Ubisoft : annulations, reports, fermetures… ce qu’il faut retenir du plan de restructuration

Par Laurent de Sortiraparis · Photos par Laurent de Sortiraparis · Mis à jour le 22 janvier 2026 à 12h46 · Publié le 22 janvier 2026 à 11h47
Ubisoft a annoncé, le 21 janvier 2026, une restructuration globale de son organisation pour réduire ses coûts et recentrer sa production sur ses franchises principales, après plusieurs années de difficultés financières. Le plan inclut l’annulation de six jeux, le report de sept autres titres, la fermeture de deux studios, un nouveau mode de production, et des conséquences sociales importantes. On fait le point !

Ce n’est pas une simple réorientation... C’est un effacement de l’ardoise ! Ubisoft tourne une page de son histoire en lançant une restructuration globale, visant à remettre de l’ordre dans son fonctionnement après des années de projets en échec, de tensions internes et de pertes financières. L’annonce a été faite le 21 janvier 2026, dans un contexte compliqué, marqué par l’abandon de nombreux projets, des ventes en baisse et un manque de direction clair selon plusieurs observateurs du secteur.

Basé à Saint-Mandé, le studio change clairement de cap. L’éditeur met fin au développement de six jeux, dont le remake de Prince of Persia, relancé à plusieurs reprises depuis son annonce en 2020. Sept autres projets voient également leur sortie repoussée, sans nouvelle date précise. Dans le même temps, deux studios ferment leurs portes, à Halifax et à Stockholm, tandis que d’autres équipes sont réorganisées ailleurs dans le groupe. À travers ces choix, Ubisoft cherche surtout à réduire la voilure et à mieux maîtriser ses dépenses face à des perspectives commerciales plus incertaines.

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Bourse en chute libre après l'annonce

Le lendemain de l’annonce, l’action Ubisoft s’est effondrée de plus de 30 % à l’ouverture de la Bourse de Paris. À 9h30, le titre tombait à 4,56 euros, son plus bas niveau depuis plus de dix ans. La valorisation du groupe chute ainsi à 606 millions d’euros, contre plus d’1,5 milliard un an plus tôt. Ce décrochage traduit une forte perte de confiance des marchés, aggravée par l’annonce d’un déficit opérationnel d’un milliard d’euros attendu pour l’exercice 2025-2026.

En interne, Ubisoft chiffre à 650 millions d’euros la perte liée à l’abandon de jeux, aux reports et à la baisse des revenus prévus. Le groupe gèle plusieurs embauches, réduit ses dépenses et suspend certains partenariats. Du côté des analystes, le scepticisme domine : les effets positifs de la restructuration ne sont pas attendus avant 2027, malgré les promesses de redressement avancées par la direction.

Un nouveau mode d’organisation décentralisé

À partir d’avril 2026, Ubisoft va changer sa façon de fonctionner en interne. L’entreprise prévoit de créer cinq grands pôles de production, appelés "maisons de création". Chacune de ces entités sera responsable d’un type de jeu bien précis, depuis les premières idées jusqu’à la sortie. Le but est de simplifier les prises de décision, de mieux répartir les moyens entre les équipes et de rendre plus lisible son offre de jeux pour le public comme pour les partenaires.

Concrètement, Ubisoft va regrouper ses licences par genre : les jeux d’action-aventure comme Assassin’s Creed ou Far Cry, les jeux de tir comme The Division, les jeux en ligne multijoueurs comme The Crew ou For Honor, les univers narratifs et fantastiques (Rayman, Beyond Good & Evil, Prince of Persia), et enfin les jeux familiaux comme Just Dance. Ce nouveau fonctionnement a déjà été testé avec le lancement de Vantage Studios fin 2025, un pôle qui gère les franchises majeures du groupe. Le géant chinois Tencent y a investi 1,16 milliard d’euros et détient aujourd’hui plus d’un quart de cette entité.

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Un impact social important, entre fermetures et retour au présentiel

Sur le terrain social, Ubisoft poursuit ses réductions d’effectifs, entamées en 2023. Plus de 3 000 postes ont déjà été supprimés en deux ans, et un nouveau plan d’économies de 200 millions d’euros est prévu d’ici 2028. D’autres départs sont donc possibles, notamment dans les studios à l’étranger. En réaction, le syndicat Solidaires Informatique a appelé à un débrayage ce jeudi, pour protester contre cette nouvelle vague de restructuration.

Autre mesure qui fait grincer des dents : le retour au 100 % présentiel pour tous les salariés. Depuis la crise sanitaire, une partie des équipes travaillait à distance. La direction veut désormais ramener tout le monde sur site, estimant que cela facilitera la collaboration. Mais cette décision passe mal, surtout dans un contexte tendu. Des grèves avaient déjà eu lieu en 2024, lorsque l’entreprise avait commencé à limiter le télétravail à trois jours par semaine.

Ubisoft face à ses échecs récents

Cette grande réorganisation arrive après plusieurs échecs récents pour Ubisoft. Des jeux comme XDefiant, retiré du marché peu après son lancement, ou Skull and Bones, sans cesse repoussé, ont déçu le public. Même Star Wars Outlaws, très attendu, n’a pas rencontré le succès espéré. Résultat : l’image du groupe s’est affaiblie, aussi bien chez les joueurs que chez les investisseurs. Certains analystes évoquent un manque de vision claire et des difficultés à faire évoluer les licences historiques.

Ubisoft fait aussi face à un enjeu de taille dans l’industrie : le coût de production des jeux ne cesse d’augmenter, avec des budgets qui peuvent dépasser les centaines de millions d’euros. Pendant ce temps, la concurrence s’organise autour de modèles plus rentables, comme les jeux en ligne évolutifs ou les univers connectés à long terme. Ubisoft, de son côté, cherche encore comment s’adapter à cette nouvelle réalité du marché du jeu vidéo.

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Une relance à construire sur de nouvelles bases

Pour l’instant, Ubisoft ne donne pas de détails concrets sur les jeux à venir, ni sur le calendrier des prochaines sorties. La direction insiste surtout sur la volonté de miser sur la qualité, en réduisant le nombre de projets en cours. Le PDG Yves Guillemot explique, dans un communiqué, vouloir transformer "le modèle opérationnel d’Ubisoft pour produire des jeux autour de deux piliers au cœur de notre stratégie : des jeux d’aventure en monde ouvert et des expériences live service sur le long terme".

Mais beaucoup d’incertitudes subsistent. Les effets de cette réorganisation ne seront visibles que dans plusieurs mois, voire plusieurs années. Le nouveau système des "maisons de création" pourrait inspirer d’autres studios s’il fonctionne, mais il suppose aussi un vrai changement dans la façon de travailler en interne. Rien ne garantit pour l’instant que ce virage suffira à redresser la trajectoire d’Ubisoft.

Cette page peut contenir des éléments assistés par IA, plus d’information ici.

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