Précarité : la Fondation l'Abbé Pierre redoute 40 000 expulsions à la fin de la trêve hivernale

Par Cécile D. · Publié le 2 novembre 2021 à 19h59
La trêve hivernale débute ce lundi 1er novembre 2021, et restera en vigueur pendant les cinq prochains mois. Selon la Fondation l'Abbé Pierre, "s'il n'y a pas une politique vraiment de prévention", 40 000 foyers risquent d'être expulsés en mars 2022, faute de moyens pour payer le loyer.

Ce lundi 1er novembre 2021, la trêve hivernale est entrée en vigueur : jusqu'au 31 mars 2022 : les propriétaires ne peuvent pas expulser les locataires, même en cas de loyers impayés. Une bombe à retardement, selon la Fondation l'Abbé Pierre, qui craint que la crise économique et la précarité grandissante ne pousse 40 000 foyers à la rue dès le printemps 2022.

Sur France Info, le directeur des études de la Fondation Abbé Pierre, Manuel Domergue, exprime ses craintes : la crise sanitaire a engendré une grande précarité qui pourrait avoir des conséquences dramatiques pour 40 000 foyers en France.

L'inflation et la crise économique mettent en difficulté les personnes les plus modestes : « il y a maintenant beaucoup de ménages qui sont en impayés. Et ce n'est pas parce que ce sont de mauvais payeurs, mais parce que les loyers sont trop élevés. Et puis, à côté de ça, il y a déjà des millions de ménages qui vivent avec des minima sociaux à des niveaux totalement insuffisants », regrette Manuel Domergue.

« Le Covid-19 a creusé des impayés et des difficultés sociales pour certaines catégories de la population. Et puis, il y a eu peu d'expulsions en 2020 et 2021. Ça ne veut pas dire que les situations sont réglées. Ça veut dire que les personnes ont obtenu un sursis, mais elles sont toujours condamnées à l'expulsion. Donc, notre crainte, c'est qu'à partir du 1er avril 2022, tout ce stock accumulé de décisions de justice qui condamnent les personnes à l'expulsion, soit exécutées par les préfectures après le petit répit qu'il y a eu en 2020 et 2021. On a peur qu'il y ait peut-être 30 000 à 40 000 expulsions en 2022, s'il n'y a pas une politique vraiment de prévention des expulsions », explique-t-il.

Pour éviter ces expulsions, Manuel Domergue compte donc sur le gouvernement, mais aussi sur les propriétaires, avec qui il souhaite négocier des alternatives comme des relogements ou des solutions à l'amiable.

Le directeur estime que l'Etat ne fait pas assez pour régler ce problème : bien que l'Etat ait promis une enveloppe de 20 millions d'euros supplémentaires pour indemniser les bailleurs non-payés en 2021, cette somme n'est pas encore suffisante pour couvrir les besoins en France. 

Manuel Domergue espère aussi interdire définitivement les coupures de gaz et d'électricité en cas d'impayé, une sanction « extrêmement traumatisante » pour ceux qui la subissent : « Je rappelle qu'il y a 280 000 coupures d'électricité chaque année pour impayés en France. Donc, ça veut dire des centaines de milliers de personnes qui vivent dans le noir, qui ne peuvent pas avoir un frigo ou une plaque de cuisson. Leurs enfants ne peuvent pas faire leurs devoirs à la maison, ils ne le peuvent pas télétravailler. (...) Et même ne serait-ce que la menace d'avoir cette coupure. C'est quelque chose qui pèse au-dessus de la tête des personnes qui sont en impayés de factures d'énergie. »

La Fondation l'Abbé Pierre propose donc de remplacer ces coupures par des réductions de puissance, afin que les foyers puissent malgré tout « s'éclairer, avoir un frigo ou avoir un chargement de téléphone portable. »

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