Si vous êtes en quête d'un sentier de balade en Forêt de Fontainebleau, difficile de passer à côté de l'historique Sentier de Denecourt. C'est accompagné de Jean-Claude Polton, spécialiste de Claude Denecourt et auteur d’une biographie parue en 2011 intitulée "Claude-François Denecourt, 1788-1875, l’amant de la forêt de Fontainebleau" et membre des Amis de la Forêt de Fontainebleau que nous partons à la découverte de ce chemin de randonnée accessible et riche en découvertes.
Claude-François Denecourt (1788-1875), ancien soldat et concierge, est considéré comme le père du tourisme pédestre. Après avoir perdu son emploi à Fontainebleau en 1832, il trouve refuge dans la forêt et en fait une passion. Visionnaire, il crée dès 1839 des sentiers balisés, marquant arbres et rochers remarquables, et aménageant des attractions telles que fontaines et grottes. Ses guides et cartes populaires incitent les visiteurs à découvrir la forêt à pied, faisant de Fontainebleau une destination incontournable pour les amateurs de nature.
Critiqué par certains artistes, il reçoit le soutien de grandes figures littéraires, comme Théophile Gautier, qui le surnomme « Sylvain ». Ses travaux, financés par la vente de publications et des souscriptions, sont poursuivis après sa mort par ses disciples et des associations, faisant de son œuvre un héritage durable du tourisme vert. Denecourt a ainsi transformé la forêt de Fontainebleau en un modèle de promenade et de découverte accessible à tous.
Publié pour la première fois en septembre 1849 dans le guide de Denecourt intitulé « Délices de Fontainebleau, itinéraire d’une charmante promenade au débarcadère par le Calvaire et le Point de vue de la Reine des Bois », ce sentier ne comprenait initialement ni la Tour Denecourt, construite en 1851, ni la Roche Éponge encore inconnue, et toutes les fontaines n’étaient pas aménagées. Conçu pour inviter les voyageurs à explorer la forêt après leur visite du château avant de rejoindre la gare, le parcours évitait la route de Valvins, décrite par Denecourt comme « détestable et puante ». L’arrivée du chemin de fer à Avon en août 1849 révolutionna le tourisme local, et Denecourt invita les promeneurs à contempler ce symbole du progrès industriel à travers ses itinéraires, décrivant dans son guide les trains comme de gigantesques boas filant dans la vallée, captivants et effrayants à la fois.
Indications détaillées pour le trajet de la Promenade du Sentier des Quatre Fontaines
Sentier Denecourt-Colinet n°2, suivre le balisage bleu :
Au fil de cette randonnée, des curiosités remarquables émergent, comme le médaillon de Némorosa, créé en 1848 par Adam-Salomon qui raconte une légende créée de toute pièce, et celui de Fouchier de Careil, œuvre d’Ernest Dubois en 1907, situé sur la roche Tavernier. Des passages emblématiques comme celui du rocher Orloff ou du rocher Caution racontent également des histoires fascinantes, liant ambassadeurs russes ou généreux donateurs à cette forêt mythique.
La promenade nous mène également à la grotte Colinet, un hommage à Charles Colinet, continuateur de l’œuvre de Denecourt, où un médaillon en bronze de Léon Gausson et un poème d’Alphonse Retté rappellent les noces d’argent de cette initiative collective. Parmi les trésors disséminés, citons la roche Éponge, découverte en 1866, vestige d’une ancienne buvette, ou encore la butte avec arboretum, imaginée par le botaniste Gaston Bonnier.
La randonnée est aussi l’occasion d’admirer des fontaines artificielles et purement décoratives, comme la fontaine Isabelle, dédiée à la fille du sculpteur Adam-Salomon, ou la fontaine du Touring Club de France, inaugurée en 1901. Chaque halte rappelle l’effort collectif pour transformer la forêt de Fontainebleau en un sanctuaire accessible, où l’art et la nature se rencontrent harmonieusement.
Ici et là, on découvre ce qui fut autrefois de vrais points de halte mondains, accessible à pied ou en calèche, où espaces de pique-nique et buvettes étaient au rendez-vous.
Point d'orgue culminant de la balade : la Tour Denecourt. Restaurée plusieurs fois, cette tourelle offre une vue panoramique sur la vallée de la Seine et, par temps clair, jusqu’à Paris. Cet édifice, initialement nommé « Fort l’Empereur » par un fidèle bonapartiste surnommé le « Sisyphe de Fontainebleau », fut inauguré en 1853 par Napoléon III et l’impératrice Eugénie. Cependant, construit sans mortier, il s’effondra totalement le 28 janvier 1878. L’année suivante, une souscription lancée par le « sylvain » Colinet permit de récolter plus de 2000 francs, permettant une reconstruction solide et une surélévation de plus d’un mètre. Rebaptisé « Tour Dénecourt » en 1882 par le Conseil municipal de Fontainebleau, ce monument offre aujourd’hui une vue panoramique exceptionnelle à 360° sur la forêt de Fontainebleau et ses environs, permettant d’apercevoir des villes et villages comme Samoreau et Fontainebleau.
On pousse la balade jusqu'à la Croix du Calvaire qui en comportait 3 à son origine. Elles furent dressées entre 1731 et 1735, sous le règne de Louis XV. Détruites en 1793 lors de la Révolution française, à l'instar des autres croix de la forêt, elles furent réinstallées en 1805. Depuis ce promontoire, vous pouvez admirer la vue sur la ville de Fontainebleau, son célèbre château, la Butte Monceau, ainsi que le viaduc d'Avon, construit en 1849 pour accueillir la ligne ferroviaire Paris-Lyon.
Denecourt, surnommé "Sylvain", consacre sa vie à aménager la forêt, traçant des flèches sur les arbres et baptisant des lieux d’inspiration mythologique ou personnelle. On y trouve par exemple la fontaine Désirée, nommée en hommage à l’épouse d’un ami.
Avec ses 300 km de sentiers et ses paysages sculptés par le temps, la forêt de Fontainebleau demeure une destination unique pour conjuguer nature, histoire et contemplation. À chaque détour, les traces de Denecourt et Colinet nous invitent à redécouvrir l’essence du tourisme vert, entre poésie et patrimoine.
Sources :
Lieu
Gare de Fontainebleau-Avon
gare de fontainebleau-avon
77210 Avon
Tarifs
Gratuit































































