AstraZeneca : de nouveaux retards de livraison de vaccins prévus pour l'Union européenne

Par Laurent P. · Publié le 13 mars 2021 à 14h40 · Mis à jour le 15 mars 2021 à 09h28
Le laboratoire AstraZeneca a annoncé samedi 13 mars un nouveau retard dans les livraisons de son vaccin à l'Union européenne, évoquant des restrictions d'exportation en raison du choix d'une production extra-européenne pour fournir les doses promises aux 27. Jeudi 11 mars, le ministre de la Santé Olivier Véran évoquait déjà un retard de livraison d'au moins trois semaines.

Le torchon continue de brûler entre l'Union européenne et AstraZeneca quant au retard de livraison de son vaccin contre la Covid... Le laboratoire suédo-britannique a annoncé ce samedi 13 mars de nouveaux retards dans les livraisons de vaccin pour les pays européens, en raison de "restrictions d'exportation". Un laboratoire confronté à des problèmes de production de son vaccin, qui l'a contraint à utiliser ses usines hors de l'Union européenne pour tenter de tenir les engagements pris avec Bruxelles. Des livraisons déjà compromises "au premier trimestre", et "vraisemblablement" au deuxième également, explique le porte-parole d'AstraZeneca.

Déjà, le ministre de la Santé Olivier Véran annonçait jeudi 11 mars 2021 que la France - et l'Union européenne - allait recevoir peu de doses les trois prochaines semaines, le laboratoire fermant les vannes quant aux livraisons de vaccins, pour lesquelles un contrat a pourtant été signé avec Bruxelles. Pas de précisions en revanche sur la raison de ce retard évoqué, s'il s'agit de l'explication donnée par le laboratoire ce samedi ou d'une autre raison non invoquée ici.

"Je constate que le laboratoire AstraZeneca réduit semaine après semaine, actuellement, des livraisons de vaccins qui nous étaient promises et pour lesquels nous étions contractuellement engagés", a ainsi expliqué le ministre de la Santé. Et de poursuivre : "ainsi, la semaine prochaine, nous aurons peu de doses, la semaine suivante, nous aurons peu de doses et il est à craindre que la semaine suivante, nous ayons peu de doses également". Et de conclure : "nous travaillons au niveau européen : l'ensemble des gouvernements européens sont mobilisés pour faire en sorte qu'AstraZeneca puisse livrer les vaccins comme il s'y était engagé".

Une conséquence des dernières déclarations de l'Union européenne concernant le laboratoire ? Et pour cause : Bruxelles annonçait lundi 1er février vouloir prendre ses distances avec le laboratoire britannique, préférant se tourner vers la concurrence (Pfizer et Johnson & Johnson) quant à l'approvisionnement de vaccin sur le territoire européen. Une décision qui fait suite aux retards annoncés par AstraZeneca quant aux livraisons de son produit. Un retard dans les livraisons (25% des doses promises à ce stade) qui pose "un vrai problème", comme l'explique la directrice générale de la Santé au sein de la Commission, Sandra Gallina.

Et de poursuivre en indiquant que dans le cadre du contrat signé entre les deux parties, "nous pouvons soit recevoir les produits soit [nous faire rembourser] les montants que nous avons payés", rapportent nos confrères de 20Minutes. Et de répondre au laboratoire : "Je n’ai pas le vaccin, vous n’avez pas le paiement de la Commission".

Une guerre commerciale qui commence à durer

Pour rappel, pour résumer cette "prise de bec", le laboratoire britannique AstraZeneca annonçait vendredi 22 janvier ne pas être en mesure de livrer l'intégralité des doses négociées avec Bruxelles, en raison d'une "baisse de rendement". "Bien qu'il n'y ait pas de délai prévu pour le début des expéditions de notre vaccin, si nous recevons l'approbation en Europe, les volumes initiaux seront inférieurs aux prévisions initiales en raison d'une baisse de rendements sur un site de fabrication de notre chaîne d'approvisionnement européenne", explique ainsi un porte-parole d'AstraZeneca à l'AFP.

Au total, les livraisons devraient être réduites : "Nous fournirons des dizaines de millions de doses en février et mars à l'Union européenne, et nous continuons d'augmenter les volumes de production", ajoute ce responsable du laboratoire. Selon Reuters, cette réduction irait jusqu'à 60% des doses prévues, au premier trimestre, pour un total de 31 millions de doses au lieu des 80 millions attendues au sein de l'UE.

Le Royaume-Uni favorisé ?

Entre-temps, à Bruxelles, on voit rouge ! La Commission européenne a ainsi accusé le laboratoire de favoriser le Royaume-Uni dans la livraison de vaccin, expliquant même que les doses prévues pour l'Union européenne auraient été vendues à plus offrant et demandent que le laboratoire soit transparent sur sa production et la livraison de ses produits. Une information que dément Pascal Soriot, PDG d'AstraZeneca, qui expliquait mardi 26 janvier à nos confrères du Figaro que le laboratoire ne prenait "certainement pas de vaccins aux Européens pour les vendre ailleurs avec profit". Bruxelles est même allé plus loin, exigeant que le contrat signé avec l'UE, pourtant couvert par le secret des affaires, soit publié.

De son côté, AstraZeneca répliquait en indiquant qu'il n'avait jamais été question d'une livraison de 80 millions de doses d'ici la fin mars sur le territoire européen, ajoutant ne s'être engagé que pour livrer des vaccins "au plus vite", sans chiffres avancés. "Le contrat est très clair. Notre engagement est, je cite, de produire « notre meilleur effort »", rappelle Pascal Soriot. Une déclaration à laquelle a également répondu Sandra Gallina ce lundi 1er février : "Les calendriers sont contraignants quand il s’agit du bon de commande du vaccin (…) Je ne vois donc pas où sont vos efforts là-dedans", a-t-elle rétorqué.

Face aux mensonges du laboratoire, le contrat publié

À la Commission européenne, on n'en démord pas. "Nous contestons nombre d'éléments de cette interview, y compris l'idée que la production des usines britanniques serait réservée à des livraisons au seul Royaume-Uni (...). Le contrat prévoit l'existence de capacités de production supplémentaires. De telle sorte que s'il y a un problème dans une usine en Belgiquenous puissions recourir aux capacités d'autres usines en Europe ou au Royaume-Uni", expliquait mercredi 27 janvier un responsable européen à l'AFP. 

Ce 29 janvier, Bruxelles a donc entrepris de publier en partie le contrat signé avec le laboratoire (certains aspects ayant été amputé en raison de leur confidentialité, à télécharger ici). Composé d'une quarantaine de pages, celui-ci est sans équivoque : "AstraZeneca s’est engagé à faire tous les efforts raisonnables pour mettre sur pied des capacités pour produire 300 millions de doses du vaccin, sans en tirer de bénéfice ni essuyer de pertes", peut-on y lire, page 11, indiquant également que l'Union européenne est en droit de commander 100 millions de doses supplémentaires.

"Cette clause “faire de son mieux” ne s’appliquait que lorsqu’il n’était pas encore certain qu’un vaccin serait développé. Le temps a passé, le vaccin est là (…), et il y a des quantités extrêmement précises de livraisons dans le contrat", a également expliqué de son côté Ursula Von der Leyen, présidente de la Commission européenne. Le contrat précise également que la production du vaccin pour l'Union européenne doit se faire quand quatre usines : deux au Royaume-Uni, deux autres en Europe, ce que dément Pascal Soriot, président-directeur général d’AstraZeneca, qui explique que les vaccins produits au Royaume-Uni sont exclusivement réservés au pays.

Même chose pour Michael Gove, ministre d'État britannique, qui, lui, refuse catégoriquement de partager la production de ses usines avec l'Union européenne. "Nous devons nous assurer que la livraison des vaccins achetés et produits pour le Royaume-Uni a bien lieu", explique-t-il à nos confrères de la BBC. Et de poursuivre : "Notre priorité doit être de nous assurer que les habitants de notre pays qui sont vulnérables et que nous avons décidé de vacciner reçoivent ces injections". Sauf qu'AstraZeneca est une entreprise privée, et qu'un contrat a été signé, spécifiant que les deux usines britanniques "doivent contribuer aux efforts d’AstraZeneca pour livrer les doses de vaccins à l’UE", explique la Commission européenne

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