Des pas dans un couloir, une porte qui grince, un vêtement qui froisse : au cinéma, ces sons peuvent être fabriqués après le tournage. Le bruiteur ou la bruiteuse reproduit des gestes et manipule des objets pour donner une présence sonore aux actions visibles à l’écran.
Ce travail ne suppose pas que tout soit muet sur le plateau. Dans un entretien publié par le CNC en 2021, la bruiteuse Claire André explique qu’en prise de vues réelles, le son direct du tournage peut servir de référence. Le bruitage permet de créer ou de recréer des sons en fonction des besoins du projet. En animation, les gestes dessinés ne fournissent pas cet enregistrement de départ : leur environnement sonore doit être imaginé.
Pour produire un bruit, l’objet utilisé n’est pas nécessairement celui montré à l’image. La fiche métier de l’Onisep donne l’exemple d’une essoreuse à salade employée pour imiter le chuintement d’une rame de métro. Les professionnels utilisent des objets, des instruments, mais aussi leurs mains, leurs pieds ou leur bouche. Une bibliothèque de sons préenregistrés peut également compléter leurs ressources.
Cette invention doit s’accompagner d’une grande précision. Produire un son convaincant ne suffit pas : il faut le placer au moment du mouvement. Le rythme et l’écoute sont donc essentiels. Un pas, un choc ou une fermeture de porte doivent accompagner l’action pour que le spectateur les associe au geste.
Le choix du son dépend aussi de l’intention de la scène. Claire André raconte avoir utilisé de petites clochettes pour le vol de lucioles dans la série animée Petit Malabar, afin de lui donner une tonalité poétique. Le bruitage peut ainsi rechercher une sensation plutôt qu’une reproduction strictement réaliste. La bruiteuse décrit également les échanges avec le monteur son et l’ingénieur du son, et la possibilité d’enregistrer plusieurs propositions.
Ces sons rejoignent ensuite les autres éléments de la bande sonore. Dans un entretien du CNC consacré au mixage, Emmanuel Croset explique que cette étape réunit les sons du film et permet de travailler leur équilibre, leur couleur ou leur placement dans l’espace. Le mixeur intervient après le travail du son de tournage, du montage son, du bruitage et de la composition musicale.
La présence d’un bruit à l’écran résulte donc de plusieurs décisions : le fabriquer, le choisir, puis lui donner sa place parmi les voix, les ambiances et la musique. Croset souligne que le mixage participe à l’esthétique du film et peut modifier la perception du rythme d’une séquence. Un son très discret comme un effet spectaculaire fait partie de cette construction collective.















