Certaines collaborations artistiques semblent tout simplement inévitables et sonnent comme une évidence. C’est le cas pour Draga. Derrière ce collectif, on retrouve la musicienne Lucie Antunes à l’origine du projet, accompagnée de R2B, Theodora Delilez, Narumi Herisson et, plus surprenant, de la comédienne Anna Mouglalis. Ensemble, elles ont sorti le 30 mai dernier l’album "Ô Guérillères". L’idée ? Mettre en musique "Les Guérillères" (1969), cette œuvre aussi puissante qu’engagée de la philosophe, théoricienne, militante et romancière Monique Wittig, incontournable figure fondatrice du féminisme radical.
Après une représentation à Lyon le 8 juin dernier, aux Nuits de Fourvière, Draga présentait "Ô Guérillères" ce vendredi 4 juillet 2025 à la Cité de la musique, dans le cadre du Festival Days Off.
Mais juste avant de retrouver le collectif, le festival parisien avait convié Dame Area en première partie. L’occasion de prendre une première claque grâce à ce duo originaire de Barcelone. Véritable bête de scène, Dame Area a véritablement scotché et fait danser une bonne partie du public. Avec ses morceaux percutants et énergiques, mêlant sonorités électro et post-punk, Dame Area a transformé un temps la fosse de la Cité de la musique en dancefloor La musicienne et chanteuse n’a pas hésité à quitter la scène pour se joindre à la foule et se déhancher tout en continuant à chanter. Tout simplement décoiffant et jubilatoire ! Le duo, tellement accaparé par sa performance, a même dépassé de quelques minutes le temps imparti de son set.
C’est donc à 21h10 que Draga déboule sur la scène de la Cité de la musique. Et la musique rock n'a pas tardé à résonner dans la salle parisienne. Le style ? Un son très “garage”, ô combien dynamique et directement inspiré de The Organ, ce groupe féminin lesbien originaire de Vancouver au Canada, que beaucoup ont pu découvrir dans la série 'The L Word'. Après un début plutôt timide, l’énergie de Draga devient de plus en plus palpable et véritablement communicative.
La force des textes de Monique Wittig, engagés et poétiques, ne fait qu'amplifier l'intensité du show. Dans "Les Guérillères", la figure féministe française imagine une société exclusivement féminine, où des femmes guerrières se retrouvent en lutte contre l’oppression patriarcale. Un sujet profondément contemporain.
Les mots de Monique Wittig résonnent à la Cité de la musique, clamés avec force et conviction par Anna Mouglalis, tout simplement bluffante. Plus habituée aux tournages de film ou aux planches des théâtres, la comédienne découvre la scène musicale et y excelle de façon déconcertante. Sa voix, rauque et si singulière - soutenue par les chœurs des autres membres de Draga - se prête harmonieusement à la musique, comme si ce projet avait été conçu pour elle. C’est beau et puissant, tendu et mélodieux à la fois.
"Ô Guérillères" nous rappelle les spectacles « Viril » et « Troubles » avec Virginie Despentes et Béatrice Dalle ; deux créations mêlant musique rock et textes engagés et féministes. Mais ici, pour Anna Mouglalis, pas question de proposer une simple lecture. D’ailleurs, l’artiste n’a aucun texte sous les yeux. Sa performance va bien au-delà. L’actrice se glisse dans la peau d’une combattante et d’une révoltée, vivant chaque phrase et chaque mot de Monique Wittig, telle une véritable guerrière. Malgré quelques petits problèmes de son au début du set, Anna Mouglalis impressionne, et se laisse peu à peu envahir par la musique et l'énergie du public, au point de sautiller au rythme des sonorités entraînantes, en fin de concert.
« Elles sont dans les usines, dans les aérodromes, dans les maisons de la radio. Elles contrôlent les communications » lance avec force Anna Mouglalis, avant de hurler que « Le monde nous appartient », sous les cris approbateurs et les applaudissements du public. Certains textes se veulent encore plus incisifs, notamment lorsqu’Anna Mouglalis scande « Elles disent, tu ne seras jamais trop nombreuse pour cracher sur le phallus », ou lorsque l’actrice évoque l'anatomie féminine dans le morceau « Clitoris », abordant de façon poétique un sujet longtemps tabou.
Au bout d’une heure environ, on en ressort bouleversés et séduits, tant par la musicalité que par la performance ô combien incroyable et poignante d’Anna Mouglalis, et avec cette furieuse envie de redécouvrir l’œuvre de Monique Wittig.
Lieu
Cité de la musique
221 avenue Jean Jaurès
75019 Paris 19
Site officiel
daysoff.fr























