Après Kamel Daoud l'an passé, le Prix Goncourt 2025 vient de distinguer Laurent Mauvignier pour son imposante fresque familiale La Maison vide, parue aux éditions de Minuit. Ce mardi 4 novembre, les dix académiciens Goncourt, réunis selon la tradition au restaurant Drouant, dans le quartier de l'Opéra à Paris, ont élu l'auteur tourangeau dès le premier tour de scrutin. Une victoire sans appel avec 6 voix contre 4 pour la romancière belge Caroline Lamarche et son roman Le Bel Obscur. L'écrivain succède ainsi à Kamel Daoud, lauréat 2024 pour Houris.
Dans cette ample saga de 750 pages, Laurent Mauvignier se penche sur sa propre histoire familiale en remontant le fil des générations. Tout commence en 1976, quand son père rouvre une maison de maître restée fermée pendant vingt ans en Touraine. À l'intérieur, quelques objets témoins : un piano, une commode au marbre ébréché, une Légion d'honneur, et surtout des photographies de famille où le visage de sa grand-mère Marguerite a été systématiquement découpé aux ciseaux. Un effacement mystérieux qui va déclencher une enquête littéraire vertigineuse.
L'auteur remonte alors le temps jusqu'à la fin du XIXe siècle pour comprendre ce qui s'est joué dans cette demeure. Il fait revivre Marie-Ernestine, son arrière-grand-mère, jeune pianiste au talent prometteur dont les rêves de Conservatoire de Paris seront brisés par un père autoritaire. Puis Jules, son mari, tué en héros à Verdun en 1916. Et enfin Marguerite, tondue à la Libération pour ses liens supposés avec l'occupant allemand. Autant de destins fracassés par les violences du siècle, les deux guerres mondiales et le poids des secrets de famille. Cette fresque familiale s'étend sur trois générations et tente de comprendre comment ces traumatismes se sont transmis jusqu'au suicide du père de l'écrivain en 1983, alors que celui-ci n'avait que 16 ans.
Philippe Claudel, président de l'Académie Goncourt, a salué devant la presse le parcours de cet auteur fidèle aux éditions de Minuit depuis 1999 : "On est dans le salut à un auteur qui a une œuvre déjà très importante derrière lui et qui, cette année, nous a livré non pas une somme, mais un roman quand même fondamental." Un hommage à un écrivain qui construit son œuvre depuis plus de vingt-cinq ans, avec des romans remarqués comme Des hommes sur la guerre d'Algérie ou Histoires de la nuit, son précédent roman à suspense qui annonçait déjà La Maison vide dans quelques pages. Plus d'informations sur l'auteur sont disponibles sur son site officiel.
Né à Tours le 6 juillet 1967 dans une famille ouvrière de Descartes, Laurent Mauvignier a d'abord étudié les arts plastiques à l'École des Beaux-Arts de Tours avant de se consacrer entièrement à l'écriture. Son premier roman Loin d'eux, publié en 1999, lui vaut le prix Fénéon. Depuis, il a multiplié les distinctions : prix Wepler et Livre Inter pour Apprendre à finir, prix du roman Fnac pour Dans la foule, prix des libraires pour Des hommes. En 2015, il reçoit le Grand prix de littérature de la SGDL pour l'ensemble de son œuvre. Son style se caractérise par de longues phrases sinueuses qui plongent dans la psychologie des personnages et explorent les zones d'ombre de l'âme humaine.
Avant même l'annonce du Goncourt, La Maison vide avait déjà reçu plusieurs reconnaissances majeures : le prix littéraire Le Monde, le prix Landerneau des lecteurs et le prix des libraires de Nancy. Le roman s'est écoulé à près de 82 000 exemplaires avant la proclamation du prix, un chiffre qui devrait exploser dans les prochaines semaines grâce au fameux bandeau rouge.
Contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, le Prix Goncourt ne rapporte que 10 euros symboliques à son lauréat. Un montant dérisoire qui remonte à la création du prix en 1903 et qui n'a jamais été réévalué. À l'époque, cette somme représentait déjà une récompense purement honorifique. Mais ne vous y trompez pas : si le chèque est modeste, les retombées sont colossales. Le Prix Goncourt reste la distinction littéraire la plus prestigieuse du monde francophone et garantit au lauréat des ventes qui se comptent par centaines de milliers d'exemplaires, voire dépassent le million. Le fameux bandeau rouge apposé sur la couverture du livre agit comme un véritable sésame auprès du grand public et propulse l'ouvrage en tête des ventes pendant des mois. Pour Laurent Mauvignier et les éditions de Minuit, c'est donc une reconnaissance littéraire majeure mais aussi une manne économique considérable qui s'annonce.
Les dix jurés de l'Académie Goncourt portaient tous un badge de soutien à l'écrivain algérien Boualem Sansal, actuellement emprisonné dans son pays, témoignant ainsi de leur engagement pour la liberté d'expression. Parmi les autres finalistes figuraient Emmanuel Carrère pour Kolkhoze et Nathacha Appanah pour La nuit au cœur, cette dernière ayant remporté le prix Femina la veille.
En même temps que le Goncourt, le prix Renaudot a été attribué à Adélaïde de Clermont-Tonnerre pour Je voulais vivre aux éditions Grasset, tandis que le Renaudot essai a distingué Alfred de Montesquiou pour Le crépuscule des hommes chez Robert Laffont. Une belle journée pour la littérature française qui confirme la vitalité de la création romanesque contemporaine.
Avec ce Prix Goncourt 2025, Laurent Mauvignier entre dans le cercle très fermé des grands auteurs français consacrés par cette distinction créée en 1903. Son roman La Maison vide s'impose comme l'un des textes majeurs de cette rentrée littéraire, porté par une écriture ample et sensible qui redonne vie aux invisibles de l'Histoire. Un monument littéraire qui explore la transmission des traumatismes familiaux et pose cette question vertigineuse : comment les blessures du passé continuent-elles de nous façonner, plusieurs générations plus tard ?
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