On vous emmène sous la nef du Panthéon, dans le 5e arrondissement de Paris, où le Centre Pompidou et le Centre des monuments nationaux présentent Vies minuscules, du 24 septembre 2026 au 31 janvier 2027.
Le principe a de quoi surprendre. Dans ce monument dédié aux grands hommes et aux grandes femmes de la nation, ce sont cette fois les vies discrètes, fragiles ou oubliées qui prennent la parole. Avec cette exposition d'art contemporain, le CMN rejoint la Constellation du Centre Pompidou, le programme qui fait voyager les collections du musée pendant sa fermeture pour travaux.
Le titre est emprunté au livre de Pierre Michon, paru en 1984 chez Gallimard. L'écrivain y rassemble huit portraits d'inconnus, parents éloignés ou rencontres fugaces, à partir desquels il tisse sa propre biographie. Une façon d'offrir un tombeau poétique à ceux que le temps efface d'ordinaire sans bruit.
L'idée est née d'un contraste. Au fronton du monument, on lit la devise "Aux grands hommes, la patrie reconnaissante". Les commissaires, Eva Barois De Caevel, Mathieu Potte-Bonneville et Aurélien Bernard, se sont demandé si les artistes du 20e siècle n'avaient pas, eux aussi, cherché à créer des œuvres "reconnaissantes" envers les oubliés de l'histoire.
Joli clin d'œil pour les amoureux de littérature : lors de leur visite dans sa maison de la Creuse, Pierre Michon leur a confié le manuscrit du premier chapitre de son livre, le seul qu'il n'a pas détruit. Un petit carnet écrit au crayon gris, d'un seul jet, sans rature. Des fac-similés sont présentés dans la salle où trône la maquette du Panthéon.
Conçue à partir des collections du Centre Pompidou, l'exposition réunit une trentaine d'artistes et couvre plus d'un siècle de création, de František Kupka à Jumana Manna. On y croise l'installation Monument (1986) de Christian Boltanski, sept visages d'enfants disposés en autel, la série de Photomatons de Mathieu Pernot, deux films de Teo Hernández et la sculpture Pierre de Clarisse Hahn.
Parmi nos coups de cœur, il y a Le Mec (1910) de František Kupka. Avant de devenir l'un des pionniers de l'abstraction, le peintre croquait les milieux populaires pour le magazine satirique L'Assiette au beurre. Son personnage avance d'un pas nonchalant, un brin frondeur, comme un flâneur baudelairien égaré dans la ville moderne. On le quitte avec l'impression d'avoir croisé un passant d'il y a un siècle.
Autre arrêt marquant, dans la partie Fragments, ruines : Bicep (2015) de l'artiste palestinienne Jumana Manna. Un muscle géant en plâtre, posé à même le sol, sans socle, puissant en apparence mais creux et fragile à l'intérieur. Dans ce temple des statues héroïques, cette pièce fait l'effet d'un colosse tombé de son piédestal. Elle interroge les représentations viriles de la statuaire monumentale et la façon dont le patrimoine peut aussi servir à effacer.
Le parcours réserve bien d'autres rencontres : la vidéo de Nil Yalter où des ouvriers portugais racontent leur quotidien en France, les photos de famille de LaToya Ruby Frazier à Braddock ou La tarte au citron de Joël Bartoloméo, repas familial filmé sans montage. Des petits riens qui, mis bout à bout, finissent par peser lourd.
Trois œuvres ont été pensées pour l'occasion. Adrianna Wallis expose Les Lettres ordinaires, des cartons de courriers perdus que La Poste lui réexpédie depuis 2017 : lettres d'amour, d'amitié, histoires de famille. Adéla Součková installe dans le transept nord une structure en bois et textile peint, comme une tente douce plantée au milieu de la pierre. Sara Favriau imagine un enchevêtrement de passerelles miniatures en bois pétrifié et mousse, hommage aux petites mains.
C'est ce qui nous a le plus plu. Les œuvres du Centre Pompidou ne se contentent pas d'être posées dans la nef, elles viennent dialoguer avec celles du Panthéon. Les cavaliers photographiés par Mohamed Bourouissa à Philadelphie répondent à ceux de La Convention nationale de François-Léon Sicard. Les jeux d'enfants filmés par Francis Alÿs font écho au Monument à Rousseau de Bartholomé. L'étude de médaille au soldat inconnu de Paul Marcel Dammann rencontre le monument Aux héros morts inconnus.
Le jeu de correspondances fonctionne comme une conversation à voix basse entre deux siècles. On se surprend à lever les yeux vers les fresques, puis à revenir vers un petit dessin, et à faire des liens qu'on n'aurait jamais faits seul. Ce qui est déjà là se regarde soudain autrement.
La scénographie de Julie Boidin y contribue beaucoup. Trente modules de couleur claire, un par artiste, épousent l'architecture sans jamais la masquer. Il n'y a pas de parcours imposé : chacun trace son chemin dans la nef, s'arrête, revient sur ses pas. Une balade libre, un peu comme on flâne dans une ville qu'on croit connaître.
Le Panthéon accompagne l'exposition d'une programmation vivante mêlant littérature, musique, danse, théâtre, cinéma et performance :
L'exposition est incluse dans le billet d'entrée du Panthéon, qui donne accès à la nef et à la crypte. Elle se visite aux horaires du monument : de 10h à 18h30 en septembre (dernière entrée à 17h45), puis de 10h à 18h d'octobre à janvier (dernière entrée à 17h15). Le tarif individuel est de 16€ jusqu'au 30 septembre, puis de 13€ à partir du 1er octobre. L'entrée est gratuite pour les moins de 16 ans accompagnés d'un adulte, pour les 16-25 ans ressortissants de l'Union européenne, pour les personnes en situation de handicap et leur accompagnateur, ainsi que les premiers dimanches des mois de novembre à mars. Les billets sont en vente sur la billetterie officielle, et le détail est à retrouver sur le site du Panthéon.
Pour prolonger la visite, un journal d'exposition coédité par le Centre Pompidou et les Éditions du patrimoine réunit vingt œuvres commentées, des extraits de Pierre Michon et de Saidiya Hartman et un entretien inédit avec l'écrivain, pour 7€. Un podcast gratuit donne aussi la parole aux commissaires.
Voilà une exposition qui se savoure lentement, de préférence en fin d'après-midi, quand la lumière descend doucement dans la nef. Elle s'adresse aux curieux d'art contemporain comme aux amoureux du patrimoine, aux lecteurs de Pierre Michon et aux ados en quête de sujets à débattre. Tous ceux qui aiment voir un lieu solennel accepter de se laisser bousculer y trouveront leur compte.
Petit avertissement : la nef est vaste et une petite laineaide pour les visites d'hiver. Le panorama du dôme reste fermé pour travaux. Après la visite, la rue Soufflot, le jardin du Luxembourg et les librairies du Quartier latin sont à deux pas.
Envie de poursuivre sur la même lancée ? Juste en face, le musée du Luxembourg dévoile les œuvres oubliées d'Andy Warhol. Au musée d'Art moderne, l'exposition Kerry James Marshall raconte elle aussi les histoires longtemps restées dans l'ombre. Et pour d'autres idées, direction notre guide des expositions de l'automne 2026 à Paris.
Dates et Horaires
Du 24 septembre 2026 au 31 janvier 2027
Lieu
Panthéon de Paris
Place du Panthéon
75005 Paris 5
Calcul d'itinéraire
Accès
Métro :
Luxembourg / Cardinal Lemoine / Maubert Mutualité
Tarifs
Moins de 25 ans UE : Gratuit
Billet : 13€ - 16€











































