Covid : pourquoi le gouvernement ne veut pas rendre la vaccination obligatoire

Par Cécile D. · Publié le 28 mai 2021 à 13h05 · Mis à jour le 28 mai 2021 à 16h49
De nombreuses instances de santé françaises et européennes le réclament, mais le gouvernement refuse de rendre la vaccination contre le Covid-19 obligatoire.

L'Académie de médecine et la Cour européenne des Droits de l'Homme plaident toutes deux pour que la vaccination contre la Covid-19 devienne obligatoire. Une contrainte que le gouvernement français refuse toujours d'imposer aux citoyens. Autour de cette question, on retrouve l'enjeu de l'immunité collective : pour que celle-ci soit atteinte en France, il faut que « 90% de la population adulte ou 80% de la population totale (enfants inclus) » soit vaccinée, selon l'Académie de médecine.

Un niveau très dur à atteindre, d'autant plus que 3 Français sur 10 refusent de se faire vacciner, selon un sondage Odoxa-Backbone Consulting pour France Info, publié le 8 avril dernier. 

Pour les instances de santé, pas le choix : le gouvernement doit rendre la vaccination obligatoire, sans quoi le pays ne pourra pas vaincre l'épidémie. Pourtant, l'exécutif refuse cette option, et les citoyens n'y sont pas favorables non plus. Une étude réalisée en mai par Cevipof et Opinionway révèle que 51% des Français sont favorables à l'obligation de vaccination, et 46% y sont fermement opposés. 

Pour le gouvernement, cette décision relève autant du choix politique que d'un problème éthique. 

Si Emmanuel Macron refuse toujours d'imposer la vaccination, c'est qu'il avait promis, lors de son allocution du 24 novembre 2020, qu'il « ne rendrait pas la vaccination obligatoire. » Le président de la République explique qu'il ne pouvait pas rendre obligatoire un vaccin nouveau, que le public ne connaissait pas, et dans lequel il n'avait pas confiance.

Pour encourager les gens à se faire vacciner, le chef de l'État a préféré miser sur une "communication transparente". « Si on veut que la nation reprenne une vie normale, il faut le maximum de gens qui se vaccinent. Mais je respecte l'avis de chacun, c'est pour ça qu'on ne l'a pas rendu obligatoire. Je préfère marcher par la conviction », affirmait-il le 21 mai dernier.

Du point de vue du gouvernement, une obligation ne serait plus utile aujourd'hui : tant bien que mal, l'exécutif atteint ses objectifs de vaccination. La France a dépassé le seuil des 20 millions d'injections à la mi-mai, et compte plus de 10 millions de personnes complètement vaccinées.

Cependant, lorsque tous les volontaires auront eu accès au vaccin, la courbe des personnes vaccinées va se heurter à une barrière : celle érigée par les sceptiques et les Français opposés à la vaccination. Le ministère de la Santé le reconnaît : « on commence à arriver de plus en plus sur la population des sceptiques », confesse-t-il à l'AFP. Pour franchir cette barrière, le gouvernement mise sur une politique spéciale. « On continue cette politique d''Aller vers' systématique, et on descend par tranche d'âge. On a appelé les préfets, ARS, élus, centres de vaccination à mettre en place une stratégie de dernier kilomètre. »

La question s'est posée, un temps, d'imposer la vaccination contre le Covid-19 à certaines professions, notamment pour les soignants. En mars, Olivier Véran avait annoncé - sans toutefois passer à l'action - qu'il « saisirai le Comité consultatif national d'éthique (CCNE) pour lui poser la question de savoir s'il est éthique de refuser de se faire vacciner quand on est soignant. Cela pourrait nous conduire à prendre des décisions supplémentaires. Nous verrons, nous n'en sommes pas encore là. »

Un enjeu éthique

Peut-on imposer une procédure médicale à un individu pour le bien des autres ? Le Comité Consultatif National d'Ethique a donné son avis fin mars. La vice-présidente du CCNE Karine Lefeuvre a expliqué, sur le plateau de France Info, que « l'enjeu éthique est celui du juste équilibre entre le principe d'autonomie qui repose sur la liberté de consentir de chacun et la responsabilité collective, puisque la vaccination confère une protection non seulement pour soi-même, mais aussi pour autrui ».

Ainsi, en période de pandémie, l'obligation vaccinale ne peut être imposée qu'en « dernier recours, face à une situation de très grave danger créé par une pandémie non contrôlée, avec une offre de vaccins à l'efficacité et à l'innocuité parfaitement connues et éprouvées avec le recul nécessaire », a statué l'institut.

Laisser aux citoyens le choix de se faire vacciner ou non va retarder l'arrivée de l'immunité collective en France. Cependant, les personnes volontaires à la vaccination acceptent bien mieux de se soumettre aux différentes doses prescrites, et peuvent encourager les indécis à sauter le pas, observe Karine Lefeuvre.

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