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Capitaine Thomas Sankara : Interview de Christophe Cupelin

Publié le 27 novembre 2015 Par Charles A.
Capitaine Thomas Sankara : Interview de Christophe Cupelin

Infos pratiques

En salles le 25 novembre 2015

À l'occasion de la sortie du documentaire Capitaine Thomas Sankara, le 25 novembre 2015, Christophe Cupelin a accepté de répondre à nos questions. Il évoque ses souvenirs du Burkina Faso, son amour pour le rock punk et surtout sa fascination pour le célèbre révolutionnaire panafricaniste.

Capitaine Thomas Sankara, en salles le 25 novembre 2015, retrace l'histoire du célèbre dirigeant du Burkina Faso. À travers l'évocation de son travail de recherche et de sa propre jeunesse, le réalisateur Christophe Cupelin nous parle de l'extraordinaire météore que fut la destinée de Thomas Sankara.  

Qu’est-ce qui vous a poussé à faire cette œuvre : dénoncer l’impérialisme occidental ou rendre un hommage à une figure historique ? 

C.C : J’ai réalisé le film pendant que Blaise Compaoré était au pouvoir. C’est donc pour moi une manière de rendre hommage à un personnage quelque peu oublié par l’histoire et de le réhabiliter. Mon film est fait pour les ennemis de Thomas Sankara aussi bien que pour ses admirateurs. Je souhaite que mon film apporte des éléments de réflexions et qu’on voit que Thomas Sankara, s’il n’était pas un saint, n’était pas le salaud que certains décrivent.

Capitaine Thomas Sankara

Comment avez-vous financé votre film ?

C.C : J’ai commencé mon film dans mon coin sans aucun soutien ; je ne pensais donc pas qu’il serait beaucoup diffusé. Par la suite, j’ai présenté mon film au festival suisse Vision du réel et, surprise, il a été retenu. Alors que je ne m’étais pas préoccupé des ayants droit, j’ai du trouver un producteur qui m’a aidé à financer le film afin qu'il soit diffusé dans les festivals. Le financement des droits d’archives est toujours un travail de très longue haleine ! 

Comment s’est réalisée la recherche d’archives ?

C.C : En 2007, il y a eu beaucoup de publication sur le web (je pense par exemple à son intervention à Harlem). Ce sont des archives qu’on peut dire libre de droit, d’autant que la télévision burkinabé ne reconnaissait pas ses propres archives. Ensuite je suis allé à l’INA et j’ai découvert un stock d’archives incroyables. J’ai également grappillé quelques photos de-ci de-là. J’ai assemblé le  tout avec des vieux  journaux que j’avais récolté au cours de mes voyages. Enfin, j’ai du faire un énorme travail de recherche des ayants droit afin d’être en règle. Certaines personnes m’ont joyeusement offert leurs archives quand d’autres m’ont demandé des sommes exorbitantes.

Avez-vous découvert en travaillant quelque chose que vous ignoriez sur Thomas Sankara ou sur le Burkina Faso ?

C.C : Tout le monde peut connaître la vie publique de Thomas Sankara, ce qui m’intéressait principalement c’était son intimitéJ’ignorais à quel point Sankara était lucide sur lui-même et autocritique. Il était convaincu d’avoir fait mille erreurs pour une ou deux infimes réussites. J’ai découvert cette humilité du personnage en réalisant mon documentaire. 

Capitaine Thomas Sankara

Avez-vous rencontré la famille de Thomas sankara ?

C.C : Pour moi, cela a été l’élément déclencheur. L’année 2007 était celle du vingtième anniversaire de la mort de Thomas Sankara. À cette occasion s’est tenue une commémoration internationale durant laquelle j’ai rencontré Mariam Sankara ainsi que des frères et sœurs du capitaine. Je leur ai tout de suite proposé de réaliser un documentaire sur Thomas Sankara avec leur contribution. 

Donc vous avez travaillé avec eux pour réaliser votre documentaire ?

C.C : C’est compliqué. Il y a un Thomas Sankara public et un autre Thomas Sankara privé. Les deux facettes du personnage ne correspondent pas toujours.  Ils n’ont pas souhaité s’investir outre mesure dans le projet, car l’héritage de Sankara n’est pas toujours facile à gérer pour eux - mais le film est en tous cas parti de cette rencontre avec la famille du capitaine. 

Avez-vous reçu un soutien des autorités du Burkina Faso ?

C.C : Il n’y avait rien à attendre du gouvernement de Blaise Compaoré.  On a assassiné Sankara le 15 octobre 1987 et Blaise Compaoré s’est employé à effacer toute trace de Thomas Sankara ; dans les manuelles scolaires et dans l’histoire officielle.

Est-ce que vos choix musicaux quelque peu originaux (vous avez choisi le groupe punk The EX) ont été bien accueillis ?

C.C : Pour moi, le point commun entre The Ex, groupe punk alternatif hollandais et Thomas Sankara, révolutionnaire panafricaniste, c’est l’énergie positive qu’ils dégagent… je parlerais même de violence positive. J’ai choisi une musique engagée, universelle et qui est pour moi très évocatrice de ma jeunesse. Jusqu'ici, ça a plu ! 

Capitaine Thomas Sankara

Dans quelle mesure ce film est-il autobiographique ?

C.C : J’évoque dans ce film une partie de mes propres souvenirs. J’étais au Burkina en 1985 pendant la révolution. L’histoire que je présente dans ce film est celles de milliers de burkinabés mais aussi un peu la mienne. J’essaie de raconter Sankara comme le ferait un burkinabé. Même si ceux qui me connaissent bien me retrouvent beaucoup dans cette œuvre, je ne prétends nullement qu’elle est autobiographique.

On découvre parfois dans votre documentaire un Sankara un peu voyou, connaissiez-vous cette dimension du personnage ?

C.C : Il y a voyou et voyou. Tout jeune, Sankara piquait en douce les mangues du voisin pour tenter de provoquer une zizanie dans le quartier ; c’était donc plus un provocateur qu'un voyou. Pour moi, c’est un homme définitivement romanesque. J’essaie de rendre la complexité du personnage ; bien que pacifiste, il assume la responsabilité de l’exécution de sept gradés burkinabés ainsi que certaines contradictions de la révolution qu’il a mené. S’il y a l’action humaine, il y a aussi le "poids" de l’histoire qu'il ne faut pas éluder. 

Capitaine Thomas Sankara

Vous même, avez-vous une approche un peu rebelle du documentaire ?

C.C : Jeune, j’avais la haine contre les injustices et le système. Ce film est le celui de mes vingt ans, époque à laquelle j’ai vu naître une révolution : on a tous cru à l’époque qu’on pouvait changer le monde. Avec le recul, j’ai un avis plus mitigé. Je me rend compte qu’il n’est pas facile d’être au pouvoir, qu’il est beaucoup plus simple d’aller dans la rue et de crier.

Quels sont vos futurs projets ?

C.C : J’ai un projet de documentaire qui traiterait de l’extraction de l’or dans une région du nord du Burkina dans laquelle je me suis rendu en 1991, et qui est un lieu très cher à mes yeux.  

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