Un cabaret nouvelle génération au Lou Diprey ! Love Bazar, créé spécialement pour ce lieu parisien, mêle dîner, drag, danse et humour dans une ambiance feutrée et très cabaret. Porté par Misty Phœnix, Jenny from the Blocnote et Azémylia, le spectacle assume son "gros bazar" : romance, folie, séduction, tolérance et performances s’y croisent dans une grande proximité avec le public. Chaque soir, l’énergie change selon la salle, mais reste toujours intense, entre pré-show musical tout en douceur et montée en puissance.
Et pour nous en parler, deux des trois drag queens sur scène ! Au micro de Sortiraparis, Misty Phœnix et Jenny from the Blocnote reviennent sur la création du show, leur complicité en coulisses et l’impact de Drag Race France sur la scène drag. Découvrez notre interview !
Sortiraparis : Est-ce que vous pouvez vous présenter ?
Misty Phœnix : Moi c'est Misty Phœnix, enchanté !
Jenny from the Blocnote : Moi, c'est Jenny from the Blocnote, enchanté !
Sortiraparis : Pour commencer, Love Bazar, c’est quoi pour vous ? Si chacune devait le décrire en quelques mots.
Misty Phœnix : Love Bazar, déjà c'est un bazar, où il y a des drag queens, des danseurs un peu beaux gosses, sauf un. Après il y'a un peu tout et n'importe quoi je dirais, il y a du chant, de la danse, de comédie. [S'adresse à Jenny from the Blocnote] Toi tu dirais quoi ?
Jenny from the Blocnote : Alors oui, moi je dirais que c'est un gros bazar, comme son nom l'indique. C'est un rendez-vous où on exprime plusieurs choses, de la romance, de la folie, de sa séduction, de l'amour, de de la haine - bon, très peu au final - mais il faut quand même l'indiquer parce qu'on décrit la vie de quelqu'un qui réussit et qui passe par plein d'étapes dans sa vie.
Misty Phœnix : Et beaucoup de tolérance.
Jenny from the Blocnote : Énormément de tolérance.
Sortiraparis : Le spectacle a été pensé spécialement pour le Lou Diprey. Qu’est-ce que ce lieu change dans votre façon de performer ?
Misty Phœnix : Mais nous on connait cet endroit depuis très longtemps !
Jenny from the Blocnote : Depuis la nuit des temps, même !
Misty Phœnix : Non, peut-être pas en réalité, mais ça a beaucoup changé, la direction artistique a changé.
Jenny from the Blocnote : Oui !
Misty Phœnix : L'endroit a changée.
Jenny from the Blocnote : Les fauteuils ont été changés.
Misty Phœnix : Les fauteuils, la vaisselle, le bar, la scène... tout ! Tout a été changé.
Jenny from the Blocnote : On est allé vers une ambiance beaucoup plus feutrée, beaucoup plus "cabaret".
Sortiraparis : Il n’y a pas de scène classique, le public est très proche de vous. Qu’est-ce que ça change dans votre énergie et dans votre manière de jouer ?
Jenny from the Blocnote : Moi personnellement, j'ai souvent eu l'occasion de faire des shows où on est assez proche du public et je trouve que c'est hyper cool parce quand on voit un regard ou une une expression sur le visage d'un spectateur, on peut éventuellement tendre le micro pour voir ce que la personne a en tête. On peut lui poser des questions, et ça, j'adore !
Misty Phœnix : Et puis ce qui est bien aussi, c'est qu'on peut jouer avec les personnes qui sont devant nous...
Jenny from the Blocnote : Voilà !
Misty Phœnix : ... si on doit faire des blagues. C'est ça qui est bien.
Jenny from the Blocnote : C'est ça qui est beau, même !
Misty Phœnix : Oui, puis ce n'est pas comme quand on fait un Zénith ou d'autres salles aussi grandes. C'est totalement différent.
Sortiraparis : Le public est beaucoup sollicité. Est-ce que chaque soirée est différente selon l’ambiance et les réactions des spectateurs ?
Jenny from the Blocnote : Oui, chaque soir est différent, parce que l’énergie dépend des personnes qu’on a en face de nous. Si on les sent plus posées, on va se mettre dans cet état d’esprit-là. Si elles sont explosives, on y va à fond. Parfois, ça se mélange, mais on garde toujours une énorme énergie sur scène. Elle est toujours là, quoi qu’il arrive.
Misty Phœnix : Après, je trouve que tout le monde est toujours à fond dans ce show, même les gens qui nous regardent. Oui, c’est vrai. Ils le sont vraiment, et on partage toujours beaucoup avec eux, en réalité.
Jenny from the Blocnote : C’est exactement ça. On pourrait penser qu’avec cet univers de cabaret, un peu feutré, les spectateurs resteraient sur la réserve. Mais on arrive à les décoincer et, au bout de deux ou trois minutes de show, ils sont tous à fond, ils s’amusent.
Sortiraparis : On est à la fois sur un show drag, de la danse, de l’humour… et un dîner. Comment avez-vous trouvé le bon équilibre pour que tout fonctionne ensemble ?
Misty Phœnix : C'est grâce au metteur en scène, Yoan
Jenny from the Blocnote : Oui, c’est Yoann qui a réussi à monter un show de malade, que ce soit dans la sélection des artistes, vraiment pointue, ou dans les chorégraphies, absolument folles, hyper riches et dynamiques. Moi, je n’ai jamais vu ça de ma vie. J’adore, je suis fan... Voilà, Gros bisou, Yoan !
Misty Phœnix : Et ce sont aussi de nouvelles chansons. Bon, il y a du Madonna, mais pour les autres, ce ne sont pas des chansons hyper connues.
Jenny from the Blocnote : Ce sont beaucoup de choses un peu de niche. Et aussi des nouveautés.
Sortiraparis : Jenny, vous ouvrez la soirée avec un pré-show. Quel est votre rôle à ce moment-là et comment mettez-vous le public dans l’ambiance ?
Jenny from the Blocnote : Alors oui, je fais un pré-show : j’accueille les gens en musique. Ils commencent à manger, mais pas seulement leur assiette, ils me mangent aussi du regard et écoutent ce qui sort de ma bouche. En fait, je cherche surtout à les mettre à l’aise. Je suis quelqu’un d’assez simple, même si parfois j’ai l’impression qu’ils le sont plus que moi, ce qui est fou. Et au final, tout se passe très bien : en me voyant, beaucoup se disent qu’ils ont bien fait de venir au Lou Diprey. C’est un peu vantard, mais je l’assume.
Sortiraparis : Vous avez chacune un univers très différent. Comment s’est construite la dynamique entre vous trois sur scène ?
Misty Phœnix : Nous, ça fait longtemps qu’on se connaît, déjà. On a souvent les mêmes idées. Mais malgré tout, c’est quand même Yoan qui a construit pour chacun de nos personnages une partie bien à part.
Jenny from the Blocnote : Et comme il en manque une, notre petite Azé, notre belle Azé (Azémylia, NDLR), on lui fait de gros bisous. Sinon, on s’entend super bien toutes les trois, et avec les danseurs aussi. Franchement, on forme une vraie équipe.
Misty Phœnix : Une équipe rigolote !
Jenny from the Blocnote : Mais oui, c'est vrai ! On rigole tellement fort en loges qu’on se dit parfois que le public va nous entendre. Et en fait non, parce qu’elles sont deux étages en dessous.
Sortiraparis : Est-ce que Love Bazar vous permet d’explorer des facettes de votre drag que vous montrez moins dans d’autres projets ?
Jenny from the Blocnote : Moi, carrément. Mon drag n’est pas forcément tourné vers le sexy ou la séduction, la romance. Dans le spectacle, oui, je suis très coquine. Mais pendant le pré-show, j’aime bien retrouver ce que je faisais dans certains cabarets : créer un lien entre le début de soirée et le show. Amener une forme de douceur vers quelque chose de plus intense, plus sauvage.
Misty Phœnix : Moi, c’est pareil : je danse, je fais des blagues, c’est ma base, ma vie.
Jenny from the Blocnote : Il faut savoir que Yoan nous a aussi choisis pour nos personnalités, qu’il a essayé de retranscrire au mieux dans le show. Bon, moi, il n’y avait pas ce côté un peu provocant au départ, mais finalement... En tout cas j'espère que je le fais bien.
Misty Phœnix : Ah, tu le fais très bien.
Sortiraparis : Misty, Drag Race France a marqué un tournant dans votre parcours. Qu’est-ce que l’émission a changé concrètement dans votre carrière aujourd’hui ?
Misty Phœnix : Oui, ça a changé ma carrière. Les gens me voient comme quelqu’un de connu, alors que moi, pas du tout. Ça a changé le prix des prestations que je fais, la reconnaissance aussi — c’est bizarre à dire, mais c’est vrai. Moi, je reste la même personne : je fais du drag parce que je m’amuse. Drag Race a été un vrai tremplin, je l’ai fait deux fois. Je ne sais pas si je le referai une troisième fois, c’était quand même fatigant, mais ça m’a permis de m’explorer vite et de découvrir que j’étais drôle, ce que je ne savais pas.
Sortiraparis : Dans votre rapport au public, vous le ressentez aussi ?
Misty Phœnix : Dans le rapport au public, oui. Pas forcément ici, à la sortie du cabaret, c'est plutôt quand on sort de Paris. En dehors de Paris, on mesure vraiment l’impact qu’on a, l’image qu’on renvoie — sur soi, sur le drag, sur Drag Race et sur l’acceptation de soi et des autres.
Sortiraparis : Jenny, de votre point de vue, est-ce que vous sentez un avant et un après Drag Race France sur la scène drag parisienne ?
Misty Phœnix : Avant, si je peux me permettre, elle a quand même été finaliste de la Drag Me Up !
Jenny from the Blocnote : À tes côtés, ma belle.
Misty Phœnix : Oui, j’ai gagné...
Jenny from the Blocnote : Oui, en réalité, je sens une différence... Je suis beaucoup moins "boooké" qu’avant [rires] ! C’est le jeu. Moi, j’espère le faire un jour, de tout cœur, mais je ne vais pas cracher sur ce que j’ai. Je viens de quitter le Paradis Latin et aujourd’hui je suis ici : je suis aux anges. Après, je suis très gourmande, donc j’en veux toujours plus. Je remercie le Seigneur tous les jours — même si je ne suis pas croyante.
Sortiraparis : Concrètement, dans les salles, les programmations ou le public, qu’est-ce qui a le plus évolué selon vous ?
Jenny from the Blocnote : Par rapport à la scène drag ? Bah, elle est plus grande...
Misty Phœnix : Waouh, beau récap ! [rires] En réalité, il y a beaucoup de drags qui se sont créées grâce à Drag Race. On ne va pas se mentir : l’émission a fait émerger plein de drags du jour au lendemain. Et d’un côté, c’est très bien.
Jenny from the Blocnote : C'est super, mais ça fait aussi naître des choses pas toujours très qualitatives. Quand on est dans le "toujours plus", il y a du très bien... et du beaucoup moins bien. C’est une conséquence à laquelle il faut s’attendre.
Misty Phœnix : Après, il y a des scènes qu’on a faites tous les deux, comme Drag Me Up, qui étaient vraiment très bien.
Jenny from the Blocnote : Là, oui, on peut dire que ça nous a fait décoller.
Misty Phœnix : Je pense que c'est ça qui m'a lancé, moi.
Jenny from the Blocnote : Moi, ça m’a aussi lancé. Ça m’a permis d’être beaucoup plus sûr de moi, de voir à quel point je pouvais être créatif et de gagner une partie du public. Franchement, c’était une scène magnifique.
Sortiraparis : Qu’est ce qui distingue, selon vous, la scène drag parisienne par rapport aux autres villes ? Qu’est-ce qui fait son identité par rapport aux autres villes ?
Jenny from the Blocnote : La mode ! Paris capitale de la mode, capitale de la ville lumière !
Misty Phœnix : En vrai, je pense que c’est un peu toute la France : on est beaucoup dans l’humour. Il y a aussi un côté mode, bien sûr. Mais on est moins dans le performatif pur, comme les Américains, où c’est très axé danse et performance. Chez nous, c’est plus rare.
Jenny from the Blocnote : Heureusement qu'on t'a !
Misty Phœnix : Non mais il n'y a pas que moi.
Jenny from the Blocnote : En réalité, les vraies bonnes queens viennent de toute la France.
Misty Phœnix : Je pense qu'en France, on a de bonnes queens.
Jenny from the Blocnote : À Paris, c’est la capitale, il y a le plus de monde. Heureusement que ça marche mieux ici, parce que sinon, on n’aurait rien à faire dans cette ville — surtout vu le prix des loyers.
Misty Phœnix : Et puis on monte à Paris pour faire la queen.
Jenny from the Blocnote : Exactement, c'est notre but numéro un.
Sortiraparis : En dehors de Love Bazar, sur quels projets travaillez-vous en ce moment, chacune ?
Jenny from the Blocnote : Moi, dans ce même lieu, j’ai ma soirée, La Mignonnette, qui reprend en février. Voilà. Je serai encore plus belle que lors des deux premières éditions, et, je l’espère, encore plus drôle. Et je vais m’arrêter là...
Misty Phœnix : Moi, j’ai créé un spectacle d’humour avec Ruby On The Nail. Et normalement, on prépare aussi une soirée avec Kam Hugh. Comme on est connues pour être des party girls, on aimerait lancer une soirée trimestrielle — ou en tout cas régulière — pour s’amuser, danser, avec des performances drag et tout ça.
Sortiraparis : Love Bazar, c’est pour qui ? Qui devrait absolument venir vivre cette expérience ?
Misty Phœnix : Tout le monde.
Jenny from the Blocnote : Sauf mon père, parce que je suis trop sexy dedans.
Misty Phœnix : Non mais tout le monde doit venir !
Jenny from the Blocnote : Il faut que tout le monde vienne, même les personnes qui ont la phobie des lieux clos. Ça leur montrera qu’elles peuvent vraiment dépasser ça. Oui, parce que c’est un peu feutré, cabaret, comme je le répète. Vraiment, toute personne qui se sent bien avec l’art du drag, qui a envie de danser, de rire, et qui nous accepte, est la bienvenue.
Misty Phœnix : Tous ceux qui sont fans de drag et de food !
Jenny from the Blocnote : Mais il faut venir avec l'envie de s'amuser à fond. On ne vous lâchera pas !
Sortiraparis : Et pour finir, un dernier mot pour nos lecteurs/internautes ?
Misty Phœnix et Jenny from the Blocnote (en cœur) : Venez voir Love Bazar !