Environnement : 2 400 espèces menacées d'extinction en France

Par Cécile D. · Publié le 3 mars 2021 à 11h18 · Mis à jour le 3 mars 2021 à 11h18
Après 13 années d'évaluation, le bilan est sans appel : la biodiversité continue d'être dévastée en France, et 2 400 espèces animales et végétales sont menacées d'extinction.

Le Comité français de l'Union internationale de conservation de la nature (UICN) et l’unité mixte PatriNat (service mené par l'Office français de la biodiversité et le Muséum national d’histoire naturelle) a dévoilé, mercredi 3 mars 2021, le résultat de 13 années d'études sur la biodiversité en France. Ce rapport permet d'établir une liste rouge nationale, document qui inventorie le risque de disparition des espèces en France et des menaces auxquelles elles sont confrontées. Elle identifie également les espèces qui ont un besoin urgent de mesures de conservation.

En France, plus de 17 % des espèces animales et végétales évaluées (soit 2 430) sont menacées d’extinction. La biodiversité du pays est en grand danger. Depuis 2008, plus de 500 experts ont surveillé et analysé 13 842 espèces animales et végétales. Sur cette période, 2 430 se sont révélées menacées par l'érosion de la biodiversité et l'activité humaine, et 187 espèces ont disparues ou se sont éteintes.

Parmi les catégories les plus à risque, on retrouve en haut du classement les oiseaux nicheurs, dont 32% des espèces sont menacées. Suivent les crustacés d’eau douce (28 %), les reptiles (24 %) et les amphibiens (23 %). Certaines espèces, comme les fougères et les plantes à graines ou à fleurs (8 %), ou les libellules et demoiselles (12 %), font partie des groupes les plus épargnés. 

Julien Touroult, directeur de l’unité PatriNat, précise au journal Le Monde que « les espèces situées le plus haut dans la chaîne alimentaire sont souvent les plus représentées sur la liste rouge parce qu’elles ont des effectifs plus faibles et des exigences plus importantes en termes de territoire et d’alimentationLes oiseaux et les vertébrés sont aussi les groupes les mieux connus. »

De fait, le sort précaire des oiseaux n'étonne pas les experts : leurs habitats sont menacés depuis de nombreuses années en raison de l'urbanisation, de la déforestation et de l'agriculture intensive

Dans les territoires et départements d'outre-mer, les menaces sur la biodiversité sont encore plus élevées, surtout dans les îles. Ainsi, à Mayotte, 43 % des espèces de flore vasculaire et 42 % des espèces de reptiles risquent l’extinction, tandis qu'à La Réunion, ce sont 33 % des poissons d’eau douce qui sont en péril, et 34 % des oiseaux de Polynésie française.

Julien Touroult explique que les espèces envahissantes ont également un rôle à jouer dans la disparition de certaines espèces. « Beaucoup d’espèces d’outre-mer sont endémiquesLorsqu’une couleuvre, un iguane ou une orchidée, qui n’existent qu’en Nouvelle-Calédonie, sont menacés, cela signifie qu’ils sont menacés au niveau mondial. La France a donc une responsabilité extrêmement forte », avertit le spécialiste.

Le rapport de l'UICN et de PatriNat souligne aussi un phénomène inquiétant : depuis 2008, trois groupes d’espèces de métropole (les reptiles et amphibiens, les mammifères, les poissons d’eau douce et les oiseaux nicheurs) ont pu être évalués deux fois. Ces études ont permis de mettre au jour une dégradation importante de la biodiversité : un quart des oiseaux étaient menacés en 2008, contre un tiers en 2016. Les espèces menacées et quasi menacées de mammifères sont passées de 23 % à 33 %, et celles de poissons de 30 % à 39 %, en neuf ans.

Des résultats qui alarment fortement Florian Kirchner, chargé du programme Espèces à l’UICN. « On parle des espèces pour lesquelles il y a le plus d’actions de conservationOn pensait voir une stagnation, et on a constaté une réelle dégradation. Cela révèle que les efforts engagés par les pouvoirs publics et les associations sur le terrain ne sont pas du tout à la hauteur des pressions ; il faut changer de braquet. Au-delà des intentions affichées, on attend que le gouvernement passe à l’action », s'impatiente-t-il.

Pour redresser la barre, pas de secret : une protection forte des espaces et des espèces menacées, et un changement des modes de production et de consommation doivent être adoptés rapidement. « Au niveau français, il faut renforcer la gestion des milieux naturels par le biais des aires protégées, mais il faut aussi lutter contre les pesticides, réformer la politique agricole et lutter contre l’artificialisation des sols », affirme Julien Touroult.

Si aucune mesure et politique durable n'est mise en place, de nombreux oiseaux, reptiles, insectes et animaux marins rejoindront le phoque moine de Méditerranée, la baleine franche de l’Atlantique Nord, la huppe de Bourbon de l’île de la Réunion ou encore la perruche de Tahiti dans la liste des animaux disparus en France.

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