette feinte. Tout descendant de la noblesse maîtrise l'art de ferrailler... Prix Médicis « hors les murs », William Wilson qui a exposé notamment au Centre Pompidou, aux États-Unis et au Japon, est donc aussi conteur, illustrateur, « magicien de la terre » (il n'est que de voir l'arbre géant des zones tropicales d'Asie et d'Amérique, un Hura Crepitans qui pousse le plafond de son atelier !) écrivain (15 livres publiés), sculpteur, graveur. Il « ennoblit » -rend visible à notre regard ce qui est noble par essence- l'art graphique et les arts décoratifs grâce à une fonction liturgique destinée à conjurer le passé pour s'adresser à l'avenir par une fonction incantatoire.

Cette rétrospective à la galerie Philippe Lawson à Paris embrasse l'ensemble de la production de l'artiste : on peut voir des gravures sur bois, des lithographies retravaillées qui deviennent des pièces uniques, des chaises - sculptures, des peintures, des sculptures de sa série des lièges, un travail sur la peau des arbres et la peau des hommes avec des incrustations de toiles de lin. On pourra surtout découvrir des collages éclatants et éclatés avec des tissus et qui n'ont jamais été exposés.
L'exposition complète une actualité riche : la parution chez Gallimard de « L'Océan Noir », une oeuvre de William Wilson composée de ses textes et de 18 tentures en appliqués de tissus, des collages textiles rebrodés réalisés à Abomey (40 mètres linéaires !). Ces fresques content l'histoire reliant les ancêtres africains de l'artiste à ses ancêtres européens à travers les siècles en accostant le XXème siècle (mémoire et hommage aux Tirailleurs Sénégalais enrôlés dans la Grande Guerre et la Guerre 39-40) et en abordant le XXIème siècle (mémoire et hommage à ces nouveaux Boat People africains ballottés dans une Europe en mal de références). Le voyage de William Wilson entre ses différentes cultures prend une charge symbolique d'autant plus forte que les 18 tentures vont être exposées dans différents musées de France et des États-Unis.
Ce voyage sans complaisance, lucide, les yeux grands ouverts sur les turpitudes des colonisateurs dans sa propre famille et celles de l'Occident est le fruit de la posture d'un aristocrate en résistance contre toute forme d'asservissement. En France, en 39-45 une majorité de Nobles ne furent-ils pas en résistance contre l'Occupation ?
Ce voyage initiatique de l'art souverain de William Wilson est une tentative pour tourner la page de fer et de sang de 5 siècles de l'Océan Noir.



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