Une manifestation le 31 octobre 2026 à Paris se prépare. La coordination des Gilets jaunes a lancé un appel à un « acte III » pour samedi prochain, jour d'Halloween, avec un mot d'ordre recentré sur la défense des libertés publiques. Si cet appel est suivi, les rassemblements pourraient se tenir devant l'Assemblée nationale, dans le 7e arrondissement, ainsi que devant des mairies, y compris des mairies d'arrondissement parisiennes.
Rien n'est acté pour autant. À ce stade, aucun rassemblement n'a été officiellement déclaré ni encadré par la préfecture de police. Les lycéens, en vacances de la Toussaint jusqu'au 2 novembre, sont invités à se joindre au mouvement. On fait le point sur ce qui est annoncé et sur ce que cela pourrait changer pour vos déplacements le week-end prochain, quelques jours avant la grève du 5 novembre 2026.
L'appel a été lu le samedi 24 octobre sur les marches de l'Opéra Bastille, puis présenté à la presse place de la Bastille par deux membres de la coordination, Benjamin Ball et Azelma Sigaux, comme le rapporte Brut avec l'AFP. Le format envisagé serait différent : plutôt qu'un long cortège, le mouvement miserait sur des rassemblements fixes. Voici le programme proposé sur le site de la coordination, qui reste à ce stade un appel :
Dans la capitale, la carte participative des mobilisations fait déjà apparaître des sit-in envisagés devant plusieurs mairies d'arrondissement, notamment celles de Paris Centre et des 10e, 11e, 12e, 13e, 14e et 15e arrondissements. Cette carte est alimentée par les participants eux-mêmes : elle donne une tendance, pas un programme confirmé, et peut encore évoluer d'ici samedi. Nous avions déjà fait un premier point sur les secteurs et déplacements qui pourraient être concernés par l'acte III.
Le ton a changé en deux semaines. Le 17 octobre, la mobilisation visait d'abord la vie chère et le prix des carburants. Pour cet acte III, les Gilets jaunes dénoncent ce qu'ils qualifient de « dérive autoritaire » du gouvernement, après les interdictions de cortèges et les couvre-feux décidés dans plusieurs villes. Leur idée tient en une formule : manifester pour avoir le droit de manifester.
Dans leur texte, ils réclament la levée des couvre-feux, l'amnistie des manifestants interpellés, des enquêtes sur les violences attribuées aux forces de l'ordre et l'organisation d'états généraux réunissant tous les secteurs mobilisés. Ils appellent aussi à créer des « assemblées de convergence » rassemblant lycéens, étudiants, salariés, paysans et retraités.
Ce virage s'explique aussi par l'épisode d'hier, samedi 24 octobre. La préfecture de police avait imposé au dernier moment un parcours entre la Porte d'Italie et la Porte de Vincennes, en lisière de Paris, à la place du tracé Bastille-Nation accepté au départ. Les organisateurs ont fini par s'y plier après le rejet de leur recours en justice. Un scénario qui pourrait se répéter : la préfecture peut encore encadrer, déplacer ou interdire les rassemblements prévus le 31. Pour revenir sur cette journée, notre article sur l'acte II du 24 octobre reste disponible.
Le mouvement lycéen est l'autre moteur de cette contestation. Parti mi-septembre d'un lycée de Créteil, dans le Val-de-Marne, il s'est étendu à toute la France. L'Union syndicale lycéenne réclame notamment la suppression de Parcoursup et un plan de 10 milliards d'euros pour les lycées. L'état des bâtiments et les emplois du temps reviennent aussi souvent dans les revendications.
À Paris, les jeunes ont déjà battu le pavé à plusieurs reprises, lors de la manifestation lycéenne et étudiante du 6 octobre puis du cortège du 13 octobre au départ de la place d'Italie.
Les vacances n'ont pas mis le mouvement en pause. La Coordination nationale lycéenne, qui dit fédérer des lycées mobilisés dans 27 villes, ont aussi manifesté ces 22 et 24 octobre. Pour le 31 octobre, nous n'avons pas repéré d'appel propre aux organisations lycéennes à ce stade. Elles sont en revanche directement visées par l'appel à la convergence des Gilets jaunes, et le syndicat SUD éducation invite les personnels à soutenir les initiatives lycéennes et étudiantes ce jour-là. Leur présence dépendra donc des décisions prises dans les prochains jours.
Le calendrier politique pourrait aussi peser. Vendredi 23 octobre, les représentants des organisations lycéennes ont été reçus par Emmanuel Macron à l'Élysée. Parmi eux, Nathanaël Combary, président du conseil d'administration du syndicat Renouveau lycéen, en a tiré un bilan plutôt positif dans La Tribune Dimanche, évoquant un président à l'écoute de leurs revendications.
Plusieurs pistes ont été mises sur la table. Selon lui, le chef de l'État s'est engagé sur une refonte complète de Parcoursup, avec des concertations déjà lancées. Une révision de la réforme du baccalauréat a aussi été évoquée : faute de professeurs en nombre suffisant, elle produit des emplois du temps troués, que le syndicaliste compare à des tranches de gruyère. Une réflexion sur les rythmes scolaires doit également s'ouvrir.
Les lycéens réclament enfin un plan d'urgence de 1,5 milliard d'euros pour les bâtiments scolaires, baptisé « Ni frigo ni fournaise ». Le syndicat cite des épreuves du bac passées en juin dans des salles à 35 ou 40 degrés, des murs moisis, du mobilier cassé ou des classes sans chauffage en hiver. Pour Renouveau lycéen, c'est avant tout une question de dignité.
Ces engagements ne suffisent pas, à ce stade, à éteindre la contestation. Le mouvement attend désormais des annonces concrètes du Premier ministre ce lundi 26 octobre, et Nathanaël Combary prévient que la mobilisation continuera tant que les retours ne se traduiront pas sur le terrain. Son syndicat revendique quelque 800 000 lycéens mobilisés lors de la journée de convergence avec les Gilets jaunes et les enseignants.
Pour lui, « les lycéens sont prêts à reprendre la mobilisation dès la rentrée ». Une formule qui place surtout le regard sur le lundi 2 novembre, jour de reprise des cours, et sur la grève du 5 novembre, plus que sur le samedi 31 octobre. Tout dépendra donc du contenu des annonces de lundi : jugées insuffisantes, elles pourraient pousser une partie des lycéens à rejoindre dès samedi prochain les rassemblements des Gilets jaunes.
Le contexte reste sensible. Hier, samedi 24 octobre, la mobilisation a réuni 410 000 manifestants en France selon le ministère de l’Intérieur, dont 110 000 à Paris, contre près de 800 000, dont 250 000 dans la capitale, selon la CGT, rapporte ICI. Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a fait état de près de 1 000 interpellations sur l’ensemble du territoire. À Paris, la préfecture de police a recensé 142 interpellations, dont 120 suivies d’une garde à vue, selon franceinfo. Une semaine plus tôt, le 17 octobre, la capitale avait connu 855 interpellations, sur fond de pillages dans le centre. Depuis, des couvre-feux nocturnes ont été instaurés autour de la place de la République et des Halles, avec des fermetures de stations le soir.
Le parcours reste lui aussi à déterminer. L'appel évoque des sit-in fixes, mais rien n'exclut qu'un cortège ou une déambulation s'organise dans la journée. Aucun tracé n'a été annoncé à ce stade, et la préfecture de police pourrait, comme le 24 octobre, imposer un lieu ou un itinéraire différent de celui souhaité par les organisateurs.
Côté transports, aucune fermeture n'est annoncée pour le moment. Le précédent d'hier, samedi 24 octobre, invite toutefois à la prudence : à la demande de la préfecture de police, 24 stations de métro ont été fermées dès 9h, notamment autour des Champs-Élysées, de l'Élysée, de l'Assemblée nationale, des ministères et du Sénat. La ligne 12 ne circulait plus entre Madeleine et Notre-Dame-des-Champs et plusieurs stations de la ligne 1 ont dû être mises à l'arrêt.
Si les rassemblements se confirment devant l'Assemblée nationale le 31, un dispositif comparable pourrait être reconduit. Des stations proches comme Assemblée nationale et Solférino (ligne 12), Invalides (lignes 8 et 13, RER C) ou Concorde (lignes 1, 8 et 12) pourraient alors être fermées pendant une partie de la journée.
Des restrictions de circulation sont également possibles. Le 24 octobre, le tramway T3 avait été interrompu sur une partie de son tracé et une quinzaine de lignes de bus déviées ou limitées. Samedi prochain, un périmètre de sécurité autour du Palais Bourbon pourrait entraîner la fermeture du quai d'Orsay, du pont de la Concorde ou d'une partie du boulevard Saint-Germain aux voitures, avec des déviations de bus et des interdictions de stationnement. La préfecture pourrait aussi interdire tout rassemblement dans certains secteurs, comme elle l'a fait ces derniers jours.
Ces mesures sont en général publiées la veille, voire le matin même. Nous vous conseillons de surveiller les arrêtés de la préfecture de police ainsi que l'info trafic de la RATP avant de vous déplacer samedi.
La date tombe aussi le soir d'Halloween, avec de nombreuses fêtes prévues dans la capitale. Si vous sortez, notre sélection des soirées d'Halloween 2026 à Paris et nos idées pour faire la fête sans réservation le 31 octobre vous aideront à garder un plan B loin d'éventuels rassemblements.
Dans l'esprit de ses organisateurs, l'acte III servirait de tremplin vers une date bien plus attendue : le jeudi 5 novembre. Ce jour-là, l'intersyndicale (CFDT, CGT, FO, Unsa et FSU) appelle à une grève interprofessionnelle pour les salaires, les pensions et les services publics.
La mobilisation s'annonce massive. Après une réunion à Matignon jugée sans résultat le 21 octobre, la CGT a appelé à généraliser la grève le 5 novembre, un mouvement suivi par la CFDT et par le Snes-FSU, premier syndicat des enseignants du second degré. Les principaux syndicats de la SNCF appellent eux aussi à cesser le travail ce jour-là. Les Gilets jaunes envisagent de s'y greffer avec un appel à la grève et au blocage reconductibles.
Transports, écoles, parcours parisien : on fait le point dans notre article consacré à la manifestation et grève du 5 novembre 2026. Contrairement à un samedi de sit-in, cette journée risque de peser nettement sur le quotidien des Franciliens.
Dates et Horaires
Le 31 octobre 2026
Lieu
Assemblée Nationale - Palais Bourbon
35 Quai d'Orsay
75007 Paris 7
Calcul d'itinéraire
Site officiel
17octobregiletjaune.net