Culture : les mangas, stars montantes dans les librairies françaises

Par Cécile D. · Publié le 13 septembre 2021 à 18h03
En France, et pour la première fois, une BD vendue sur deux est un manga : ces bandes dessinées japonaises ont largement su séduire le public français, et cette histoire d'amour n'est pas prête de se terminer.

One Piece, Naruto, Death Note, Demon Slayer, Detective Conan, Drago Ball, L'Attaque des Titans... Le manga a la côte en France. Ces bandes dessinées japonaises viennent même de battre un nouveau record dans l'Hexagone : avec 29 millions de tomes écoulés cette année, les mangas représentent désormais une BD vendue sur deux. Une première depuis leur arrivée dans les librairies françaises, il y a 30 ans de cela.

L'engouement pour les mangas est indéniable : l'institut d'études GFK, cité par BFMTV, dévoile que 25,1 millions de mangas ont été vendus en seulement sept mois, entre janvier et juillet 2021. Montant du chiffre d'affaires généré par ces ventes : 186 millions d'euros. Et l'année n'est pas terminée. 

L'année 2021 a été un véritable boom pour l'industrie manga : en 2020, sur les douze mois, on a dénombré 22 millions de tomes vendus, pour près de 80 millions d'euros de chiffre d'affaires.

Chez les éditeurs, la joie est de mise, même si cette consommation effrénée oblige à revoir quelques points d'organisation. « Je ne sais plus où donner de la tête. Nos ventes ont bondi. Ça explose à tous les niveaux ! », s'enthousiasme Bruno Pham, directeur éditorial d'Akata, au micro de BFMTV. Chez Kana, maison d'édition de Naruto, même constat. « On réédite des titres comme cela ne nous était jamais arrivé de toute l'histoire de Kana. On réimprime par millions chaque mois. Je ne sais pas où ça va s'arrêter », confirme Christel Hoolans, directrice générale.

Comment expliquer cette courbe des ventes qui ne fait que monter ? 

Le manga ne connaît pas la crise, librairies fermées ou non. Pour Masahiro Choya, responsable de la collection manga de Panini, les lecteurs de mangas sont habitués à commander en ligne et ont l'habitude de voir les nouveaux tomes de leur série préférée paraître rapidement, les uns après les autres. La crise et les confinements de 2020 n'ont donc pas beaucoup perturbé leurs habitudes d'achat.

Sur Twitter, un libraire nommé Le Libraire se cache constate lui aussi une explosion des ventes dans son rayon manga. « En un an, malgré trois mois de fermeture pour cause de Covid, mon secteur manga a quasi doublé. Ça s'est vraiment accéléré sur le second trimestre, avec des mois doubles, voire triples. (...) A mon niveau, ce n'est pas tant que je vends beaucoup de références en plus. C'est plutôt que le nombre de ventes de chaque référence pour les séries principales explose. Il me faut par exemple en permanence dix exemplaires de chaque Demon Slayer, là où je pouvais en garder un à la fois auparavant sans jamais en manquer », analyse le professionnel.

L'histoire d'amour entre la France et la culture japonaise n'est pas nouvelle, mais elle n'a pas toujours été régulière. « Les chiffres ne sont pas les mêmes, mais on a déjà vécu ce schéma de démultiplication des ventes au début des années 2000 », se remémore Stéphane Ferrand, directeur éditorial de Véga Dupuis. « Il y avait alors peu d’éditeurs et tout d’un coup ça avait explosé avec l'arrivée d'une masse de titres de très bonne qualité comme Yu Gi Oh!, One Piece, Naruto, Hikaru no go, Bleach... »

Ces dernières années, le monde du manga en France a pu se développer considérablement grâce à l'arrivée de nouveaux titres sur le marché européen, et notamment des séries shōnen, qui mettent en scène de jeunes garçons adolescents. La diversification des œuvres a permis de séduire un public plus large et de plaire à nouveau aux passionnés de la première heure. 

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, le pass culture offert aux jeunes ces derniers mois n'est pas le moteur principal de cette industrie du manga. « L’industrie du manga se porte très bien depuis très longtemps. On vient d’enchaîner six années consécutives avec des croissances à deux chiffres. C’était déjà le secteur le plus porteur du milieu de l’édition. Le pass culture, c’était un bonus sur le bonus. On était déjà à 100% de croissance avant sa généralisation », nous apprend le fondateur de Ki-oon, Ahmed Agne.

L'effet Netflix

Les médias en revanche, ont eu leur rôle à jouer dans cette conquête des marchés. Dans les années 1980, les mangas arrivent en France sous forme de séries animées à suivre à la télévision. Les libraires constatent que leur clientèle est en grande partie composée de ces enfants des années 80, qui ont grandi avec l'amour du manga, et qui peuvent désormais acheter les séries qui leur plaisent.

Les jeunes du XXIe siècle continuent de tomber dans l'univers manga grâce à leurs parents, mais aussi grâce aux plateformes de streaming et aux réseaux sociaux, qui permettent au public de tout âge de découvrir de nouvelles séries. Des alliés précieux pour les libraires : « C'est l'avènement du 360. Vous regardez l'anime, puis en attendant l'épisode suivant vous lisez le manga, puis vous enchaînez avec le spin-off. Et c’est la boucle magique qui se met en route », explique Christel Hoolans.

Parmi les best-sellers en France, on retrouve l'indétrônable One Piece, Dragon Ball, Demon Slayer, Jojo's Bizarre Adventure, Goglgo 13, Naruto, Doraemon...

Les mangas vont-ils continuer à battre des records de vente ? Toute courbe aussi exponentielle doit redescendre... mais pas forcément tout de suite. Pour les éditeurs, le manga a encore de beaux jours devant lui. « Je ne pense pas qu'on soit encore à l'apogée. Ça va continuer à monter », prédit Satoko Inaba, directrice éditoriale de Glénat Manga.

En plus des nouveaux titres qui ne cessent d'être créés et de débarquer sur le marché français, les éditeurs peuvent aussi compter sur les produits dérivés, les salons (Japan Expo, Paris Manga...), les séries...

La France est le deuxième plus gros consommateur de mangas au monde, après le Japon. Mais cette frénésie pourrait bien être dommageable pour l'industrie du manga. « Pour les Japonais, la France est un peu la poule aux œufs d’or. Ils s’étonnent même de certaines séries vendues chez nous. Les éditeurs français achètent énormément, et des choses qu’ils n’auraient pas achetées avant. Et personne ne va pouvoir faire la promotion de manière équivalente de tous ces titres. Des séries risquent de passer à la trappe et de ne pas se vendre », regrette Stéphane Duval, fondateur de la maison d'édition le Lézard noir.

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