Cannes 2022 : Don Juan de Serge Bozon, notre critique

Par Manon C. · Publié le 31 mai 2022 à 18h53
Le nouveau film de Serge Bozon, Don Juan, a été dévoilé en avant-première au festival de Cannes 2022. Découvrez notre critique !

Après Les Amandiers de Valeria Bruni Tedeschi, voilà qu'un second film, dévoilé pour sa part en avant-première au festival de Cannes 2022, installait son récit sur une scène de théâtre. Dans Don Juan de Serge Bozon, l’infatigable séducteur de la littérature (Tahar Rahim) n’est plus. Quitté par la femme (Virginie Efira) sur le pas de la mairie, après que cette dernière l’a vu se perdre, une nouvelle fois, dans les yeux d’une autre femme, il a le vague à l’âme et n’est plus que l’ombre de lui-même. Les deux amoureux, comédiens de profession, préparaient justement une adaptation du mythe de Molière sur scène - la frontière est mince entre l’homme et le personnage. 

Un seul être vous manque et tout est emperruqué. Voilà que Tahar Rahim, magnétique et tout en retenu dans ce rôle de loser magnifique soumis à ses propres pulsions, ne cesse de voir sa dulcinée dans toutes les femmes qu’ils croisent, qu’elles soient rousse, blonde ou châtain, avec des cheveux longs ou un carré court. Une idée maline, poétique et farfelue qui, malheureusement, ne dure pas.

Et puis, après tout, chassez le naturel et il revient au galop. Les liens se font et se défont, mais le film traine en longueur, et les acteurs à l’écran semblent autant s’ennuyer que nous. En résulte un film esthétiquement beau, tourné en bord de mer à Grandville en Normandie, mais légèrement désincarné, à l’instar de son couple d’acteurs. De l’élégance sans réelle émotion, si ce n'est celle offerte, au piano, par Alain Chamfort dans le rôle touchant du Commandeur, et une scène de fin redoutable, qui convoque toutes les femmes de sa vie, en un plan réuni. 

Plus sobre que les oeuvres précédentes du cinéaste, Don Juan emprunte tout de même les habituels artifices de mise en scène du duo Bozon/Axelle Ropert - sa scénariste de compagne : les personnages chantent leurs états d’âme et se meuvent dans des chorégraphies signées Christian Rizzo. Les habitués du tandem ne seront pas dépaysés par cette relecture gigogne, baroque et chantante de l’un des plus grands mythes du théâtre. 

Sorti le 23 mai 2022

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