AstraZeneca : les différentes pistes pour expliquer la formation de thromboses

Par Laurent P. · Publié le 6 avril 2021 à 11h27 · Mis à jour le 6 avril 2021 à 12h09
Alors que le vaccin AstraZeneca semble bien lié aux cas sévères de thromboses, selon une étude norvégienne publiée mi-mars, des chercheurs français et européens seraient sur plusieurs pistes pour expliquer ces cas rares de caillots sanguins. Pourquoi apparaissent-ils chez certains après administration du vaccin ? Éléments de réponses.

Le vaccin AstraZeneca n'en finit plus de semer le trouble... Alors que l'Agence européenne du médicament a annoncé jeudi 18 mars que le produit développé par le laboratoire britannique était "sûr et efficace", après que les vaccinations avec celui-ci aient été suspendues dans plusieurs pays européens en raison de cas suspects de thromboses, voilà que des chercheurs norvégiens ont de nouveau remis en cause la décision de l'EMA en dévoilant une étude, menée par le chef du service hématologie de l'hôpital universitaire d'Oslo, indiquant qu'il existe bien une corrélation entre l'injection du vaccin et les cas de thrombose constatés.

Et de préciser que l'administration du vaccin entraîne une "réponse immunitaire sévère" chez certains patients, pour lesquels la production d'anticorps semblerait interférer avec "l'action des plaques sanguines", comme l'indique le professeur Pal Andre Holme à nos confrères du quotidien norvégien Verdens Gang : "il n'y a aucune autre cause que le vaccin pour expliquer cette forte réponse immunitaire", explique-t-il.

Cas de thromboses, une erreur d'injection ?

Mais alors, comme expliquer la formation de ces caillots ? Bien qu'aucun lien formel n'ait été encore établi entre le produit injecté et son action induisant les thromboses, des chercheurs et médecins français, issus du collectif Du côté de la science, avance un début d'explications. Les thromboses ne seraient selon eux pas directement induites par le vaccin en lui-même, mais par une mauvaise injection. Des thromboses qui seraient dues à une vaccination en intraveineuse - et non en intramusculaire - conduisant à une "réponse immunitaire discordante" : "Les patients ayant eu des thromboses avaient peut-être des prédispositions et l’injection en intraveineuse a pu contribuer à une cascade", explique Éric Billychercheur en immuno-oncologie à Strasbourg.

Une erreur d'injection qui, malgré les précautions prises pour cibler le muscle deltoïdien, pourrait conduire à la formation de thromboses : "L'apparition dans la circulation sanguine de l'adénovirus active de manière intense les défenses immunitaires locales de l'individu afin de limiter la propagation de l'adénovirus", explique de son côté le docteur Florian Zores, membre du collectif travaillant sur le sujet. Et de poursuivre : "Cette réaction immunitaire excessive pourrait dans certaines conditions entraîner l'activation des plaquettes qui vont faire ce pour quoi elles existent : former des caillots". 

Une réaction auto-immune qui n'est pas possible en intramusculaire, à moins de toucher une veine : "En cas d’injection en intraveineuse, l’adénovirus se retrouve dans le sang, alors qu’en intracellulaire il aurait infecté les cellules musculaires et n’aurait pas été dans un flux circulatoire", poursuit Éric Billy. Et de préciser : "Dans le sang, il se retrouve avec des cellules autres, qui régissent le flux sanguin, la perméabilité des veines, tout ce qui est l’homéostasie sanguine et donc la capacité thrombotique". 

Comment savoir si l'injection intramusculaire a marché ou non ? Une manipulation très simple, au moment de l'injection, est conseillée par le collectif : "vérifier l’absence de retour sanguin lors de la vaccination", expliquent-ils.

Des caillots sanguins qui restent rares après injection

Alain Fischer, professeur d'immunologie et président du Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale, donnait également des éléments de réponses, mardi 30 mars, à nos confrères de France Inter, pouvant expliquer la formation des caillots : "Plusieurs équipes européennes, dont des Allemands, ont mis en évidence chez ces personnes qui ont développé, cinq à quinze jours plus tard, une complication sous forme de thrombose, une petite diminution des plaquettes et des anomalies de la coagulation, que l'on appelle une coagulation intra-vasculaire disséminée", précise-t-il.

Et de poursuivre : "Ils ont détecté des auto-anticorps qui provoquent l'agrégation des plaquettes. C'est cela qui déclenche la formation anormale du caillot". Il conclut : "Probablement que cet anticorps est un marqueur de cette complication, et il reste à établir s'il y a vraiment un lien causal avec le vaccin".

Concernant l'étude norvégienne, celle-ci a été menée après qu'une soignante, jeune et en sans problème de santé connu, soit décédée dix jours après avoir reçu le vaccin AstraZeneca, des suites d'une hémorragie cérébrale, sans pour autant qu'une corrélation soit établie entre sa situation et l'administration du vaccin. Depuis, de nombreux autres cas ont été observés, en particulier chez les jeunes. Du côté du régulateur européen, on poursuit tout de même les recherches. Lors d'une conférence de presse jeudi 18 mars, l'EMA a également indiqué, bien que les vaccinations pouvaient reprendre, qu'elle allait faire figurer sur les brochures adressées aux personnes venant se faire vacciner que des thromboses pouvaient potentiellement survenir.

En France, la vaccination via AstraZeneca a repris vendredi 19 mars, avec une injection scrutée avec attention, celle reçue par le Premier ministre Jean Castex, qui a décidé de montrer l'exemple.

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