La lettre de Jaurès aux enseignants lue en classe en hommage à Samuel Paty

Par Elodie D. · Publié le 2 novembre 2020 à 13h06 · Mis à jour le 2 novembre 2020 à 13h20
La "lettre aux instituteurs et institutrices" de Jean Jaurès a été lue dans toutes les classes ce lundi 2 novembre 2020, en hommage à l'enseignant Samuel Paty, assassiné après avoir montré des caricatures de Mahomet. Que raconte-elle ?

Il faut savoir que la "Lettre aux instituteurs et institutrices" de Jean Jaurès avait été publiée dans le journal La Dépêche en 1888. Dans cette lettre, l'auteur, alors jeune député, s'adresse aux enseignants pour leur redire l'importance qu'ils ont dans la société et leur adresser leur soutien.

Elle a été retranscrite sur le site internet de La Dépêche et on peut donc tous lire la lettre de Jean Jaurès pour en parler aux enfants à leur retour de l'école.

Dès les premiers mots, il dit :" Vous tenez en vos mains l’intelligence et l’âme des enfants ; vous êtes responsables de la patrie. Les enfants qui vous sont confiés n’auront pas seulement à écrire et à déchiffrer une lettre, à lire une enseigne au coin d’une rue, à faire une addition et une multiplication."

"Ils sont Français et ils doivent connaître la France, sa géographie et son histoire : son corps et son âme. Ils seront citoyens et ils doivent savoir ce qu’est une démocratie libre, quels droits leur confère, quels devoirs leur impose la souveraineté de la nation. Enfin ils seront hommes, et il faut qu’ils aient une idée de l’homme, il faut qu’ils sachent quelle est la racine de toutes nos misères : l’égoïsme aux formes multiples ; quel est le principe de notre grandeur : la fierté unie à la tendresse."

Si les enfants ont écouté une version courte de la lettre, selon leur niveau, axée sur l'importance de la lecture et du "respect et du culte de l’âme", la lettre va plus loin et questionne l'Éducation nationale en tant qu'institution.

Aux enseignants déprimés, Jean Jaurès souhaitait donner du baume au coeur avec ces mots : "À quoi bon exiger tant de l’école ? Est-ce que la vie elle-même n’est pas une grande institutrice ?". Il répond avec bienveillance que "La vie peut mêler, dans l’âme de l’homme, à l’idée de justice tardivement éveillée, une saveur amère d’orgueil blessé ou de misère subie, un ressentiment et une souffrance."

Mais, à cela, il clame que les professeurs et enseignants doivent eux-mêmes être "tout pénétré de ce qu’il enseigne" et leur conseille lecture et méditation pour faire le"plein d’une grande idée" afin de communiquer "sans peine aux enfants, à la première occasion, la lumière et l’émotion de son esprit."

Il "en veux mortellement à ce certificat d’études primaires qui exagère encore ce vice secret des programmes [qui] suppriment l’initiative du maître et aussi la bonne foi de l’enseignement, en sacrifiant la réalité à l’apparence !"

L'édile conclut par ces mots : "Je dis donc aux maîtres, pour me résumer : lorsque d’une part vous aurez appris aux enfants à lire à fond, et lorsque d’autre part, en quelques causeries familières et graves, vous leur aurez parlé des grandes choses qui intéressent la pensée et la conscience humaine, vous aurez fait sans peine en quelques années œuvre complète d’éducateurs."

Ce texte a été choisi pour être lu en hommage, pour réaffirmer "de l'unité de la communauté éducative tout entière autour de la défense des valeurs de la République, de la liberté d'expression et du principe de laïcité."

Ce texte se retrouvera dans l’album “Jours de gloire”, attendu ce vendredi 6 novembre. Une vingtaine d'artistes, de Jane Birkin à Camélia Jordana en passant par Abd Al Malik, reprennent des extraits de discours, de tribunes, de textes de loi. Ils sont mis en musique par invités par Sébastien Boudria, compositeur et professeur de musique aux conservatoires de Clichy et de Colombes, dans les Hauts-de-Seine (92). Quatre chansons sont déjà disponibles en ligne sur la plateforme lumni.

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