Point Nemo au Théâtre du Châtelet : notre avis sur le spectacle

Par Julie de Sortiraparis · Mis à jour le 28 septembre 2026 à 8h42
Point Nemo se joue au Théâtre du Châtelet jusqu’au 29 septembre 2026. Poésie visuelle, lumières saisissantes et rythme très lent : notre avis sur ce spectacle de FC Bergman, sur la musique de Steve Reich.

Point Nemo se joue au Théâtre du Châtelet à Paris du 25 au 29 septembre 2026. Cette création de théâtre musical, mise en scène et scénographiée par le collectif belge FC Bergman, s’appuie sur Drumming, partition de Steve Reich interprétée par l’Ensemble intercontemporain avec Synergy Vocals.

Le spectacle prend pour point de départ une œuvre majeure du compositeur américain. Écrite après un voyage au Ghana consacré à l’étude des percussions africaines, Drumming repose sur un motif rythmique unique et sur la technique du déphasage, associée au courant minimaliste. Dans Point Nemo, cette musique sans narration explicite devient la structure d’une proposition scénique qui ne repose pas sur un livret, mais sur une construction visuelle et sonore.

FC Bergman, collectif fondé en Belgique et associé au Toneelhuis, conçoit ici une forme annoncée comme une performance sans texte. Le titre renvoie au point Nemo, lieu océanique considéré comme le plus éloigné de toute terre habitée. Le dossier artistique précise que cette référence est utilisée au sens figuré, comme un espace où se rejoue la question du contrôle, de la perte de repères et de la place de l’être humain dans un environnement qui lui échappe.

La scénographie occupe une place centrale dans le projet. Elle est décrite comme une installation scénique façonnée par la musique, jusqu’à devenir l’un des personnages principaux du spectacle. Le décor évoque un jardin d’Éden artificiel, construit, contrôlé, puis progressivement mis en tension. La proposition s’adresse ainsi aux spectateurs intéressés par les formes hybrides, entre musique contemporaine, théâtre visuel et performance.

Présenté dans la Grande Salle du Théâtre du Châtelet, Point Nemo réunit sur scène Stef Aerts, Joé Agemans, Jonas Vermeulen et Marie Vinck, avec les costumes d’An D’Huys, les lumières de Bart Van Merode et la dramaturgie de Bart Van den Eynde. La création est coproduite avec le Toneelhuis, à Anvers.

Notre avis : une proposition pour les amateurs de poésie visuelle

Avec Point Nemo, le collectif FC Bergman propose au Théâtre du Châtelet une expérience qui demande d’accepter un rythme particulièrement lent. Le spectacle s’adresse avant tout aux personnes sensibles à la poésie des images, disposées à observer un paysage se transformer sans attendre une succession de péripéties. Quelques pointes d’humour viennent ponctuer cette contemplation, mais l’action reste rare et le temps s’étire, parfois au risque de laisser une partie du public à distance.

L’intention du collectif est d’interroger notre besoin de tout maîtriser et la possibilité de nous émanciper en renonçant au contrôle absolu. Le jardin artificiel, entretenu puis progressivement défait, donne une forme à cette réflexion. FC Bergman souhaite laisser au spectateur la liberté d’y chercher son propre sens. Pourtant, il est facile de passer à côté du propos : sans paroles ni récit explicite pour nous guider, le lien entre les gestes observés et cette invitation au lâcher-prise ne s’impose pas toujours. On peut rester sensible à la beauté des tableaux sans parvenir à saisir ce qu’ils cherchent à exprimer.

La grande réussite du spectacle tient au travail de lumière de Bart Van Merode. Sous nos yeux, la scène semble changer intégralement par le seul jeu des couleurs et des éclairages. Les mêmes volumes prennent une autre apparence, les reliefs se redessinent et notre perception de l’espace bascule. Ces transformations sont saisissantes : elles donnent toute sa force à la poésie visuelle du spectacle, jusque dans les moments où il se passe très peu de choses.

L’émotion reste en revanche plus fragile du côté des figures qui habitent ce paysage. L’enfant humanoïde, notamment, ne nous touche guère. Sa présence intrigue, mais peine à susciter l’attachement qui permettrait de nous rapprocher de cet univers. Cette distance renforce le caractère contemplatif de la proposition, tout en limitant sa portée affective.

La musique occupe, elle, une place considérable. Drumming de Steve Reich, interprété par l’Ensemble intercontemporain et Synergy Vocals, accompagne l’expérience avec ses répétitions et ses décalages rythmiques. La puissance sonore nous a toutefois paru parfois assourdissante. Les personnes sensibles aux sons forts doivent en tenir compte : la lenteur des images ne signifie pas que l’expérience soit reposante à l’oreille.

Point Nemo pourra ainsi parler aux amateurs de théâtre visuel, de formes abstraites et de musique minimaliste, qui aiment laisser leur regard s’attarder et construire leur propre lecture. Les spectateurs à la recherche d’une histoire clairement racontée, d’un rythme soutenu ou d’une émotion portée par les personnages risquent davantage de rester en dehors. Une proposition très poétique, aux lumières remarquables, dont la lenteur et l’abstraction constituent autant la singularité que la limite.

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Informations pratiques

Dates et Horaires
Du 25 septembre 2026 au 29 septembre 2026

× Horaires indicatifs : pour confirmer l'ouverture, contactez l'établissement.

    Lieu

    1 Place du Châtelet
    75001 Paris 1

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