Interview d'Ariel Weil, maire de Paris Centre : "Le centre de Paris est un patrimoine vivant"

Par Laurent de Sortiraparis · Photos par Laurent de Sortiraparis · Mis à jour le 23 avril 2026 à 15h39
À travers ses lieux culturels, ses jardins, ses cafés, ses institutions et ses adresses moins connues, Paris Centre concentre une grande partie de ce qui fait l’image de la capitale. Un environnement culturel que le maire des quatre arrondissements concernés, Ariel Weil, a évoqué à l'occasion d'une interview pour Sortiraparis.

Paris Centre est le Paris des cartes postales, des monuments que l’on croit connaître par cœur, mais aussi des rues, des lieux et des habitudes qui échappent souvent au premier regard. Qui de mieux pour en parler que son maire, Ariel Weil ? Fraîchement réélu, l'élu dévoile ses découvertes, ses coups de cœur et ses recommandations. Petit tour d'horizon des sorties à Paris Centre en compagnie de l'édile, dans ce quartier aux identités multiples.

Notre interview du maire de Paris Centre, Ariel Weil

Afin de mieux vous connaître, pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Economiste de formation avec un long parcours dans le privé et l’enseignement — Sciences Po, HEC et aux États-Unis —, j'ai été brièvement assistant parlementaire, mais j'en suis vite parti car j’ai toujours pensé qu’il fallait avoir vécu, appris et travaillé ailleurs avant d'arriver à des responsabilités publiques.

Je suis surtout un habitant de longue date du centre de Paris, dont je suis aujourd’hui le maire. Je tiens à garder un rapport très concret au territoire, sans rester enfermé dans mon bureau : des rendez-vous au café, du temps dehors, dans la rue, dans les commerces et sur les places ; c’est comme ça qu’on comprend vraiment une ville. J’aime l'idée d’être un maire de proximité, ancré dans son quartier, qui marche, fait du vélo et garde une relation directe avec les habitants. 

Je trouve les permanences ennuyeuses alors une fois par mois, j’invite les habitants autour d’un café-croissant pour parler durant deux heures de tous les sujets, souvent en compagnie d'un invité local.

Quelles sont vos expériences culturelles préférées, durant votre temps libre ? 

J’ai des goûts assez variés. Une partie de ma vie culturelle est liée à mes fonctions, au cœur d’un territoire d’une richesse exceptionnelle, entre le Louvre, Notre-Dame, le Centre Pompidou, les galeries et les théâtres. Je me rends aussi dans les églises, pour l’architecture comme pour les œuvres qu’elles abritent : Delacroix, Le Tintoret, Keith Haring à Saint-Eustache... On oublie souvent qu’à Paris, surtout dans le centre, ces lieux forment un grand musée.

Avec ma fille, très engagée dans le spectacle vivant, je vais voir des comédies musicales, à Paris comme à Londres. On a vu récemment La Cage aux Folles, 42nd Street, Les Misérables. J’aime le cinéma, en particulier le Grand Rex, et l’ambiance des avant-premières de mangas comme Sword Art Online et Demon Slayer. Il y a une vraie ferveur autour du cosplay (j'ai moi-même porté une cape pour l'avant-première de Demon Slayer !) et une joie collective assez rare. Enfin, j'apprécie le stand-up, j'ai eu l'occasion de voir des artistes comme Rosa Bursztein, Alison Wheeler, Paul Mirabel ou encore Louis C.K.

Visuel Paris Jardin Nelson Mandela Eglise Saint EustacheVisuel Paris Jardin Nelson Mandela Eglise Saint EustacheVisuel Paris Jardin Nelson Mandela Eglise Saint EustacheVisuel Paris Jardin Nelson Mandela Eglise Saint Eustache

Quel évènement recommandez-vous particulièrement à nos lecteurs ?

J’irais plutôt vers des événements moins attendus que les grands incontournables. À la mairie, nous avons une programmation locale, souvent gratuite, qui permet de découvrir des artistes et des formats plus discrets, comme des expositions photo. En ce moment, les grilles de la mairie accueillent une exposition de l’atelier des artistes en exil.

Tous les mardis soirs, des concerts et des événements artistiques sont organisés dans la salle des fêtes (et jeudis soirs dans une autre salle municipale), avec de jeunes artistes, des groupes, des chœurs, des associations ou des élèves du conservatoire qui, sans ça, n'auraient pas tous la possibilité de s'offrir une véritable scène.

Je recommande aussi les Foulées de Paris Centre, une course à taille humaine, très familiale, que nous avons relancée. Elle n’est pas pensée pour la performance pure, mais pour le plaisir de courir ensemble, avec des formats pour les enfants, des parcours accessibles et des relais familiaux.

visuel Paris visuel  - quai de Seinevisuel Paris visuel  - quai de Seinevisuel Paris visuel  - quai de Seinevisuel Paris visuel  - quai de Seine

Comment décririez-vous vos arrondissements à quelqu’un qui ne les connaît pas ? Que trouve-t-on chez vous qu'on ne trouve pas ailleurs et qui vous rend le plus fier ?

C'est un patrimoine vivant, l’un des lieux les plus connus au monde et pourtant souvent mal connu. Tout le monde pense au Louvre, à Notre-Dame, à la place des Vosges, au Centre Pompidou, mais ce qui m’intéresse, c’est ce qu’il y a à côté : les petits musées, les jardins cachés, les hôtels particuliers, les lieux de brassage culturel, les rues dont on ne soupçonne pas l’histoire.

C’est cette superposition de couches historiques, de cultures, de patrimoines et de vies contemporaines qui me rend le plus fier ; la possibilité de passer en quelques minutes d’un grand monument à un jardin méconnu, d’une synagogue à une église, d’un restaurant ouïghour à un café historique, d’un musée confidentiel à une place où les enfants jouent au foot. C’est cette densité et cette diversité qui font l’âme de Paris Centre.

Je suis très attaché aux à-côtés du patrimoine : les petits musées comme Cognacq-Jay, la Maison Victor Hugo, les jardins à l'image du square Léopold-Achille (pour lequel il existe un projet de fusion avec les jardins du Musée Picasso) ou encore des parcours et des lieux plus inattendus, comme le plus ancien quartier chinois de Paris autour de la place Pan Yuliang, le Tango, ce club LGBT mythique racheté par la Ville alors qu'il allait disparaître. Tout cela compose une ville qu’on ne découvre jamais entièrement.

Visuels musée et monument - musée Cognacq-JayVisuels musée et monument - musée Cognacq-JayVisuels musée et monument - musée Cognacq-JayVisuels musée et monument - musée Cognacq-Jay

Quelles sorties gratuites ou à petit prix recommandez-vous aux familles ou aux jeunes ?

La sortie gratuite par excellence, c’est l’espace public lui-même ! Les quais de Seine qui sont devenus de vrais lieux de promenade et de respiration, les petits jardins comme le jardin Ginette-Kolinka, le jardin Anne Frank, le jardin des Rosiers-Joseph-Migneret et celui du site Richelieu de la BNF redessiné par Gilles Clément. Les places aussi, comme la place des Petits Pères ou la place des Victoires.

Entrer dans une église, pousser la porte d’un lieu patrimonial, déambuler dans le Marais ou dans le Sentier sans itinéraire trop fixe... Autant de parcours spontanés ! Et puis, toute la programmation municipale gratuite : expositions, concerts du mardi soir, brocantes, fêtes familiales et autres rendez-vous culturels locaux.

Quels sont les 3 acteurs clés (bars, cafés, associations sportives/culturelles, tiers-lieux) que vous considérez comme essentiels à l’animation locale ?

Je citerais trois cafés associatifs qui sont des lieux de vie, de solidarité et d’animation locale. Le premier est Le Troisième Café près du marché des Enfants-Rouges : un lieu très attachant, porté par une logique de bénévolat, avec un principe de repas suspendus. On y mange bien, pour peu cher, et les habitants qui n’ont pas les moyens peuvent y trouver une forme d’accueil.

Le deuxième est un café de la rue François-Miron connu sous le nom de "Quatrième Café". Là aussi, on peut manger à prix très modique, voire gratuitement selon les situations. C’est un bon exemple de transformation d’un espace (il s'agit de l’ancien local du parti socialiste) en un lieu utile, accessible et vivant.

Le troisième est Notre Café Marais, dans la caserne des Minimes réaménagée. J’aime énormément ce lieu parce qu’il réunit beaucoup d'idées que je défends : un site patrimonial reconverti, un café associatif, un environnement mêlant artisans, logements, services, crèche, jardin, et surtout un lien direct avec un institut médico-éducatif voisin qui permet à de jeunes autistes d’y travailler et de s’y former. On y mange bien, l’endroit est magnifique et le projet humain est remarquable.

Notre café Marais, le café associatif Caserne des Minimes tenu par de jeunes autistesNotre café Marais, le café associatif Caserne des Minimes tenu par de jeunes autistesNotre café Marais, le café associatif Caserne des Minimes tenu par de jeunes autistesNotre café Marais, le café associatif Caserne des Minimes tenu par de jeunes autistes

Quel est le parcours idéal pour découvrir Paris Centre ?

Je recommande justement de ne pas trop faire d’itinéraire. L’idéal est d’avoir deux ou trois points en tête, puis d’accepter de se perdre dans les petites rues du Marais et du Sentier en suivant son instinct. Je conseillerais de parcourir le centre de Paris de part en part, en traversant les couches successives d’Histoire (l'enceinte de Philippe Auguste, l'enceinte de Charles V). Le fait que Paris s’est construite de l’intérieur vers l’extérieur se lit dans les rues, les tracés, les ouvertures et les vestiges.

Quel évènement incarne au mieux le vivre-ensemble ? Quelle initiative allez-vous mettre en place afin de renforcer ce sentiment de communauté ?

L'un de mes plus beaux souvenirs est cette tradition lancée dès mon arrivée : le 24 décembre au soir, aller voir celles et ceux qui travaillent pendant que les autres fêtent Noël. Le moment qui me touche le plus est la Soupe Saint-Eustache : devant l’une des plus belles églises de Paris, être aux côtés de bénévoles qui servent un repas aux personnes en difficulté résume très bien ce qui permet de faire société.

Il faut aussi mieux faire coexister les habitants dans l’espace public. Avec la transformation des modes de mobilité, il faut aujourd'hui réussir à apaiser les tensions entre piétons, cyclistes et automobilistes en partant toujours du plus vulnérable — les piétons, les enfants, les seniors, les personnes à mobilité réduite.

Enfin, il faut renforcer le lien entre les habitants via la culture, l’usage de l’espace public et la création de nouveaux lieux de rencontre. Avec le projet Halles 2030, j'entends créer de nouveaux lieux de rencontre et de pratique dans le centre de Paris, en réinvestissant certains tunnels et parkings obsolètes autour des Halles, afin d'y créer équipements sportifs, bains-douches, bagagerie, lieux sociaux et autres espaces intergénérationnels.

Interview d'Ariel Weil, maire de Paris Centre : "Le centre de Paris est un patrimoine vivant"Interview d'Ariel Weil, maire de Paris Centre : "Le centre de Paris est un patrimoine vivant"Interview d'Ariel Weil, maire de Paris Centre : "Le centre de Paris est un patrimoine vivant"Interview d'Ariel Weil, maire de Paris Centre : "Le centre de Paris est un patrimoine vivant"

Certains sujets culturels vous tiennent-ils particulièrement à cœur ?

L’idée que l’on peut renouveler la lecture du patrimoine sans l’abîmer me tient à cœur. Avec l’artiste C215, nous avons imaginé un parcours de street art historique dans le Marais, consacré au Grand Siècle. En installant des portraits comme Madame de Sévigné sur des armoires électriques (qui comptent parmi les objets les plus laids de l'espace public) à proximité des lieux en lien avec ces figures historiques, il est possible de raconter l’Histoire autrement, de faire sortir la mémoire des musées et la faire exister dans la rue.

Madame de Sévigné, lettres parisiennes : l'exposition inédite au musée Carnavalet - fotor 1776161407410Madame de Sévigné, lettres parisiennes : l'exposition inédite au musée Carnavalet - fotor 1776161407410Madame de Sévigné, lettres parisiennes : l'exposition inédite au musée Carnavalet - fotor 1776161407410Madame de Sévigné, lettres parisiennes : l'exposition inédite au musée Carnavalet - fotor 1776161407410

Quelle ville ou arrondissement parisien admirez-vous pour son programme culturel ?

À Paris, j’aime beaucoup le 2e arrondissement, notamment autour de la place des Victoires et de la place des Petits-Pères, pour son équilibre entre patrimoine, vie locale et respiration. En dehors de Paris, j'aime me rendre à Marseille, une ville importante dans le paysage culturel français, avec une identité forte et une vraie énergie.

J’ai aussi un lien personnel avec New York et Tel-Aviv, deux villes qui m’inspirent. Concernant la première, elle a su transformer son rapport à l’espace public, à la mobilité et aux usages urbains. La High Line en est un exemple emblématique, tout comme le développement spectaculaire des pistes cyclables dans une ville autrefois difficile à pratiquer à vélo. J'admire la capacité de ces villes à faire de l’urbanisme un outil de transformation culturelle et sociale.

Place des Victoires - Statue Louis XIVPlace des Victoires - Statue Louis XIVPlace des Victoires - Statue Louis XIVPlace des Victoires - Statue Louis XIV

Un mot pour donner envie aux lecteurs de Sortiraparis de découvrir Paris Centre ?

Redécouvrez l’endroit le plus connu au monde, ou plus précisément : allez à la rencontre de l’inconnu dans l’endroit le plus connu au monde ! Paris Centre est un territoire que tout le monde croit connaître, mais qui reste plein de replis, de couches, de détails, de lieux cachés, de jardins, de cafés, de musées, de rues, d’histoires et de visages qu’on ne découvre qu’en prenant le temps d’y marcher autrement.

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