Les essais sur le traitement prometteur de l'Institut Pasteur de Lille retardés par le ministère

Par Laurent P. · Publié le 12 février 2021 à 19h42 · Mis à jour le 13 février 2021 à 12h35
Et si un traitement contre le coronavirus existait déjà ? Des chercheurs de l'Institut Pasteur de Lille ont découvert en septembre 2020 l'existence d'une molécule potentiellement active contre le virus, et n'impliquant pas d'effets secondaires selon toute vraisemblance. Des essais prometteurs qu'un comité ministériel a décidé de bloquer.

La recherche d'un traitement contre le coronavirus fait un pas en avant... Pour faire deux pas en arrière ! Petit rappel des faits : des chercheurs de l'Institut Pasteur de Lille annonçaient mardi 29 septembre 2020 au micro de nos confrères de RTL avoir potentiellement découvert un traitement contre la Covid-19, une molécule plus précisément, qui semble active contre le virus. Un traitement déjà utilisé sur le continent européen pour d'autres usages, et qui pourrait être produit à plus grande échelle pour une commercialisation en 2021, après validation par les instances supérieures concernées.

Sauf que mardi 9 février 2021, c'est un revers cuisant que subit l'Institut... Et pour cause, un comité ministériel, la Capnet, a décidé, selon nos confrères de La Voix du Nord, de ralentir les recherches, et plus particulièrement le processus d'homologation du traitement avant sa commercialisation. La raison ? "Visiblement, ce comité ne comprend pas ce qu’est un repositionnement", explique Terence Beghyn, président d’Apteeus, biotech travaillant avec l'Institut Pasteur sur ce projet, toujours à nos confrères de La Voix du Nord.

"Le comité suggère des amendements à la stratégie de développement clinique et principalement un redimensionnement initial de l’essai", indique de son côté l'Institut Pasteur de Lille. Pour Terence Beghyn, c'est l'incompréhension : "On nous demande de repasser en phase 2 et de mesurer la tolérance du produit et son acceptabilité alors que tout cela est déjà très documenté", s'étonne-t-il. Et de poursuivre : "Nous travaillons à partir du repositionnement d’un médicament dont la balance bénéfice-risques est bien connue. Selon nous, elle nous permettait d’accéder directement à une étude clinique de phase 3".

Du côté de l'Institut Pasteur, on préfère rester optimiste : "On va perdre quelques semaines, mais le principal, c’est d’avancer", souligne de son côté Xavier Nassif, le président de l'institut, tout en expliquant "prendre très au sérieux les recommandations de cette instance".

Concernant ce traitement, quel est-il ? Toujours selon Xavier Nassif, il s'agit d'une molécule "un peu confidentielle", découverte "par une technique de repositionnement, c'est-à-dire qu'on prend les médicaments qu'on trouve en pharmacie et on voit si, par miracle, il n'y a pas une molécule qui pourrait être efficace sur ce virus alors qu'elle n'avait pas été conçue pour ça", explique-t-il.  "On veut garder le nom du médicament secret pour pouvoir éviter le marché parallèle, les prescriptions sans contrôle et la maitrise des stocks", souligne de son côté un chercheur. 

Selon nos confrères d'AEF Infos, il s'agirait du Clofoctol, un antibiotique efficace contre les affections respiratoires bénignes, administré sous forme de suppositoire et commercialisé en France entre 1978 et 2005 sous le nom d'Octofene. Une information que l'Institut Pasteur n'a pas souhaité confirmer ni infirmer pour éviter, le cas échéant, la rupture de stock et l'incapacité de poursuivre ses essais cliniques.

Comment fonctionne-t-il ? Là également, Xavier Nassif donne une réponse : "On a utilisé ce produit qui n'est pas totalement répandu. Le principe actif vient se concentrer dans les voies aériennes, les poumons, là où se trouve le virus au début de la maladie", explique-t-il. Et de poursuivre : "Dans tous les tests réalisés, cette molécule inhibe la réplication du virus. [...] C'est une molécule qui est très peu utilisée et qui ne présente pas de problèmes particuliers en termes d'effets secondaires. Donc elle pourrait être administrée sans risque".

Où en sommes-nous dans les essais cliniques ? Après avoir été testé sur des cellules humaines infectées, avec un certain succès, ce traitement mystère a fait l'objet d'une étude préclinique en octobre 2020 sur des singes. Quant aux essais cliniques sur l'être humain, celles-ci devraient se tenir, selon Benoît Déprez, "en double aveugle, contre placebo, dans lequel ni les médecins ni les patients ne savent s’ils emploient le médicament ou un placebo qui ne contient pas le principe actif", comme le rapportent en décembre dernier nos confrères de Sciences et Avenir. Concernant les résultats, si tout se passe bien et que les autorités sanitaires suivent de près l'avancée des travaux, ceux-ci devraient arriver dans le courant du mois de mai 2021.

Quand sera-t-il commercialisé ? Selon le directeur de l'Institut Pasteur de Lille, l'idée était de le proposer sur le marché dès le printemps 2021 : "On fait le design de cet essai, ensuite on va demander les autorisations nécessaires, mais ça va prendre un certain temps", évoquait-il il y a plusieurs semaines. Et de continuer : "On se demande aussi à qui cette molécule va être destinée, aux gens très peu malades, aux porteurs asymptomatiques pour qu'ils sécrètent moins longtemps le virus, ou encore aux gens très malades. Si on fait les essais cliniques rapidement, on vise la fin de l'hiver 2021". Une date qui sera de toute façon repoussée, à cause du comité ministériel.

Une bonne nouvelle, tout de même, et un essai clinique que l'on devrait suivre avec attention. Pour rappel, pour le moment, il n'existe aucun traitement antiviral efficace, avéré et autorisé, contre le coronavirus

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