À deux pas de Paris, dans les Yvelines, la seule ville-parc de France réserve au printemps 2026 l'une de ses plus belles surprises végétales : les glycines de Chine du parc des Ibis au Vésinet entrent tout juste en floraison, leurs longues grappes mauves se déployant en cette fin avril sur les berges du Grand Lac des Ibis. Accessible en moins de trente minutes depuis Paris via le RER A (station Le Vésinet-Le Pecq ou Le Vésinet-Centre), ce site classé au titre des sites naturels depuis un arrêté du 5 février 1934 est une escale nature que l'on ne voit pas venir, et que l'on a bien du mal à quitter.
Avant de devenir l'un des plus beaux poumons verts d'Île-de-France, ce territoire était une partie de l'ancienne forêt d'Yvelines, acquise par François Ier au XVIe siècle et longtemps réservée à la chasse royale. C'est sous l'impulsion du duc de Morny, demi-frère de Napoléon III, qu'à partir de 1856 l'industriel tourangeau Alphonse Pallu et le paysagiste comte de Choulot entreprennent la métamorphose de cette forêt en une cité-jardin sans équivalent. L'ambition du comte de Choulot est claire dès le départ : conserver et respecter ce patrimoine naturel exceptionnel plutôt que de le sacrifier à la construction. Le résultat est saisissant et unique en France : plus de trente hectares d'espaces verts, six lacs artificiels et quatre kilomètres de rivières façonnent une ville que l'on traverse comme un parc, et un parc que l'on habite comme une ville.
Le réseau hydraulique entièrement artificiel, conçu par l'ingénieur Xavier Dufrayer, est particulièrement remarquable. Les lacs communiquent entre eux via des rivières en méandres, coupées de cascatelles ornementales réalisées par un rocailleur alpicois, Mathias Chabot, dont certaines structures s'admirent encore aujourd'hui. Le cahier d'urbanisme est strict dès l'origine : ni industrie, ni entrepôt. Jardiniers et fleuristes, en revanche, sont les bienvenus. Pour en savoir plus sur l'histoire de cette création unique, la Fondation pour le Vésinet en retrace tous les détails.
Au sein de cette ville-parc, le parc des Ibis et son lac constituent le point d'orgue de l'ensemble. L'île et son contour ne comptent pas moins de 456 arbres, auxquels s'ajoutent les 88 nouveaux arbres plantés au cours des années 2024 et 2025. Parmi la centaine d'espèces recensées sur le site, le chêne se démarque comme l'arbre patrimonial du Vésinet. On dénombre 115 chênes remarquables classés sur l'ensemble de la commune, dont les plus anciens dépassent les 250 ans. Le record absolu appartient à un chêne vieux de 350 ans situé dans le nord de la ville, et à un arbre encore plus ancien, estimé à plus de 400 ans, niché sur la berge d'une île privée à l'ouest de la commune. De quoi relativiser notre propre rapport au temps en se promenant sous ces voûtes de verdure.
Cet écrin naturel est malheureusement aussi l'une des premières victimes des aléas climatiques. Les tempêtes de 2023 et 2024 ont mis à terre 49 arbres sur le site. Mais ces pertes restent modestes comparées au traumatisme de la tempête Lothar de 1999, dont les vents dépassant 170 km/h ont détruit ou gravement endommagé 3 000 arbres sur l'ensemble du Vésinet, dont 194 aux Ibis seuls. Un effort de replantation a été entrepris dès l'année suivante, avec 62 nouveaux arbres sur le site et 620 sur la commune, puis 130 arbres supplémentaires entre 2002 et 2023. La ville du Vésinet et la Fondation pour le Vésinet poursuivent cet effort, avec des replantations supervisées par Benoît de Choulot, paysagiste et arrière-petit-fils du comte de Choulot lui-même.
Au cœur du parc, le Grand Lac des Ibis, creusé en 1866, abrite une île d'environ trois hectares dont l'histoire est à elle seule un roman. D'abord connue sous le nom d'Île du Champ de Courses, elle était ceinte par un hippodrome resté en activité de 1866 à 1891. En 1904, elle prend son nom actuel en souvenir des ibis exotiques qui y furent amenés cette année-là. Deux ans plus tard, en 1906, un café-restaurant, le Casino des Ibis, y est construit par l'architecte Marcel Oudin. Transformé en 1927, l'île accueille aussi le Vésinet Ibis Tennis Club dès 1925. L'ensemble du site appartient à la commune depuis 1914, et le grand lac et ses pelouses sont classés site naturel depuis 1934, ce qui en fait l'un des rares espaces verts périurbains à bénéficier d'une telle protection en Île-de-France.
C'est l'une des grandes originalités du lieu : on peut déjeuner ou dîner directement sur l'île, les pieds presque dans l'eau, grâce au Pavillon des Ibis. Installé dans un bâtiment datant de 1900, entièrement rénové en 2018 dans un esprit chaleureux qui respecte l'âme du lieu, le restaurant s'atteint en traversant le petit pont qui relie l'île au parc. On pousse la porte et on est immédiatement saisi par le cadre : une rotonde lumineuse aux panneaux en cannage qui rappelle un jardin d'hiver, des fauteuils en velours bleu, des statues d'ibis disséminées çà et là, et surtout cette vue à 180 degrés sur le lac et ses cygnes. En terrasse au printemps, c'est franchement difficile à battre.
C'est précisément en cette fin avril et début mai 2026 que le parc révèle l'une de ses plus belles cartes. Contrairement aux glycines communes qui terminent leur floraison à Paris, les glycines de Chine du parc des Ibis, aux grappes plus longues et plus denses, s'épanouissent plus tardivement dans ce secteur yvelinois où les températures restent légèrement plus fraîches. Le résultat est spectaculaire : des cascades mauves et blanches débordent sur les grilles et les tonnelles, se reflétant dans les eaux calmes du lac. Pour les amateurs de balades fleuries en Île-de-France, c'est un spot à ne pas rater ce printemps. Cygnes, hérons cendrés, canards et oies avec leurs petits complètent un tableau que l'on croirait tout droit sorti d'une peinture impressionniste. Un héron peut rester immobile sur son îlot pendant des heures, à l'affût, dans une immobilité presque minérale qui surprend toujours.
Le parc est également idéal pour les familles : des espaces de jeux accueillent les enfants, les pelouses invitent au pique-nique face au lac, et le tout est entièrement sécurisé, sans circulation automobile. Ceux qui souhaitent combiner la visite avec d'autres bonnes adresses dans le coin peuvent consulter notre guide des meilleurs spots pour pique-niquer dans les Yvelines. L'accès au parc est libre et gratuit toute l'année et n'a pas d'horaires d'ouverture ou de fermeture, le lieu étant au cœur de la ville même.
La balade ne s'arrête pas aux berges du lac. En suivant les rivières qui relient les cinq lacs entre eux, on longe des villas d'exception que le Vésinet compte par centaines. La Villa Berthe, dite la Hublotière (route de Montesson), chef-d'œuvre Art nouveau signé Hector Guimard en 1896, mérite un arrêt pour ses façades toutes différentes. Plus loin, la villa Beau-Chêne (avenue Georges-Clemenceau), construite dans un style Louis XIII entre 1890 et 1891, fut la résidence de Joséphine Baker et de sa guéparde Chiquita de 1929 à 1947. On raconte qu'un jour l'animal s'était échappé, semant une panique mémorable dans ces rues feutrées. La villa est privée, mais son parc s'ouvre généralement lors des Journées européennes du patrimoine. Pour ceux qui souhaitent aller plus loin, la Société d'Histoire du Vésinet et la Société d'Initiatives et de Défense du Site du Vésinet (SIDSV) proposent des visites guidées pédestres selon la demande.
Pour rejoindre le parc des Ibis, on prend le RER A jusqu'à la station Le Vésinet-Le Pecq, puis on remonte l'avenue du Grand Veneur pour arriver face au lac. L'entrée du parc est libre et gratuite. Pour prolonger la journée dans les Yvelines, notre guide des parcs et jardins insolites du 78 regorge d'idées de balades dans le même esprit.
Notre avis : Ce parc s'adresse aussi bien aux familles avec enfants en quête d'un espace vert sécurisé qu'aux amateurs de patrimoine, de photographie ou de promenades nature sans se fatiguer. C'est le spot idéal pour les photographes en matinée ou en fin d'après-midi, quand la lumière crée un arc-en-ciel sur le jet d'eau du lac ou que la lumière rasante illumine les grappes de glycines.
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Lieu
Parc des Ibis
parc des ibis
78110 Vesinet (Le)
Accès
RER A Le Vésinet - Le Pecq
Tarifs
Gratuit
Âge recommandé
Tout public



























































