Des voitures volent, des immeubles sont éventrés, des habitants prennent la fuite ou se font massacrer. Quelque chose ravage le village de Hope, mais Na Hong-jin nous laisse longtemps chercher la bête du regard. Dans cette communauté isolée de Corée du Sud, privée de communications et de renforts, un policier tente de comprendre ce qui se passe. Le nouveau film du réalisateur de The Strangers, au cinéma en France le 28 octobre 2026, commence par cette traque aussi inquiétante qu’intrigante.
La première partie est une formidable démonstration de mise en scène. La créature reste invisible, tandis que les dégâts donnent une idée de sa puissance. Devant de telles destructions, l’imagination s’emballe : on se représente un monstre immense, une sorte de Godzilla capable de tout balayer. À quoi ressemble-t-il ? Quelle taille fait-il réellement ? Chaque nouvelle trace aiguise la curiosité, et le film entretient cette attente avec une maîtrise impressionnante.
Ce choix donne tout leur poids aux déplacements du policier incarné par Hwang Jung-min. Il paraît complètement dépassé par la situation, et sa peur se lit sans difficulté. Pourtant, il avance. Il fait son travail, alors même que tout semble lui commander de partir en courant. Ce mélange de terreur et d’obstination le rend immédiatement attachant : on suit un homme qui doit intervenir sans avoir la moindre idée de ce qu’il va trouver. Son désarroi accompagne le nôtre et donne une dimension humaine au spectacle de destruction.
Révélée dans Squid Game, Jung Ho-yeon impose un personnage particulièrement charismatique dans le rôle de Sung-ae. Alors que la créature se dévoile et que son collègue manque de se faire tuer, elle déboule en voiture, armes chargées : une entrée à la hauteur de cette flic qui n’a pas froid aux yeux. Son courage, sa perspicacité et son efficacité se confirment ensuite tout au long du film. On prend un vrai plaisir à suivre cette héroïne badass, aussi prompte à comprendre la situation qu’à passer à l’action.
Na Hong-jin sait aussi introduire de l’absurde au milieu du carnage. Hope demande d’accepter cet humour, parfois déconcertant, qui surgit dans des situations où la panique devrait tout emporter. Les réactions excessives et le décalage entre les événements et ceux qui tentent d’y faire face nourrissent le plaisir du film. On peut avoir peur, retenir son souffle, puis rire de ce qui vient de se produire. Cette liberté de ton participe pleinement à son énergie.
Lorsque les créatures prennent davantage de place, le film change d’échelle. Imposantes, rapides et redoutablement puissantes, elles sont à la hauteur de l’attente. Leurs mouvements et la force de leurs attaques donnent aux confrontations une intensité saisissante. Leur découverte constitue l’un des grands plaisirs du film.
La réalisation nous paraît sans faute dans sa façon de conduire cette progression : intriguer d’abord, faire monter la tension, puis laisser l’action se déployer avec ampleur. L’intensité et les surprises entretiennent le plaisir jusque dans les changements de registre. Le film assume sa démesure et son goût pour l’absurde, avec une assurance qui donne envie de se laisser emporter.
Cette proposition conviendra surtout aux amateurs de science-fiction et d’action qui apprécient les créatures impressionnantes, la violence et les écarts vers la comédie. Les spectateurs sensibles aux massacres ou peu réceptifs à l’humour au milieu du chaos pourront rester davantage à distance. La brutalité des attaques invite également à écarter l’idée d’une sortie avec de jeunes enfants.
Hope n’est pas pour autant notre film de l’année. Il reste un très bon film d’action, intense et plein de surprises, dont la réussite repose sur une mise en scène particulièrement accomplie. De l’attente inquiète des premières séquences à la puissance des créatures, Na Hong-jin offre un spectacle qui sait mêler suspense, tension et rire.
Entre science-fiction, action et thriller, Hope marque le retour de Na Hong-jin à la réalisation dix ans après The Strangers. Le cinéaste sud-coréen avait auparavant signé The Chaser et The Yellow Sea. Chacun de ses longs métrages a été présenté au Festival de Cannes, mais Hope est le premier à avoir rejoint la compétition pour la Palme d’or.
Le casting réunit plusieurs figures du cinéma sud-coréen et international. Hwang Jung-min incarne Bum-seok, Hoyeon joue Sung-ae et Zo In-sung interprète Sung-ki. Michael Fassbender, Alicia Vikander, Taylor Russell et Cameron Britton interprètent les extraterrestres en capture de mouvement et d’expressions faciales, leurs performances donnant vie aux créatures numériques.
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