Covid : le spray nasal de Pharma & Beauty ne sera finalement pas commercialisé

Par Laurent P. · Publié le 23 février 2021 à 15h50 · Mis à jour le 23 février 2021 à 16h01
L'ANSM a annoncé, lundi 22 février, que la commercialisation du spray nasal anti-Covid développé par le laboratoire Pharma & Beauty, COV-Defense, avait été suspendu. La raison ? Le régulateur français n'a toujours pas reçu les données scientifiques permettant d'affirmer son efficacité contre le virus. Pour rappel, en France, deux équipes de chercheurs sont également au coude à coude pour développer un "vaccin" contre le coronavirus sous forme de spray nasal, facile à administrer et peu couteux.

Pour lutter contre la Covid, et si on s'administrait un vaccin ou traitement par le nez ? Une idée pas si folle sur laquelle plusieurs équipes de chercheurs planchent depuis des mois et qui pourrait révolutionner la diffusion de traitement ou vaccin dans le monde. Facile à administrer, peu couteux... Le spray nasal est LA solution toute trouvée pour diffuser ceux-ci dans les pays en voie de développement, et une solution également pour inciter les personnes ayant une peur bleue des aiguilles à sauter le pas.

Ce spray nasal, il devait même être disponible très prochainement... Mais l'ANSM en a décidé autrement en annonçant, lundi 22 février, avoir suspendu la commercialisation du produit imaginé par Pharma & Beauty, COV-Defense, mais également connu sous le nom de Biokami. La raison ? Les autorités sanitaires n'ont "reçu aucune donnée de validation clinique démontrant la performance et la sécurité d'utilisation de ce spray, condition indispensable pour qu'un dispositif médical puisse être mis sur le marché selon la réglementation européenne", comme l'explique le régulateur dans un communiqué.

Et de poursuivre : "En l'absence de telles garanties et dans l'attente d'informations complémentaires, la mise sur le marché, la distribution, la publicité et l'utilisation du spray sont suspendues jusqu'à leur mise en conformité avec la réglementation". Pourtant le laboratoire avait annoncé en grande pompe son traitement préventif utilisant cette technologie, éliminant près de 99% de la charge virale dans le nez, en seulement 30 secondes.

Un spray qui devait être commercialisé dès le 1er mars 2021. Celui-ci se compose de 40% d'eau ionisée qui permettrait, selon différentes études menées sur ce procédé (et non pas par le laboratoire), de freiner considérablement la transmission du virus, à plus de 90%, ainsi que de 60% d'eau purifiée. "Il permet d’éviter la dissémination virale, de déloger par action mécanique les agents infectieux dans les fosses nasales et faciliter leur évacuation, et de réduire localement la charge virale", explique plus précisément le laboratoire sur les réseaux sociaux.

Les médecins et chercheurs restent tout de même sceptiques sur l'efficacité de ce produit. Et pour cause, aucune étude scientifique n'a pour le moment été publiée concernant ce spray, ni sur des résultats in vitro, ni sur des résultats in vivo. Une étape pourtant obligatoire avant la commercialisation de ce type de traitement, médicalement parlant.

Un procédé qui fait pourtant ses preuves... "Nous avons effectivement testé l'eau ionisée in vitro sur le virus avec une méthodologie de la norme NF-EN-14476+A2. Schématiquement, il s'agit de placer une grosse quantité de virus en contact avec le produit à tester, après 30 secondes de contact nous arrêtons la réaction pour constater l'effet virucide. Dans le cas de cette eau ionisée, c'était 99,9%", explique ainsi le professeur Bernard La Scola, de l'IUH Méditerranée, à nos confrères de L'Express.

Une étude doit en tout cas sortir prochainement, à en croire le professeur, qui explique également que la rédaction de l'article sur le sujet est terminée et doit être corrigé avant publication. "Mais je n'ai aucune idée quant à la date de publication officielle puisque cela dépendra de la vitesse à laquelle se fait la peer-review. Or actuellement, il y a tellement d'études sur le Covid soumises que le délai de review s'allonge", poursuit-il. Et de conclure : "je vous confirme n'avoir effectué aucun test sur l'humain et je doute que Pharma and Beauty en ait fait. De fait, il reste difficile de se prononcer sur l'efficacité clinique de ce spray".

En revanche, pour que le produit soit efficace, il faudrait faire deux pulvérisations quatre et six fois par jour. À noter également qu'après avoir fait ses pulvérisations dans chaque narine, il faut se moucher plusieurs fois pour se débarrasser du mucus, et bien évidemment se laver les mains après usage si contact. Un spray qui ne doit pas empêcher de poursuivre les gestes barrières. Début de la production à la mi-février... L'entreprise estime qu’entre "un et trois millions d'unités seront disponibles en mars, puis 13 à 15 millions chaque mois à partir d'avril", comme l'expliquent nos confrères de La Dépêche. Un spray qui sera vendu à 14,90 euros l'unité, pour un flacon de 30ml devant durer approximativement un mois.

Mais ce traitement préventif n'est pas le seul à avoir fait l'objet d'un essai clinique. Des vaccins utilisant la technologie du spray nasal sont également à l'étude. La première équipe de chercheurs, dirigée par Philippe Karoyan, professeur à Sorbonne Université au Laboratoire des Biomolécules, a développé une protéine agissant comme un leurre, et capable d'empêcher le virus de s'attaquer au poumon et ainsi éviter l'évolution de la Covid vers une forme grave. Des essais qui n'ont été effectués pour le moment qu'en laboratoire, sur des cellules pulmonaires, et non sur des humains. À noter qu'une demande de brevet a également été déposée concernant le mode d'administration.

La seconde équipe est quant à elle dirigée par des chercheurs de l'Institut Pasteur de Lille, en partenariat avec TheraVectys. Celle-ci se base sur des recherches autour d'un vaccin contre la coqueluche. L'idée ? À l'heure où la Covid passe par les voies respiratoires, il faut protéger cette "porte d'entrée" du virus : "Notre stratégie c’est de donner une administration nasale d’un vaccin pour induire localement une réponse avant que le virus ne rentre. Notre idée c’est d’empêcher l’entrée du virus pour permettre une vraie immunité de groupe", explique ainsi le professeur Camille Lochtdirecteur de recherches INSERM à l'Institut Pasteur de Lille.

À noter que d'autres équipes à travers le monde travaillent sur ce moyen de diffusion. Parmi elles, l'équipe de la société australienne ENA Respiratory ou encore les équipes des universités de Pennsylvanie et de Washington.

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