Les arrêts de travail entrent dans une nouvelle ère, et la réforme s'applique partout en France, dans tous les départements. Après le plafonnement de chaque prescription entré en vigueur le 1er septembre 2026, deux décrets prévoient de réduire à un an la durée maximale d'indemnisation pour certaines affections longue durée (ALD) à partir du 1er octobre 2026. Le gouvernement justifie ce tour de vis par la lutte contre l'absentéisme : Sébastien Lecornu a dénoncé, dans un entretien au Parisien le 29 août 2026, « trop d'abus » autour des arrêts de travail.
Le contexte, il est vrai, pèse lourd. En dix ans, les dépenses ont bondi de plus de 65 % en additionnant arrêts de travail, accidents du travail et maladies professionnelles. C'est ce constat financier qui sert de toile de fond à l'ensemble des mesures prises depuis le printemps 2025.
Jusqu'ici, aucune règle ne fixait de durée maximale à une prescription d'arrêt. C'est terminé. Le décret du 12 juin 2026 (n° 2026-498) crée l'article R.162-1-7-1 du Code de la Sécurité sociale et borne désormais la durée de chaque prescription pour les arrêts établis à compter du 1er septembre 2026.
Concrètement, une première prescription ne peut plus dépasser 31 jours, et chaque prolongation est limitée à 62 jours. Ces plafonds concernent les prescriptions délivrées par les médecins, les sages-femmes et les chirurgiens-dentistes. Ils ne s'appliquent pas à Mayotte.
Oui, et c'est un point essentiel pour éviter les malentendus. Ces limites encadrent la durée de chaque prescription, pas la durée totale de la maladie. Lorsque l'état de santé le justifie, le professionnel peut déroger à ces plafonds en le motivant sur l'avis d'arrêt, en tenant compte des recommandations de la Haute Autorité de santé quand elles existent. La prolongation peut être signée par le médecin prescripteur initial, le médecin traitant, la sage-femme ou le chirurgien-dentiste, et rester possible par télémédecine sous conditions strictes.
La seconde étape est plus lourde de conséquences. Deux décrets, prévoient de ramener de trois ans à un an la durée maximale d'indemnisation pour les patients sous le statut d'ALD non exonérante. Les personnes touchées par une dépression légère ou des troubles musculo-squelettiques figurent parmi les premières concernées.
La mesure prend effet le 1er octobre 2026. Fait notable, elle ne vise pas seulement les nouveaux arrêts : elle s'applique aussi aux arrêts déjà en cours dont la durée aura atteint six mois à cette date.
Une ALD non exonérante est une affection qui nécessite une interruption de travail ou des soins d'une durée prévisible supérieure à six mois, mais qui n'ouvre pas droit à la suppression du reste à charge après le remboursement de base de la Sécurité sociale. C'est le cas, par exemple, d'une fracture de l'épaule compliquée par une infection, ou d'un syndrome dépressif réactionnel survenu après le décès d'un conjoint.
La distinction avec l'ALD dite « exonérante » est déterminante. Cette dernière (certains cancers, diabète, maladie de Parkinson, sclérose en plaques, insuffisance cardiaque) ouvre droit à une prise en charge à 100 % sur la base des tarifs de la Sécu et conserve son plafond d'arrêt de trois ans. Ce sont donc bien les pathologies « non exonérantes » qui voient leur durée d'indemnisation raccourcie.
Ces décisions s'inscrivent dans un plan plus large de maîtrise des dépenses. Selon une étude de Malakoff Humanis publiée en juin 2026, 32 % des salariés ont connu au moins un arrêt de travail en 2025, et le taux d'absentéisme (4,3 %) progresse de 25,5 % par rapport à 2019. Pour la première fois, les troubles de santé mentale deviennent le premier motif d'arrêt de plus de 30 jours, devant les troubles musculo-squelettiques.
Le montant des indemnités journalières a lui aussi été rogné. Depuis le 1er avril 2025, le salaire pris en compte pour le calcul est plafonné à 1,4 fois le Smic, contre 1,8 auparavant, soit environ 2 613 € bruts en 2026 pour une indemnité journalière plafonnée autour de 42,97 €. Cette baisse ne touche que les salariés dont le revenu dépasse ce seuil.
D'autres leviers accompagnent le mouvement. Les règles des arrêts prescrits par téléconsultation ont été durcies dès 2024, et l'exécutif évoque un deuxième avis médical obligatoire avant la prescription d'un arrêt pour les troubles anxio-dépressifs et musculo-squelettiques. Côté accidents du travail et maladies professionnelles, un autre décret du 12 juin 2026 (n° 2026-501) fixe à quatre ans par sinistre la durée maximale de versement des indemnités, pour les sinistres survenant à compter du 1er janvier 2027.
Pour vérifier votre situation, le mieux reste de se référer aux sources officielles : le portail Service-Public détaille le calcul des indemnités journalières, tandis que le Code du travail numérique précise les nouvelles durées maximales de prescription. En cas de doute sur votre statut d'ALD, votre médecin traitant et votre caisse d'Assurance maladie restent vos interlocuteurs de référence.
Cette page peut contenir des éléments assistés par IA, plus d’information ici.















