Covid : un déconfinement "beaucoup trop tôt" selon l'épidémiologiste Catherine Hill

Par Laurent P. · Publié le 22 avril 2021 à 11h22 · Mis à jour le 22 avril 2021 à 14h30
Malgré une très légère baisse des contaminations à la Covid, et alors que le gouvernement poursuit son objectif de déconfiner le pays à la mi-mai, Catherine Hill, épidémiologiste et biostatisticienne, a expliqué dans un entretien à nos confrères de L'Express qu'il était beaucoup trop tôt pour de telles mesures, sous peine de flambée épidémique.

Trop tôt pour déconfiner le pays, malgré la hausse des vaccinations contre la Covid et les beaux jours qui arrivent ? C'est ce qu'a expliqué Catherine Hill, épidémiologiste et biostatisticienne, dans une interview à nos confrères de l'Express, publiée ce jeudi 22 avril 2021, alors qu'une légère baisse dans les contaminations a été observée et que le gouvernement entend maintenir son calendrier quant à un déconfinement mi-mai.

"C'est beaucoup trop tôt", indique-t-elle. Elle poursuit : "La décision est clairement politique, car on déconfine alors qu'on est en plein pic, ce qui est évidemment totalement déraisonnable. Le virus circule beaucoup trop". Et de donner un exemple concret : "dans les sept derniers jours, 443 personnes en moyenne sont arrivées chaque jour en réanimation, ce qui est en encore au-dessus du pic du mois de novembre. Le nombre de morts reste aussi très élevé".

Une baisse qui ne sera pas suffisante, même à la mi-mai, malgré l'accélération de la campagne de vaccination. La raison ? L'arrivée au compte goûte des vaccins. "En attendant, le nombre de morts va continuer à augmenter", souligne Catherine Hill. Mais la vaccination reste la méthode la plus efficace pour éradiquer le virus : "elle a réduit l'importance de la vague chez les personnes âgées. Mi-novembre, il y avait 200 morts par jour dans les EHPAD et maintenant, on en est à sept morts par jour", explique également l'épidémiologiste.

Un déconfinement prématurée susceptible d'engendrée une flambée épidémique

Avec un déconfinement, à la mi-mai, le risque, "c'est que l'épidémie reparte", ajoute-t-elle. La raison ? "Les enfants vont retourner à l'école, eux et leurs parents vont croiser de nouvelles personnes. Ça va faire circuler davantage le virus. Par ailleurs, il n'y a pas du tout assez de gens vaccinés pour que le virus s'arrête de circuler". Un problème dans le dépistage également, qui pourrait contribuer à une flambée épidémique : "Actuellement, on cherche le virus chez des personnes qui sont symptomatiques et dans un second temps chez leurs contacts. Or les symptômes apparaissent cinq jours après la contamination et les gens sont contagieux avant d'être symptomatiques".

L'épidémiologiste continue : "En France actuellement, les personnes symptomatiques sont testées deux jours après les symptômes et ont les résultats du test encore un jour après. La plupart des personnes ne sont pas contagieuses plus de douze jours et le pic de contagiosité est observé au moment de l'apparition des symptômes, donc quand on leur apprend qu'elles sont positives, elles ne sont presque plus contagieuses". La solution, elle, est toute trouvée : "Il faudrait tester massivement la population, car il y a des gens qui ne savent pas qu'ils sont contagieux, car ils n'ont pas de symptômes. Tant qu'on n'a pas fait cela, l'épidémie continue".

À noter que sur la question, le Conseil scientifique va également dans ce sens en indiquant ce jeudi 22 avril préconiser l'utilisation d'autotests en milieu scolaire dès la rentrée. Une mesure bienvenue, mais qui ne pourrait pas suffire pour contrecarrer la propagation de l'épidémie.

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