C'est un séisme social qui touche toute la France, et l'Ile-de-France en particulier. L'enseigne Alinéa, placée en redressement judiciaire depuis novembre 2025, se retrouve sans repreneur depuis le désistement du groupe roumain SDC Holding le 12 février 2026. Propriété de la famille Mulliez, également à la tête d'Auchan, Décathlon et Leroy Merlin, la marque d'ameublement fondée à Avignon en 1988 encourt désormais la liquidation, avec plus de 1 000 emplois menacés à l'échelle nationale, dont ceux des 7 magasins franciliens encore en activité.
La douche froide est arrivée le 12 février. Ce jour-là, SDC Holding, le principal candidat à la reprise, annonce son retrait, jugeant "trop d'incertitudes" sur la viabilité du projet. Pourtant, son offre avait le mérite d'exister : elle prévoyait la sauvegarde de 575 emplois sur les 1 000 menacés et reprenait la marque ainsi que le site web. "50 % des effectifs du siège n'étaient pas repris. Mais cette offre avait le mérite d'exister. C'était la seule qui reprenait vraiment l'enseigne", explique Margaux Palvini, salariée du siège et élue au CSE pour Force ouvrière.
Deux jours plus tard, le samedi 14 février, à Aubagne (Bouches-du-Rhône), où se situe le siège social d'Alinéa, une scène rare se produisait : salariés du magasin et salariés du siège manifestaient ensemble lors d'un même débrayage de deux heures, à l'appel d'une intersyndicale. "D'ordinaire, tout est fait pour séparer nos activités. Cette fois, nous avions le bonheur d'être ensemble et de pouvoir partager nos craintes communes : plus de 1 000 salariés vont voir leurs postes supprimés", décrit Margaux Palvini. En Essonne, le même jour, les salariés du magasin de Sainte-Geneviève-des-Boischoisissaient eux de maintenir leur magasin ouvert tout en affichant leur colère, pancartes et gilets jaunes à l'appui. "C'est désolant de voir des entreprises comme ça fermer. Qu'est-ce qu'on attend pour les sauver ?", s'indignait un couple de clients.
Les sept enseignes franciliennes encore en activité sont réparties dans plusieurs départements :
À Herblay-sur-Seine (Val-d'Oise), les 77 salariés du magasin de la zone commerciale de la Patte d'Oie se sont eux aussi rassemblés le 15 février npus apprend Franceinfo. Avec entre deux et vingt-quatre ans d'ancienneté pour certains, ils font partie des centaines d'employés franciliens qui risquent de se retrouver sans emploi d'ici quelques semaines. "Je l'ai mal vécu parce que cela arrive deux fois en cinq ans pour la même enseigne. On a donné corps et âme, et finalement c'est le retour à zéro", confie amèrement une salariée. Une détresse qui rappelle ce qu'ont traversé les employés de Casa ou ceux de Maisons du Monde, pris dans les mêmes turbulences du secteur de l'ameublement.
Les espoirs sont minces. Cinq autres offres sont encore en lice, mais aucune ne reprend la marque Alinéa. Elles se limiteraient à transférer quelques poignées de salariés vers leurs propres enseignes, en fonction de leurs besoins d'expansion territoriale. L'offre la moins défavorable ne prévoit que 240 reprises de postes. "Dans tous les cas, on se dirige vers le licenciement d'un millier de salariés", déplore Margaux Palvini. L'ultime audience au tribunal des affaires économiques de Marseille aura lieu le 5 mars 2026, avec un délibéré attendu une dizaine de jours plus tard.
Les salariés et les syndicats appellent le groupe Mulliez à prendre ses responsabilités, en proposant des reclassements au sein de ses autres enseignes ou des indemnités pour accompagner les reconversions. Une issue qui, pour l'heure, reste très incertaine.















