Cinéma : un embouteillage à la réouverture des salles avec plus de 400 films en attente ?

Par Laura B. · Photos par Charlene S. · Publié le 31 mars 2021 à 11h10 · Mis à jour le 31 mars 2021 à 13h34
La fermeture des salles de cinéma perdurant, sans aucun horizon daté de réouverture, les films qui attendent patiemment leur sortie sur grand écran s'accumulent chez les distributeurs. Plus de 400 longs-métrages, étrangers et français, sont en attente chez les distributeurs français. Un fait qui pose la question d'un embouteillage de films à sortir lorsque les cinémas rouvriront leurs portes au public.

Alors que la réouverture des salles de cinéma est attendue avec impatience par les professionnels du secteur et spectateurs cinéphiles mais que la date de celle-ci demeure toujours inconnue, un embouteillage de films à sortir semble se profiler pour cette réouverture.
En effet, Hélène Herschel, déléguée générale de la Fédération nationale des éditeurs de films (FNEF) a estimé, dans les colonnes du "Monde", qu'entre 400 et 420 films, français et étrangers, attendent leur sortie en salles chez les distributeurs. 

Lors de son passage dans l'émission "Quotidien" en février pour évoquer son livre "Née quelque part", la productrice et distributrice Michèle Halberstadt, via la société ARP Sélection, avait indiqué avoir 17 films en attente de sortie. Dont "Minari", "Fidélité" ou encore "L'Affaire Collini".
Elle s'était même estimée assez chanceuse, citant le cas de confrères avec 25 voire 30 films en attente.
Du côté de la société de distribution Le Pacte, une vingtaine de films, dont "Le Discours" et "Ibrahim", attendent patiemment leur sortie en salles.

Ainsi, face à cette crainte d'un véritable embouteillage de films à sortir au moment de la réouverture des cinémas, les représentants des cinémas d'art et d'essai, l'Agence pour le développement régional du cinéma (ADRC) et le Bureau de liaison des organisations du cinéma (BLOC), ont interpellé Laurence Franceschini, la médiatrice du cinéma. Cette dernière a décidé de saisir l'autorité de la concurrence.
L'autorité administrative va examiner ce dossier début avril et rendre un avis - exceptionnellement préalable - sur la faisabilité d'un "calendrier concerté" des sorties de films pendant les premiers mois de réouverture des salles.

La crainte est toujours la même : comment éviter que les blockbusters américains - eux aussi en attente (comme le nouveau James Bond "Mourir peut attendre") - ne trustent tous les écrans et ne laissent que peu de place pour les films indépendants ?
Toutefois, il ne faut pas oublier qu'à la réouverture des salles entre juin et octobre derniers, les blockbusters américains n'étaient pas sortis car reportés et seuls les films français ont porté le marché. Avec des succès comme "Antoinette dans les Cévennes", "Adieu les cons", "Effacer l'historique" ou encore "30 jours max".

Le risque à cette réouverture, c'est une rotation importante de titres dans les salles et donc une visibilité moindre pour chaque long-métrage, avec moins de séances et donc moins d'entrées à la clé. Les distributeurs et autres investisseurs du cinéma pourraient ainsi ne pas récupérer leurs mises de départ.

Les professionnels du cinéma, bien obligés de travailler à l'aveugle sans date de reprise connue, échafaudent des plans. Pour le moment, ils tablent sur une réouverture début mai, indique "Le Monde". Sans aucune certitude.
Cette reprise pourrait s'effectuer en trois temps : d'abord avec une jauge à 35 % des places occupées, qui monterait à 50 % quatre semaines plus tard, avant un retour à la normale un mois après. Ça, c'est ce qu'aimeraient les professionnels du cinéma.
Sans compter qu'un couvre-feu persistant empêcherait la tenue les séances du soir, les plus remplies.

Néanmoins, les deux premiers mois de réouverture en jauge réduite pourraient bénéficier aux films d'auteurs car les films à gros budget attendront pour sortir. C'est notamment le cas d' "OSS 117 : alerte rouge en Afrique noire" que Gaumont a d'ores et déjà reporté au 4 août 2021. De même pour les films hollywoodiens. Les studios restent prudents et sans date de réouverture continuent de reporter, encore plus tard, leurs films. "Sans un bruit 2" est reporté au 16 juin prochain, tandis que "Black Widow" de Disney est daté pour le 7 juillet 2021. Certains films américains devraient tout de même arriver en salles dès mai 2021, si celles-ci sont rouvertes. C'est le cas de "Nobody", "Freaky" ou encore "Promising Young Woman".

Face à tant d'incertitudes, certains films ne connaîtront jamais la salle. C'est le cas notamment de "Madame Claude" de Sylvie Verheyde qui arrive sur Netflix le 2 avril, tout comme "Les Mitchell contre les Machines", film d'animation diffusé sur la plateforme dès le 30 avril 2021. Quant à Amazon Prime Video, le spécialiste du streaming a notamment acheté "Pinochcio" de Matteo Garrone et "Je te veux, mois non plus" d'Inès Reg et Kevin Debonne.
"Let them all talk" de Steven Soderbergh et "Judas and the Black Messiah", eux, vont être diffusés sur Canal+ et MyCanal directement, au mois d'avril.

Une solution qui pose le problème du crédit d'impôt et des aides accordées par le CNC.
Face à l'urgence, début avril le CNC va proposer une dérogation afin que les distributeurs puissent vendre leurs films directement aux plateformes, en VOD ou à la télévision, sans rembourser ces aides. Ce qui n'était, jusque-là, pas le cas. Une décision qui ne fait pas l'unanimité dans le milieu.

A la réouverture, on retrouvera en salles des films sortis en octobre 2020 et exploités, pour certains, seulement deux semaines, voire deux jours. C'est le cas de "Garçon Chiffon" de Nicolas Maury ou encore d' "ADN" de Maïwenn. Et, quelques distributeurs militent même pour une première semaine de réouverture "blanche", autrement dit sans nouvelles sorties, où les écrans seraient seulement occupés par les films précédemment sortis et repris.

Les 322 millions d'euros d'aides accordées par l'État au secteur du cinéma permettent aux professionnels de se maintenir à flots. Toutefois, en 2020, on note une baisse seulement de 20,6 % de films produits selon le CNC. Les tournages se poursuivent ("House of Gucci" pour l'étranger, "Notre-Dame brûle", "Promises" d'Amanda Sthers...).
Une chose est sûre, le nombre de films à sortir au cinéma ne risque pas de baisser très prochainement.

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