Le changement d'heure du 29 mars 2026 approche, et avec lui revient, immuable, la même question : faut-il avancer ou reculer ? Mais cette année, une autre interrogation prend de l'ampleur dans le débat public : et si on en finissait une bonne fois pour toutes avec ce rituel ? Depuis que le Parlement européen a voté la suppression du changement d'heure en 2019, sans qu'aucune décision concrète ne soit jamais actée, les Français attendent. En Île-de-France comme ailleurs, la lassitude est palpable. Et le vrai sujet reste entier : si la France devait choisir entre l'heure d'été permanente et l'heure d'hiver permanente, à quoi ressemblerait le quotidien parisien ?
C'est de loin l'option préférée des Français. Lors d'une consultation publique, 59 % des Français ont plébiscité l'heure d'été permanente. On les comprend : garder une lumière naturelle jusqu'à 22h en juin sur les terrasses du Marais ou les bords de Seine, c'est une perspective séduisante.
En été, cela ne change pas grand-chose, puisque c'est déjà notre heure actuelle. Mais c'est en hiver que le bât blesse. En restant à l'heure d'été toute l'année, un Parisien verrait le soleil se lever vers 9h45-10h en décembre, là où il se lève actuellement vers 8h40.
Autrement dit, les écoliers partiraient à l'école dans le noir complet, les actifs prendraient le métro avant l'aube, et le moral hivernal, déjà mis à rude épreuve en prendrait un coup supplémentaire. En heure d'été permanente, la France se retrouverait en décalage de deux heures sur son heure solaire naturelle, un écart encore plus prononcé qu'aujourd'hui.
Les scientifiques, eux, penchent clairement pour l'autre option. Une étude publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences conclut sans ambiguïté que l'heure d'hiver permanente est la plus bénéfique pour l'organisme humain. Elle correspond davantage à notre rythme circadien naturel, cette horloge biologique calée sur l'alternance jour-nuit que le changement d'heure perturbe deux fois par an.
L'Inserm confirme de son côté que ce décalage saisonnier provoque troubles du sommeil, irritabilité et baisse de vigilance. Avec l'heure d'hiver permanente, les matins seraient plus lumineux, les enfants et les personnes âgées — populations les plus vulnérables à ces perturbations — moins impactés.
Mais il faudrait accepter une contrepartie de taille pour les Parisiens : des soirées qui tombent vers 17h en décembre, contre 16h56 actuellement. Les terrasses, les promenades au Bois de Boulogne, les sorties après le bureau... tout se concentrerait davantage dans la journée.
Le problème est que Paris ne décide pas seul. Le changement d'heure est une obligation communautaire et c'est à Bruxelles, non à l'Élysée, que tout se joue. Et à Bruxelles, le dossier est figé depuis 2020. Les pays du Nord de l'Europe privilégient l'heure d'hiver, plus adaptée à leur latitude, tandis que ceux du Sud défendent l'heure d'été pour profiter de soirées plus longues. Ce désaccord géographique paralyse tout compromis.
En attendant, l'Ademe estime le gain énergétique du changement d'heure à moins de 0,1 % de la consommation nationale — autant dire que l'argument économique qui justifiait ce rituel depuis le choc pétrolier de 1976 ne tient plus vraiment la route.
En 2026, les deux rendez-vous restent donc au calendrier : le 29 mars pour passer à l'heure d'été (les horloges avancent d'une heure à 2h du matin), et le 25 octobre pour le retour à l'heure d'hiver. Pour survivre au passage du 29 mars sans trop souffrir, les spécialistes recommandent de décaler son coucher de 15 minutes par soir dans les jours qui précèdent, de limiter les écrans le soir et de s'exposer à la lumière naturelle dès le réveil. Des gestes simples, en attendant que l'Europe tranche enfin une question qui, à Paris comme partout, revient avec une ponctualité impeccable : deux fois par an, sans faute.
Pour suivre l'évolution du dossier côté européen, vous pouvez consulter les travaux de la Commission européenne sur le changement d'heure et les recommandations de l'Inserm sur le rythme circadien.















