Le musée du Louvre franchit une nouvelle étape dans son histoire. En mai 2026, Catherine Pégard, ministre de la Culture, a annoncé les lauréats du concours international d'architecture "Grande Colonnade", volet central du grand plan Louvre Nouvelle Renaissance lancé début 2025. C'est le duo formé par STUDIOS Architecture Paris et Selldorf Architects qui a été retenu, avec un projet chiffré à 666,6 millions d'euros et une inauguration promise par Emmanuel Macron pour 2031. L'objectif : mieux accueillir les visiteurs, végétaliser les abords et redonner à la Colonnade du Louvre toute sa lisibilité depuis la rue.
STUDIOS Architecture Paris, mandataire du groupement, est l'agence française d'un collectif international fondé en 1985, avec des bureaux à New York, Washington, San Francisco, Los Angeles et Toronto. On lui doit notamment la Fondation Louis Vuitton et la Fondation LUMA à Arles, deux projets dessinés par Frank Gehry. L'agence est présidée par James Cowey.
Côté conception architecturale, c'est Selldorf Architects, fondée à New York en 1988 par Annabelle Selldorf, qui tient les rênes. L'agence est reconnue pour ses rénovations de musées complexes, notamment The Frick Collection à New York et le Sainsbury Wing de la National Gallery à Londres. Elle signe ici également la scénographie et la muséographie, en association avec Scenarchie. Le volet paysager est confié à BASE Landscape Architecture.
Les premiers visuels partagés donnent une idée assez claire de l'ambition du projet. Il s'agit d'abord de transformer les intimidants fossés creusés par André Malraux dans les années 1960, aujourd'hui peu mis en valeur, et de requalifier les espaces urbains limitrophes où s'alignent actuellement des rangées de cars de tourisme en stationnement. Autant dire que le chantier concerne autant l'expérience du visiteur à l'intérieur du musée que celle du passant dans la rue.
L'axe historique Est-Ouest (Louvre, Tuileries, Champs-Élysées, Arc de Triomphe, Grande Arche de la Défense) est prolongé et réactivé comme fil conducteur de la composition. Depuis le beffroi face au Louvre, les visiteurs arriveront dans un espace public apaisé, reliant Saint-Germain-l'Auxerrois jusqu'à l'esplanade du Louvre.
La descente vers les fossés, végétalisés et présentés comme de futurs îlots de fraîcheur, s'effectue par deux rampes symétriques en pente douce, abritées dans l'épaisseur de la pierre du mur de contrescarpe. Sous ces rampes et dans le creux du mur prendront place de nouveaux espaces de restauration et de librairie-boutique, accessibles directement depuis le niveau des douves. Les deux nouvelles entrées souterraines, situées de part et d'autre des fossés côté Seine et rue de Rivoli, ouvriront sur des accueils pensés comme "clairs et fonctionnels", connectés aux nouvelles salles d'exposition et au futur parcours dédié à la Joconde.
C'est l'une des annonces qui suscite le plus d'attention. Un espace dédié à la Joconde est prévu dans le programme, pour que le tableau de Léonard de Vinci puisse enfin être contemplé dans des conditions satisfaisantes, loin du chaos de la Salle des États actuelle. Le projet prévoit aussi la création d'un espace d'exposition temporaire modulable de haut niveau technique, ce qui renforcerait la capacité du Louvre à accueillir de grandes expositions dans ses nouveaux volumes.
La perspective depuis la Cour Carrée jusqu'à l'Arche de la Défense retrouvera une pleine continuité, avec un belvédère donnant sur les fossés transformés. Comme le souligne Le Journal des Arts, l'enjeu est de désengorger l'aile Denon et d'offrir à la Joconde un dispositif de présentation plus autonome, moins soumis au flux général des 9 millions de visiteurs annuels.
Pour les mois à venir, une phase de concertation s'ouvre avec les agents du Louvre, la Ville de Paris, les services de l'État et le public, avant d'affiner le projet définitif. Près de 40 ans après la Pyramide de Ieoh Ming Pei, et avec une inauguration visée pour 2031, le Louvre s'apprête à écrire un nouveau chapitre de son histoire architecturale, à deux pas du Palais-Royal et du jardin des Tuileries. Un chantier à suivre, pour les amateurs d'architecture comme pour tous ceux qui rêvent de voir la Joconde dans de meilleures conditions.































