Covid : le Clofoctol, le traitement de l'Institut Pasteur entre en essai clinique

Par Laurent P. · Publié le 15 juin 2021 à 15h31 · Mis à jour le 16 juin 2021 à 14h20
Et si un traitement contre le coronavirus existait déjà ? Des chercheurs de l'Institut Pasteur de Lille ont découvert en septembre 2020 l'existence d'une molécule potentiellement active contre le virus, et n'impliquant pas d'effets secondaires selon toute vraisemblance. Un traitement qui a reçu l'aval de l'ANSM pour le lancement d'un essai clinique sur l'homme.

La recherche d'un traitement contre la Covid fait un pas en avant... Des chercheurs de l'Institut Pasteur de Lille annonçaient mardi 29 septembre 2020 au micro de nos confrères de RTL avoir potentiellement découvert un traitement contre le coronavirus, une molécule plus précisément, qui semble active contre le virus. Un traitement déjà utilisé sur le continent européen pour d'autres usages, et qui pourrait être produit à plus grande échelle pour une commercialisation en 2021, après validation par les instances supérieures concernées.

Ces validations, l'Institut Pasteur les attend encore. Mais bonne nouvelle : les chercheurs ont réussi à obtenir le label priorité nationale de recherche, oblige l'ANSM à autoriser ou non les tests sur l’Homme sous 8 jours. Une bataille que mène l'Institut depuis le mois de février, après qu'un comité ministériel, la Capnet, ait décidé, selon nos confrères de La Voix du Nord, de ralentir les recherches, et plus particulièrement le processus d'homologation du traitement avant sa commercialisation. La raison ? "Visiblement, ce comité ne comprend pas ce qu’est un repositionnement", explique Terence Beghyn, président d’Apteeus, biotech travaillant avec l'Institut Pasteur sur ce projet, toujours à nos confrères de La Voix du Nord.

"Le comité suggère des amendements à la stratégie de développement clinique et principalement un redimensionnement initial de l’essai", indiquait de son côté l'Institut Pasteur de Lille. Pour Terence Beghyn, c'est l'incompréhension : "On nous demande de repasser en phase 2 et de mesurer la tolérance du produit et son acceptabilité alors que tout cela est déjà très documenté", s'étonne-t-il. Et de poursuivre : "Nous travaillons à partir du repositionnement d’un médicament dont la balance bénéfice-risques est bien connue. Selon nous, elle nous permettait d’accéder directement à une étude clinique de phase 3".

Du côté de l'Institut Pasteur, on restait optimiste : "On va perdre quelques semaines, mais le principal, c’est d’avancer", souligne de son côté Xavier Nassif, le président de l'institut, tout en expliquant "prendre très au sérieux les recommandations de cette instance". Une attente qui devrait payer, si tout se passe comme prévu.

Des essais cliniques qui ont ainsi commencé et qui comprennent une centaine de patients de la région au profil spécifique : "Avoir fait un test positif récent, avoir plus de 50 ans, avoir au moins un symptôme et ne pas avoir été vacciné", explique ainsi à nos confrères de La Voix du Nord Benoît Deprez, directeur scientifique de l'Institut Pasteur de Lille. Sur cette centaine de patients, une cinquantaine recevra le traitement, l'autre cinquantaine un placébo.

Concernant ce traitement, quel est-il ? Il s'agit du Clofoctol, comme l'expliquait mardi 13 avril Xavier Nassif, à nos confrères de France 3 Hauts-de-France. Cet antiviral a été découvert "par une technique de repositionnement, c'est-à-dire qu'on prend les médicaments qu'on trouve en pharmacie et on voit si, par miracle, il n'y a pas une molécule qui pourrait être efficace sur ce virus alors qu'elle n'avait pas été conçue pour ça", expliquait-il il y a plusieurs mois. Un médicament que l'Institut Pasteur a souhaiter ne pas divulguer tout de suite, au moment de l'annonce de leur découverte : "On veut garder le nom du médicament secret pour pouvoir éviter le marché parallèle, les prescriptions sans contrôle et la maitrise des stocks", soulignait ainsi un chercheur en novembre dernier. 

Comment fonctionne-t-il ? Là également, Xavier Nassif donnait une réponse : "On a utilisé ce produit qui n'est pas totalement répandu. Le principe actif vient se concentrer dans les voies aériennes, les poumons, là où se trouve le virus au début de la maladie", explique-t-il. Et de poursuivre : "Dans tous les tests réalisés, cette molécule inhibe la réplication du virus. [...] C'est une molécule qui est très peu utilisée et qui ne présente pas de problèmes particuliers en termes d'effets secondaires. Donc elle pourrait être administrée sans risque".

Et de préciser au micro de nos confrères de France 3 ce mardi 13 avril : "Les antiviraux n’affectent pas les mêmes composés du coronavirus que les vaccins. Ils sont insensibles aux variants parce qu’ils s’attaquent aux constituants fondamentaux qui permettent la réplication du virus. Eux ne varient pas, ou très peu". Une efficacité qui faciliterait donc le traitement des variants qui commence à résister au vaccin sur le marché.

Où en sommes-nous dans les essais cliniques ? Après avoir été testé sur des cellules humaines infectées, avec un certain succès, ce traitement a fait l'objet d'une étude préclinique en octobre 2020 sur des singes, sans succès en raison de la pharmacocinétique, mais également sur des souris, avec succès cette fois-ci. Quant aux essais cliniques sur l'être humain, celles-ci devraient se tenir, selon Benoît Déprez, "en double aveugle, contre placebo, dans lequel ni les médecins ni les patients ne savent s’ils emploient le médicament ou un placebo qui ne contient pas le principe actif", comme le rapportent en décembre dernier nos confrères de Sciences et Avenir.

Xavier Nassif a également donné quelques précisions sur la question mardi 13 avril : "Il y aura des essais randomisés avec deux groupes de patients et un tirage au sort : les uns obtiendront le médicament avec le principe actif, les autres non. Les patients seront suivis pendant trois semaines pour un essai à double aveugle. On a besoin de 600 à 700 volontaires dans les Hauts-de-France pour réaliser ces essais", explique-t-il, toujours à nos confrères de France 3. Concernant les résultats, si tout se passe bien et que les autorités sanitaires suivent de près l'avancée des travaux, ceux-ci devraient arriver dans le courant de l'année 2021.

Quand sera-t-il commercialisé ? Selon le directeur de l'Institut Pasteur de Lille, l'idée était de le proposer sur le marché dès le printemps 2021 : "On fait le design de cet essai, ensuite on va demander les autorisations nécessaires, mais ça va prendre un certain temps", évoquait-il il y a plusieurs semaines. Et de continuer : "On se demande aussi à qui cette molécule va être destinée, aux gens très peu malades, aux porteurs asymptomatiques pour qu'ils sécrètent moins longtemps le virus, ou encore aux gens très malades. Si on fait les essais cliniques rapidement, on vise la fin de l'hiver 2021". Une date qui sera de toute façon repoussée, les essais, s'ils sont autorisés, ne devant commencer que fin avril ou début mai 2021.

Une bonne nouvelle, tout de même, et un essai clinique que l'on devrait suivre avec attention. Pour rappel, pour le moment, il n'existe aucun traitement antiviral efficace, avéré et autorisé, contre le coronavirus

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