Le saviez-vous ? Ce théâtre parisien est le dernier vestige en place du " boulevard du crime"

Par Rizhlaine de Sortiraparis · Photos par Audrey de Sortiraparis · Mis à jour le 23 décembre 2025 à 16h14 · Publié le 23 décembre 2025 à 15h41
Au cœur du 3e arrondissement de Paris, un théâtre continue d’accueillir des spectacles alors que tous ses voisins ont disparu. Le Théâtre Déjazet est aujourd’hui le dernier vestige en place du légendaire Boulevard du Crime, ce boulevard théâtral du XIXᵉ siècle célèbre pour ses mélodrames et sa vie nocturne foisonnante.

Au XIXᵉ siècle, le Boulevard du Temple, situé dans les actuels 3e et 11e arrondissements de Paris, fut surnommé le Boulevard du Crime. Ce surnom venait de la prolifération de théâtres populaires qui proposaient quotidiennement des mélodrames spectaculaires — intrigues sentimentales, enlèvements, vengeances et faux meurtres faisaient partie du répertoire habituel.

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On y trouvait des salles renommées comme le Théâtre des Funambules, le Théâtre de la Gaîté, le Théâtre Lyrique, les Folies‑Dramatiques ou encore les Délassements‑Comiques. 

1862 : la transformation haussmannienne bouleverse le paysage

En 1862, dans le cadre des grands travaux de modernisation urbaine menés par le baron Georges‑Eugène Haussmann, la majeure partie du Boulevard du Temple fut rasée pour permettre l’élargissement de la voie et la création de la place de la République.

Cette démolition entraîna la fermeture ou la disparition de la plupart des salles qui faisaient la réputation du boulevard. Cependant, certains théâtres ne disparurent pas complètement, mais furent reconstruits ou transférés ailleurs avant ou après ces travaux : 

  • Le Théâtre de la Gaîté fut reconstruit en 1862 sur la rue Papin, près du Square des Arts et Métiers, pour accueillir la même compagnie. Ce bâtiment ultérieur devint plus tard connu sous le nom de La Gaîté Lyrique

  • Le Théâtre de l’Ambigu‑Comique, bien qu’antérieur au Boulevard du Crime, fut reconstruit en dehors du boulevard après un incendie au début du XIXᵉ siècle avant de poursuivre sa histoire ailleurs à Paris. Il disparaitra définitivement en 1966. 

En revanche, d’autres salles, comme le Théâtre des Funambules, n’eurent pas cette chance : elles furent purement et simplement détruites lors des grands travaux et ne furent pas déplacées ni reconstruites ailleurs. 

Parmi toutes ces salles, une seule échappa à la destruction physique sur le boulevard même : le Théâtre Déjazet, situé au 41 boulevard du Temple.  Cela s’explique par un détail pratique de l’histoire urbaine : lors des travaux, seul le côté pair du boulevard fut profondément remanié, tandis que le côté impair — où se trouve le théâtre — n’a pas été démoli.

Fondé à l’origine au milieu du XIXᵉ siècle et renommé en 1859 en hommage à la comédienne Virginie Déjazet, ce théâtre continue d’accueillir des spectacles aujourd’hui, faisant de lui le dernier vestige en place du fameux Boulevard du Crime

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Théâtre Déjazet, façade, 37, 39 et 41 boulevard du Temple, photographie anonyme, vers 1920, Paris Musée / Musée Carnavalet

Un témoin vivant d’une époque révolue

Alors que la majorité des théâtres qui faisaient l’animation du boulevard ont soit été démolis, soit reconstruit ailleurs, le Théâtre Déjazet reste le seul théâtre encore en activité à son emplacement d’origine sur l’ancien Boulevard du Crime. Le Théâtre Déjazet ne se contente pas d’être le dernier survivant en place du Boulevard du Crime : il possède également une valeur architecturale et patrimoniale reconnue. Le bâtiment est inscrit au titre des Monuments historiques depuis le 6 décembre 1990, ce qui atteste de son intérêt pour le patrimoine culturel et architectural de Paris. 

Une façade discrète, un passé ancien

À première vue, la façade du théâtre peut sembler modeste, dissimulée derrière l’alignement d’immeubles haussmanniens du boulevard. Pourtant, cette apparence tranquille cache des siècles d’histoire architecturale. La structure actuelle repose sur les vestiges d’un ancien jeu de paume construit en 1770 par l’architecte François‑Joseph Bélanger, à la demande du comte d’Artois (futur Charles X). À l’origine, ce bâtiment n’était pas conçu comme un théâtre mais comme une salle destinée à la pratique du jeu de paume, un sport aristocratique du XVIIIᵉ siècle. 

Les transformations successives du lieu — de jeu de paume à établissement de bains sous la Révolution, puis à café‑concert et finalement à salle de théâtre — ont laissé des traces dans l’architecture intérieure, même si la façade extérieure s’est adaptée aux styles et usages au fil du temps. 

Une salle à l’italienne et une ambiance typique

À l’intérieur, le théâtre conserve le plan d’une salle à l’italienne, un style typique des salles de spectacle traditionnelles européennes, favorisant une proximité entre la scène et le public. Ce type de configuration se caractérise par une scène profonde, un orchestre et des balcons superposés, permettant à un grand nombre de spectateurs d’avoir une vue directe sur le jeu.

La décoration d’origine — bien que remodelée au fil du temps — évoque encore l’esthétique des théâtres du XIXᵉ siècleavec des boiseries, des velours et des éléments décoratifs qui rappellent les salles de spectacle historiques parisiennes.

Des éléments décoratifs d’époque

La salle abrite également des fresques attribuées à Honoré Daumier, célèbre caricaturiste et peintre du XIXᵉ siècle, ce qui renforce encore sa valeur artistique et historique. Ces décors figuratifs participent à l’atmosphère singulière du lieu, mêlant humour populaire, spectacle vivant et mémoire culturelle. 

Une architecture qui a traversé les époques

Au cours de son histoire, le théâtre a connu diverses transformations intérieures, notamment lors de sa conversion en cinéma en 1939 — quand certains balcons et loges ont été fermés ou modifiés — puis lors de sa réhabilitation comme salle de théâtre dans les années 1970 et 1980. Malgré ces changements fonctionnels, la structure porteuse et les volumes historiques ont été préservés, ce qui permet aujourd’hui de sentir encore la continuité des usages théâtraux depuis le XIXᵉ siècle.

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Informations pratiques

Lieu

41, boulevard du Temple
75003 Paris 3

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