La manifestation du 24 octobre à Paris a enfin son parcours. Ce jeudi 22 octobre 2026, à la mi-journée, la Préfecture de police a validé le tracé déclaré par la CGT Paris, de la place de la Bastille (4e, 11e et 12e arrondissements) à la place de la Nation (11e et 12e). Celui des gilets jaunes, qui voulaient rejoindre Opéra (9e) en passant par République, sera en revanche interdit par arrêté, rapporte Le Parisien.
Une semaine après la journée du 17 octobre, marquée par une très forte mobilisation et de nombreuses violences, le gouvernement prépare un dispositif de sécurité "massif". Il doit être présenté ce jeudi aux partis politiques, mais les grandes lignes sont déjà connues : militaires Sentinelle en renfort, unités d'élite mobilisées et interdiction des cortèges jugés à risque.
Ce jeudi, Emmanuel Macron a encore durci le ton. Les manifestations qui ne sont pas déclarées par des syndicats seront interdites partout où c'est possible, et le chef de l'État recommande de ne pas manifester du tout dans les prochains jours. Un conseil de défense se réunit vendredi pour prendre de nouvelles décisions.
On fait le point sur ce qui est acté, ce qui reste en suspens et ce qui peut encore bouger d'ici samedi. Pour le contexte général, notre article acte II ce samedi 24 octobre, à quoi faut-il s'attendre ? fait le tour de la question.
Seul le trajet de la CGT a reçu le feu vert. Le cortège partira de la place de la Bastille pour rejoindre la place de la Nation, soit environ deux kilomètres sur un axe habitué des défilés syndicaux. La préfecture le présente comme le cadre unique de la journée : "tous ceux qui souhaitent exprimer leurs revendications pourront donc le faire dans ce cadre".
L'Union étudiante appelle de son côté à se rassembler place de la Bastille dès 14h, comme nous l'indiquions. Au niveau national, la CGT avait déjà appelé ses 600 000 adhérents à rejoindre pacifiquement les rassemblements du samedi.
Reste à savoir qui suivra ce cortège. L'Interfac Île-de-France, qui s'était associée à la déclaration des gilets jaunes, doit décider de sa participation lors d'une assemblée générale ce jeudi en fin de journée.
La préfecture invoque l'ordre public. Elle met en avant les exactions du week-end dernier, mais aussi celles constatées en fin de cortège lors des précédentes mobilisations, notamment le 13 octobre. D'où la volonté de choisir les itinéraires avec la plus grande prudence.
Le tracé refusé, détaillé par BFMTV, prévoyait un rassemblement à Bastille dès 12h, un départ à 14h30 et une arrivée vers 18h. Il remontait les boulevards Beaumarchais, des Filles-du-Calvaire et du Temple jusqu'à la place de la République (3e, 10e et 11e), puis suivait les Grands Boulevards jusqu'au boulevard Haussmann et à la place de l'Opéra.
Un trajet difficile à accepter pour les autorités. République est soumise depuis plusieurs nuits à un couvre-feu et à des interdictions de rassemblement. Quant au quartier de l'Opéra, c'est celui des grands magasins, alors que Laurent Nuñez a demandé aux préfets de privilégier des itinéraires éloignés des bâtiments publics et des rues commerçantes.
La Coordination des gilets jaunes ne signera pas le parcours Bastille-Nation, expliquant ne pas avoir de mandat pour l'accepter. Elle confirme toutefois sa présence place de la Bastille dès midi samedi. À ce stade, elle ne sait pas encore si elle contestera l'interdiction de son tracé devant la justice.
Benjamin Ball, coordinateur du mouvement et éditeur du site qui cartographie les actions, promet de son côté une journée d'ampleur où "tout le monde sera dans la rue" : lycéens, étudiants, syndicats, paysans, infirmières ou pompiers. Environ 340 actions sont recensées dans toute la France sur la carte des mobilisations.
Un point juridique pèse aussi dans la balance. À Paris, une manifestation doit être déclarée au moins trois jours francs avant la date, soit au plus tard le mardi soir pour un samedi, comme le rappelle un avocat pénaliste parisien. Envoyée mercredi, la déclaration des gilets jaunes arrivait déjà hors délai sur le papier.
La décision de samedi s'inscrit dans une série d'interdictions. Mercredi, la Préfecture de police a interdit la manifestation déclarée par l'Interfac ce jeudi 22 octobre, entre l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière (13e) et Bastille. Elle a aussi interdit tous les rassemblements et manifestations de 8h à 20h dans plusieurs secteurs de la capitale.
Manifestation du 22 octobre à Paris : parcours maintenu, stations fermées ? Les infos
La manifestation des lycéens et étudiants du jeudi 22 octobre 2026 à Paris, entre la Pitié-Salpêtrière et Bastille, est interdite par la préfecture. Stations de métro fermées, parcours, revendications : on fait le point sur cette journée. [Lire la suite]
Par précaution, la RATP a fermé plusieurs stations dès 10h ce jeudi, à la demande de la préfecture :
Le trafic de la ligne 10 est aussi interrompu entre Gare d'Austerlitz et Jussieu. Notre article sur les stations de métro fermées ce jeudi suit la situation au fil de la journée.
Ailleurs en France, la fermeté est parfois plus radicale. À Lyon, la préfecture du Rhône a interdit toute manifestation samedi. Une ligne fixée par Laurent Nuñez, qui a demandé aux préfets d'interdire les manifestations revendicatives susceptibles de troubler l'ordre public.
Emmanuel Macron a confirmé cette doctrine ce jeudi, à l'issue d'un conseil de sécurité à l'Élysée suivi par Le Monde. Les demandes de manifestation déposées par des organisateurs qu'il juge sans légitimité seront interdites "partout où on le peut". Les demandes syndicales seront, elles, examinées par les préfets, avec des tracés alternatifs pour protéger centres-villes, commerces et bâtiments publics. C'est exactement le schéma retenu à Paris avec le parcours Bastille-Nation.
Le président annonce aussi la réunion d'un conseil de défense ce vendredi 23 octobre, avec de nouvelles décisions à la clé. De quoi laisser planer le doute sur d'éventuelles mesures supplémentaires d'ici samedi.
Les lycéens seront eux aussi de la partie. Dans un communiqué publié mercredi 21 octobre, la Coordination nationale lycéenne appelle à descendre dans la rue le jeudi 22 et le samedi 24 octobre, aux côtés des étudiants, des apprentis, des alternants et des travailleurs. Elle dit soutenir toutes les suites possibles du mouvement, des manifestations aux blocages en passant par les occupations.
Ce texte a été adopté lors de sa deuxième réunion, tenue à Paris le 18 octobre. Plus de 100 lycéens mandatés par leurs assemblées générales y représentaient 27 villes, de Brest à Strasbourg et de Lille à Marseille, en plus des délégations d'Île-de-France.
Côté revendications, les lycéens réclament plus de moyens et de personnel, des classes limitées à 25 élèves, la suppression de Parcoursup et la fin des inégalités entre quartiers aisés et quartiers populaires. Ils appellent déjà à une journée nationale le mardi 3 novembre, se joignent à la grève du 5 novembre et prévoient une nouvelle réunion le jeudi 29 octobre.
Le gouvernement admet que le maintien de l'ordre a montré ses limites le week-end dernier. À l'Assemblée nationale, Sébastien Lecornu a reconnu un dispositif "trop statique et pas assez mobile" lors de l'acte I.
Le ministère de l'Intérieur annonce donc une doctrine "plus axée sur la réactivité et la mobilité", capable d'aller chercher des petits groupes qui se déplacent vite. Laurent Nuñez, qui pilotera lui-même le dispositif samedi, a déjà détaillé trois mesures :
Les services de renseignement redoutent des groupes de casseurs très mobiles samedi, y compris issus de l'ultragauche. Attendez-vous donc à une présence policière et militaire très visible, bien au-delà de l'axe Bastille-Nation.
Le précédent du 17 octobre rappelle aussi que le jour J peut réserver des surprises. La préfecture avait alors imposé un trajet de République à la place de Clichy (18e), comme nous l'expliquions dans notre article sur le parcours du 17 octobre. Des milliers de manifestants étaient restés bloqués de l'autre côté de République, et le grand défilé commun ne s'était jamais formé.
Les couvre-feux décidés après les violences du week-end ont été prolongés dans plusieurs villes, et la préfecture a renouvelé le couvre-feu partiel à Paris mardi soir. Lors des arrêtés de la nuit du 19 au 20 octobre, les rassemblements non déclarés avaient été interdits dans plusieurs secteurs :
Bastille, point de départ du cortège autorisé, figure dans ce périmètre, tout comme République, que les gilets jaunes voulaient traverser. L'arrêté attendu pour samedi précisera les secteurs où tout rassemblement sera interdit.
La Ville de Paris appelle elle aussi à la plus grande vigilance. Après les violences et pillages du week-end dernier, elle redoute de nouvelles dégradations commises par des casseurs sans lien avec le mouvement social.
Dès ce jeudi, la mairie retire de l'espace public le matériel qui pourrait servir à casser, comme les barrières et les éléments mobiles des chantiers. Elle demande aux habitants et aux commerçants de rentrer leurs poubelles, leurs vélos, leurs terrasses et leur mobilier extérieur dès samedi midi. Si vous garez votre vélo dans la rue entre Bastille et Nation, mieux vaut donc le mettre à l'abri.
Plus de 1 000 agents de la propreté seront mobilisés ce week-end, aux côtés d'équipes de médiation. Plusieurs événements prévus dans l'espace public sont aussi annulés, dont des animations de Mon Premier Festival, le festival de cinéma jeune public, dans Paris Centre. Avant de sortir en famille, pensez à vérifier que votre séance ou votre atelier est maintenu.
Côté commerces, la facture du week-end dernier reste lourde. Quelque 3 000 boutiques ont été dégradées ou pillées en France, et l'exécutif annonce des prêts à taux zéro accessibles dès vendredi ainsi qu'un étalement des charges. Plusieurs enseignes préfèrent donc ne prendre aucun risque samedi. Benjamin Ball, lui, appelle carrément les commerçants à fermer boutique pour venir manifester.
Premier grand nom à baisser le rideau : Apple. Les trois Apple Store de Paris, sur les Champs-Élysées (8e), à Opéra (9e) et au Marché Saint-Germain (6e), restent fermés toute la journée, comme quatre autres boutiques de centre-ville à Lille, Bordeaux, Strasbourg et Aix-en-Provence. Les magasins des centres commerciaux d'Île-de-France, comme Vélizy 2, Les Quatre Temps à La Défense ou Parly 2, restent ouverts, et les boutiques parisiennes rouvrent exceptionnellement le dimanche 25 octobre de 12h à 18h. On détaille tout dans notre article sur les Apple Store de Paris fermés samedi.
Apple n'est pas seul à jouer la prudence. Le DJI Store Paris, rue Soufflot (5e), a lui aussi annoncé sa fermeture. Le centre de simulateurs de course E-Motion Paris, rue Réaumur (2e), garde porte close samedi et dimanche. Côté nuit, le club 33 Foch (16e) ne rouvrira pas samedi soir. Et le Japan Fes Paris, marché nocturne prévu ce week-end au pied de l'Arc de Triomphe, est annulé. Prochain rendez-vous annoncé sur son site officiel : les 6 et 7 novembre, place Saint-Michel.
Ces décisions suivent un message clair de la Préfecture de police. Dans un courrier envoyé mercredi soir et consulté par franceinfo, le préfet Patrice Faure invite les commerçants parisiens à prendre leurs "précautions" en amont des prochaines manifestations lycéennes et contre la vie chère. Il leur recommande notamment de renforcer la sécurité de leurs établissements et d'adapter leurs horaires.
Aucun arrêté n'impose pour autant de fermeture : la décision revient à chaque commerçant. Les boutiques, cafés et restaurants situés entre Bastille et Nation sont les plus exposés. Même si Opéra et République sortent du parcours officiel, le souvenir du 17 octobre pourrait pousser certains commerçants de ces quartiers à rester prudents. Nous complétons la liste des fermetures dès qu'une nouvelle enseigne se manifeste.
Au moment où nous écrivons, les grands magasins du boulevard Haussmann n'ont pas annoncé de fermeture, et le site des Galeries Lafayette Haussmann affiche toujours ses horaires habituels pour samedi. En décembre 2018, lors de l'acte IV des gilets jaunes, Galeries Lafayette et Printemps avaient pourtant fermé leurs magasins parisiens par précaution, rappelle Europe 1.
Hors de Paris, la logique est différente. La carte de la coordination recense des rassemblements sur des ronds-points, devant des stations-service, des dépôts pétroliers, des gares ou des péages. La revendication centrale reste le blocage des prix à la pompe et le contrôle des marges des pétroliers.
Ces actions sont souvent courtes et mobiles, donc difficiles à anticiper. Si vous prenez la route samedi en Seine-et-Marne, dans les Yvelines, l'Essonne ou le Val-d'Oise, prévoyez une marge, surtout près des grands axes et des zones commerciales.
La source la plus fiable reste la Préfecture de police, qui publie ses arrêtés sur son site et sur ses réseaux : itinéraire validé, périmètres interdits et éventuelles nouvelles interdictions. Côté transports, la RATP annonce les fermetures de stations, et notre point info trafic métro et RER les reprend au fil de la journée.
Quelles stations de métro risquent de fermer samedi ?
La liste officielle des stations fermées le 24 octobre n'est pas encore connue. Elle est publiée par la RATP à la demande de la Préfecture de police, en général la veille au soir ou le matin même. Nous l'ajouterons ici dès sa parution.
En attendant, voici les stations les plus exposées autour du parcours autorisé. Cette liste est indicative.
- Bastille (lignes 1, 5 et 8) ;
- Ledru-Rollin et Faidherbe-Chaligny (ligne 8) ;
- Reuilly-Diderot (lignes 1 et 8) ;
- Nation (lignes 1, 2, 6 et 9, et RER A).
Comme jeudi, des stations voisines comme Saint-Paul, Bréguet-Sabin ou Chemin Vert pourraient aussi fermer. République et Opéra, sur le trajet interdit des gilets jaunes, sont également à surveiller. Pensez à consulter notre article sur les lignes à éviter ce week-end avant de partir.
Si vous habitez ou travaillez entre Bastille et Nation, gardez un œil sur ces sources jusqu'à samedi matin. Et si vous préférez une journée loin des cortèges, nos idées de sorties ce samedi 24 octobre font la part belle aux musées et aux expositions. La suite du mouvement se jouera le 31 octobre avec un acte III, le 3 novembre avec la journée nationale lycéenne, puis lors de la grève intersyndicale du 5 novembre.
Nous mettrons à jour cet article dès la publication de l'arrêté interdisant le parcours des gilets jaunes, de la liste des stations fermées, de la décision de l'Interfac et des annonces du conseil de défense de vendredi.
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