Réouverture des parcs et jardins à Paris : l'association Respire dépose un référé-liberté

Par Caroline J., Manon C. · Photos par My B. · Publié le 26 mai 2020 à 08h52 · Mis à jour le 26 mai 2020 à 09h11
Rouvrir à la promenade les parcs et jardins de la capitale alors que Paris est en zone rouge ? C’est le souhait de la maire socialiste Anne Hidalgo qui a expliqué qu'il s'agit d'une "question de santé publique". Face au refus du gouvernement, l’association Respire a annoncé, le 25 mai, avoir déposé un référé-liberté devant le Conseil d’Etat pour obtenir la réouverture des parcs et jardins en zone rouge.

Les espaces verts de la capitale pourront-ils prochainement rouvrir au public ? Si l’on se réfère aux propos tenus par le Premier ministre lors de sa présentation de plan de déconfinement, cela s’annonce compliqué. On rappelle que la capitale est située en zone rouge, ce qui signifie un accès toujours interdit dans les parcs et jardins après le 11 mai. Seuls les départements en zone verte peuvent de nouveau profiter des espaces verts depuis le début du déconfinement.

Seulement, la Ville de Paris souhaite, "conjointement avec le préfet de police", "plaider l'exception" et ainsi demander la réouverture de ses espaces verts, bien que située en zone rouge.

Dans les colonnes du JDD, le 10 mai, Anne Hidalgo a ainsi indiqué : "je poursuis les discussions afin d'obtenir une dérogation adaptée pour Paris", avant de dévoiler les pistes étudiées. "Nous pouvons prendre des mesures pour éviter les pique-niques, les regroupements sur les pelouses ou l'accès aux aires de jeu. Nous pouvons aussi mettre en place un système avec des jauges maximales pour limiter le nombre des promeneurs. Le port du masque y serait obligatoire", a détaillé l'élue socialiste.

Le 12 mai, sur Twitter, la maire de Paris a renouvelé sa demande "d'ouvrir à la promenade les parcs et les jardins avec port du masque obligatoire". 

Désaccord entre Anne Hidalgo et le gouvernement

Quelques heures plus tard, le ministre de la Santé, Olivier Véran, lui a répondu, alors qu'il visitait un Ehpad dans le Val-de-Marne. « Non, nous n'ouvrirons pas les parcs et jardins à Paris, en Île-de-France ainsi que dans les autres régions classées rouges ». Le ministre est allé plus loin dans ses explications. Non pas parce "qu'on n'a pas envie que les gens puissent sortir et prendre l'air mais (parce) que ça peut être extrêmement tentant par le soleil que nous avons aujourd'hui que les gens se regroupent trop, s'amassent trop et ne respectent pas les groupes de 10 et qu'ils ne puissent pas respecter les conditions des gestes barrières", a ainsi confié Olivier Véran.

Interrogée sur BFMTV et RMC le 13 mai, Anne Hidalgo a indiqué ne pas comprendre cette réaction. « On peut prendre le métro et ne pas marcher dans un parc ? Je pense que c’est d’abord une question de santé publique. Si on ne rouvre pas les parcs à la promenade (pas pour pique niquer), les Parisiens sont renvoyés à des espaces comme les trottoirs, les berges. Il nous faut gagner de l’espace » a-t-elle expliqué avant de confirmer son intention de rendre le port du masque obligatoire dans ces espaces verts en particulier. « A travers le règlement des parcs et jardins, j’imposerai le port du masque ».

Le bras de fer s'est poursuivi le 13 mai. Ainsi, à l'issue du Conseil des ministres, la porte-parole Sibeth Ndiaye a confié que le gouvernement juge cette réouverture "inopportune compte tenu de la vivacité de la circulation du virus en région Île-de-France". "Nous ne sommes pas revenus sur cette décision", a-t-elle rajouté.

Le 19 mai, Anne Hidalgo a fait savoir, via Twitter, qu'elle avait à nouveau proposé la réouverture des parcs et jardins parisiens. 

Mais dans un courrier adressé à Anne Hildago, que l'AFP a pu consulter le 22 mai, le premier ministre Edouard Philippe persiste et signe : "L'Île-de-France étant, dans son ensemble, classée dans cette catégorie (en zone rouge ndlr), il n'est pas envisageable, à ce stade, d'y autoriser l'ouverture des parcs et jardins." 

Toujours selon le premier ministre, trois conditions pourraient changer la donne : "une évolution favorable de la situation sanitaire ", la mise en place d'un "cahier des charges précis ", et enfin une application "homogène " des règles du déconfinement à toute l'Île-de-France; invitant ainsi Anne Hildago et les maires parisiens à engager une "concertation" avec les préfectures de police et de la région. 

L'association Respire dépose un référé-liberté

Afin d'obtenir la réouverture des parcs et jardins en zone rouge, l'association Respire a fait savoir, le 25 mai, qu'elle avait déposé un référé-liberté devant le Conseil d'Etat. Elle a mandaté Pierre-Eugène Burghardt, avocat au Barreau de Paris pour la représenter dans cette procédure.

L’actuelle interdiction d’accès aux parcs, jardins et autres espaces verts en zone rouge « est totalement contre-productive, et chacun peut le constater » a confié Olivier Blond, directeur de Respire. « Parce qu’ils n’ont pas accès aux espaces publics, les gens s’agglutinent comme ils peuvent sur les trottoirs ou les bas cotés. Ils ne respectent pas les distances de sécurité et s’exposent à un risque accru de transmission du Covid-19. La situation est absurde. » a-t-il rajouté.

Alors que les bois de Boulogne et de Vincennes, ainsi que le parc de la Courneuve sont accessibles, l’association estime que le gouvernement pourrait réglementer l’accès aux parcs et jardins publics en prévoyant par exemple des plages horaires selon les catégories de personnes ou en interdisant certaines pratiques ou activités telles que le pique-nique.

Comme le rappelle Respire, l’interdiction actuelle pose une question de santé mentale, mais aussi une question de santé respiratoire. « Il existe une véritable urgence sanitaire à ce que les habitants d’Ile-de-France puissent avoir accès aux parcs et jardins publics dans la mesure où nombre d’entre eux vivent depuis le 16 mars dernier dans des logements exigus et parfois insalubres » affirme Olivier Blond.

« Cette interdiction frappe davantage les citoyens les plus pauvres, ceux qui habitent des logements exigus sans accès à la verdure, ceux qui n’ont pas les moyens de partir trois mois dans une résidence secondaire. Il y a une inégalité de traitement scandaleuse qu’il faut résoudre rapidement », poursuit-il.

Reste à savoir si Paris et le reste de l'île-de-France passeront en zone verte à compter du 2 juin. Réponse le 28 mai lors de la présentation de la phase 2 du plan de déconfinement du gouvernement. 

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Informations pratiques

Lieu

Paris
75 Paris

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