"Love" aux Ateliers Berthier : critique bouleversée d'un drame social

L'Odéon - Théâtre de l'Europe et le Festival d'Automne invitent le metteur en scène britannique Alexander Zeldin à présenter sa pièce "Love", une pièce sociale sur un centre d'aide social acclamée unanimement outre-Manche.

Souvenez-vous, nous sommes en 2003, le film britannique Love actually réalisé par Richard Curtis sort sur nos écrans. En préambule, un monologue du personnage incarné par Hugh Grant dans lequel il confie adorer se rendre dans le hall des arrivées de l'aéroport d'Heathrow à Londres, car l'amour est y partout, dans les embrassades des familles qui se retrouvent, des vieux amis, des amoureux. 

C'est à cette scène que m'ont renvoyés immédiatement nombreux passages de la sublime nouvelle création d'Alexander Zeldin, Love, Amour, présentée aux Ateliers Berthier de l'Odéon Théâtre de l'Europe. Pas grand chose à voir avec la comédie de noël de Richard Curtis, nous ne sommes plus à Londres à l'heure des cadeaux de noël (quoi que), mais à Birmingham, dans un local loué par les services sociaux à des familles dans le besoin, et pourtant. Ici aussi, il est question d'amour, partout, tout le temps. L'amour salvateur, celui qui sauve le monde et qui empêche de tomber dans la folie.  

"A play to remind us
what it means sometimes
to live under the same roof."

Sous la lumière froide et inhospitalière des néons, deux familles se partagent la cuisine et la salle commune de ce centre d'accueil dont les murs mériteraient bien un coup de frais. Dans la chambre 6, un couple et deux enfants. Ce ne sont pas les enfants de la femme mais, elle est enceinte de leur père. Ils s'aiment, ça se voit et se le disent, beaucoup. Le père a perdu son boulot et ils se sont fait expulsés de leur ancien appartement après une hausse spectaculaire du loyer. Ils ne pouvaient plus suivre.

A côté d'eux, Colin et sa vieille mère sont là depuis 12 mois et ne voient pas s'éclairer la lumière au bout du chemin. Eux aussi, ils se disent qu'ils s'aiment, beaucoup. Des mots simples, comme un rempart à la chute, à la décadence. Si il y a de l'amour, alors, ça ira forcément.

Il y a aussi une femme seule et une homme qui arrive et qui repart. Il vient de Syrie. Quelques mots en arabe échangés, ils retrouvent le sourire, heureux de retrouver un peu de ce qui les constitue : une langue, une culture, des souvenirs. 

Avec honnêteté, sincérité, le britannique Alexander Zeldin (qui a fait ses armes auprès de Peter Brook et Marie-Hélène Estienne, et cela se sent dans son traitement éclairé de l'humanité) nous offre à voir, dans la lumière crue des néons, sous les yeux voyeurs des spectateurs qui eux aussi, restent dans la lumière pendant 1h30, ceux qu'on ne voit jamais, les invisibles de la société. La réalité de la pauvreté est insoutenable (en témoignent les larmes sur les visages de nombreux spectateurs), quand un petit sachet de riz doit être partagé en quatre, faute de mieux, faute de plus. 

Love est un spectacle bouleversant, bouleversant d'humanité, dans cette manière qu'ont ces familles à rester dignes dans la misère, à tenter de retrouver un peu de chaleur dans leur quotidien (installer des décorations de noël, répéter le spectacle de fin d'année car il arrive à grand pas !) mais aussi, bouleversant d'injustices. Love met la lumière sur un système qui faillit dans la protection de ses citoyens, sur ces incohérences administratives qui peuvent tout faire basculer. C'est insoutenable et pourtant, il est important, primordial, que nous le soutenions et que nous les regardions en face. 

Infos pratiques :

Love, aux Ateliers Berthier de l'Odéon Théâtre de l'Europe, jusqu'au 10 novembre 2018.

Marine S.
Dernière modification le 11 novembre 2018

Informations pratiques

Lieu

1 Rue André Suares
75017 Paris 17

Accès
Métro Place de Clichy

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