Les usagers du nord-ouest de la petite couronne le constatent depuis l'aube : la grève des bus lancée ce vendredi 16 octobre 2026 sur le réseau Boucle Nord de Seine tourne quasiment au point mort. Les conducteurs des centres-bus d'Asnières-sur-Seine, dans les Hauts-de-Seine (92), et de Saint-Denis Pleyel, en Seine-Saint-Denis (93), ont cessé le travail à l'appel de Force ouvrière. Un mouvement qui tombe presque un an jour pour jour après le passage de leurs lignes sous pavillon RATP Cap, la filiale privée du groupe RATP.
D'après le préavis communiqué par FO, 413 agents sur 456 se sont déclarés grévistes. Dès les premières heures, drapeaux syndicaux et banderoles rouges habillaient les grilles des deux dépôts. Une mobilisation que les grévistes eux-mêmes jugent historique, selon Le Parisien, qui a révélé le préavis.
Le réseau Boucle Nord de Seine compte une vingtaine de lignes qui desservent les communes situées entre La Défense et Saint-Denis. Ce vendredi, la quasi-totalité reste au garage. Voici le détail des prévisions annoncées pour la journée :
Un délégué FO se montre encore plus pessimiste et redoute qu'aucun bus ne quitte les deux dépôts. Selon lui, des conducteurs non grévistes pourraient renoncer à prendre le volant face à des conditions de travail très dégradées en ce jour de mobilisation. Ces prévisions restent donc à prendre avec prudence.
Au cœur de la colère, il y a d'abord la fiche de paie. Lors du transfert des salariés vers RATP Cap, le cadre légal de l'ouverture à la concurrence devait garantir le maintien de leur ancienne rémunération grâce à une indemnité différentielle. Or FO affirme que des bulletins comportent des erreurs chaque mois. Certains conducteurs touchent moins que prévu, d'autres voient des trop-perçus repris sans avoir été prévenus.
La direction attribuerait ces couacs à un mauvais paramétrage chez son prestataire de paie, une explication qui ne passe pas côté syndical. FO reproche aussi à l'employeur de ne plus appliquer certains accords hérités de l'ancienne entreprise, notamment sur le 13e mois, et de n'avoir jamais réuni la commission paie prévue par l'accord.
Le second front concerne la régulation. Ces agents orchestrent la circulation des bus en temps réel, un peu comme des aiguilleurs du ciel version bitume. Le syndicat dénonce une « cassure » avec les conducteurs depuis le transfert et parle d'un management « pathogène » : propos agressifs, menaces de rapports disciplinaires et dépassements d'horaires imposés en fin de service.
Au total, FO réclame dix mesures à RATP Cap. Parmi elles, le chauffage dans tous les bus à l'approche de l'hiver, la fin des dépassements d'horaires imposés et le retour des régulateurs au sein des centres-bus. Signe des temps, un agent a même composé, avec l'aide de l'IA, un morceau de rap pour porter la mobilisation et la présenter comme un combat collectif.
Depuis le 1er novembre 2025, les lignes de la Boucle Nord de Seine sont exploitées par RATP Cap Boucle Nord de Seine, dans le cadre d'une délégation de service public confiée par Île-de-France Mobilités. La RATP a donc conservé ces lignes, mais via une filiale de droit privé, avec de nouvelles règles sociales. Ce lot s'inscrit dans le vaste mouvement d'ouverture à la concurrence du réseau de bus francilien, déployé par étapes à Paris et en petite couronne.
Le conflit d'Asnières et de Pleyel cristallise les inquiétudes exprimées dès les débats parlementaires : garanties salariales, organisation du travail et attractivité du métier de conducteur. Contactées par Le Parisien, ni la RATP ni Île-de-France Mobilités n'ont souhaité commenter. L'autorité organisatrice renvoie les négociations vers l'employeur, RATP Cap Île-de-France. Pour mieux comprendre le contexte, le quotidien avait d'ailleurs dressé un premier bilan des bus ouverts à la concurrence à l'automne 2025.
Si vous dépendez de ces lignes, mieux vaut anticiper. Avant de partir, vérifiez l'état du trafic en temps réel sur l'application Bonjour RATP, sur le site de la RATP ou sur celui d'Île-de-France Mobilités. Le rail prend le relais pour une partie des trajets : la ligne 13 du métro dessert Asnières, Gennevilliers et Saint-Denis, la ligne 14 rejoint désormais Saint-Denis Pleyel, tandis que la gare d'Asnières-sur-Seine est reliée à Saint-Lazare par le Transilien. Prévoyez simplement plus de monde que d'habitude sur ces axes.
Côté grévistes, des piquets ont été dressés dès 4h30 devant les dépôts, avant une convergence prévue en milieu de matinée vers Maestro, le poste de commandement de RATP Cap Île-de-France installé à Romainville. À noter aussi : une nouvelle journée de mobilisation est attendue ce samedi, avec des perturbations possibles lors de la grève du 17 octobre. Pour suivre l'évolution du réseau, notre point quotidien sur le trafic métro, RER et Transilien et le récapitulatif des perturbations de la semaine du 12 au 18 octobre sont mis à jour régulièrement.
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