Depuis 1955, la famille Clérico veille sur l'âme rougeoyante du Moulin Rouge. Jean-Victor Clérico, son directeur général, nous reçoit pour une plongée dans les coulisses de ce joyau de Montmartre, entre souvenirs familiaux, numéros vertigineux et vision du futur. Du French Cancan à la haute couture, des toits parisiens aux grandes scènes internationales, c’est toute une philosophie du spectacle vivant qui se dévoile.
Jean-Victor Clérico : "Je suis le directeur général du groupe Moulin Rouge, qui comprend trois établissements : le cabaret emblématique, la Machine du Moulin Rouge, salle de concert/club et bar à cocktails rooftop, ainsi que la Nouvelle Ève, un autre cabaret historique de Paris. Nous sommes une entreprise familiale depuis 70 ans, et je représente la quatrième génération à faire vivre cette aventure. Nous accueillons 600 000 spectateurs par an et proposons deux spectacles tous les soirs, tous les jours de l’année."
Jean-Victor Clérico : "D’abord l’humanité ! Ce sont des maisons très humaines, avec 450 collaborateurs et une grande variété de métiers. Ensuite, la vision à long terme : chaque décision se prend avec une responsabilité patrimoniale. On ne réagit pas dans la précipitation. C’est une entreprise qui prépare l’avenir, parfois sur 10 ans."
Jean-Victor Clérico : "Oui, chacune des générations a laissé une empreinte. Mon arrière-grand-père, Joseph Clérico, œuvrait à l’origine dans le bâtiment et avait émigré d’Italie pendant l’entre-deux-guerres. En 1946, il se reconverti en transformant le Lido, alors un salon de thé, en salle de spectacle avec le concept du diner-spectacle. Le succès est au rendez-vous et il acquiert en 1955 le Moulin Rouge. Mon grand-père, Jacki Clérico en reprend la direction en 1962 et, avec sa fibre artistique, créé des ballets aquatiques et les 11 revues qui ont suivies, de Frou Frou à Féérie aujourd’hui. Mon père, Jean-Jacques Clérico, a diversifié l’univers du Moulin Rouge avec l’acquisition de la Loco aujourd’hui devenue La Machine et a modernisé l’infrastructure scénique/artistique. Ma sœur, Virginie Clérico, et moi, nous portons des projets autour de la marque et de l’expérience, comme la comédie musicale internationale adaptée du film Moulin Rouge ou bien encore la montée en gamme de la restauration ou les rooftops à la Machine."
Jean-Victor Clérico : "Beaucoup ignorent que nous avons des terrasses confidentielles au pied du Moulin, volontairement peu médiatisées pour rester un havre parisien. Caché derrière les ailes du Moulin Rouge, le Bar à Bulles est un petit paradis végétalisé au cœur de la Cité Véron. Et peu savent que nos ateliers d'artisans – bottier, plumassier, brodeurs, costumiers – sont internalisés et œuvrent sur place. Cela permet une réactivité folle : si un costume se détériore, il est réparé entre deux spectacles pour être remis sur scène le plus rapidement possible."
Jean-Victor Clérico : "Mais parce qu’il n’existe rien de comparable ! C’est l’un des rares spectacles totalement visuels, accessibles à toutes les cultures, universel. Une immersion dès qu’on entre dans la salle, déjà mythique, qui nous plonge à la Belle Époque. Et c’est un show dansé, rythmé, ultra festif. Les gens sortent en chantant, avec des étoiles plein les yeux. Parfois, je reste à l’extérieur : je prends beaucoup de plaisir à observer la réaction des gens après notre spectacle !"
Jean-Victor Clérico : "Le spectacle est vivant. Il est révisé, amélioré, modernisé. Le synopsis reste le même, mais les numéros, les costumes, les technologies, tout est mis à jour en permanence. Et en coulisses, un nouveau spectacle est déjà en gestation. On anticipe toujours car il faut 2 ans et demi pour refaire un spectacle."
Jean-Victor Clérico : "On fait quatre auditions par an. Ce sont des danseurs pluridisciplinaires. Et pour intégrer le cancan, il faut un mois et demi d’entraînement. On parle ici de véritables athlètes. Certains sont mêmes médaillés olympiques !"
Jean-Victor Clérico : "Les artistes enchaînent deux shows par soir. Ils ont une hygiène de vie impressionnante. C’est du haut niveau. Et les numéros d’attractions – acrobates, rollers, nageuses – sont aussi d’une grande exigence. Rien n’est laissé au hasard."
Jean-Victor Clérico : "La convivialité et la fête. C’est un spectacle très festif, mais aussi une ambiance unique. Comme à l’origine, les spectateurs sont installés sur des tables, on partage donc ce moment avec les autres spectateurs. On rit, on chante, on danse dans sa tête. On sort heureux et cette convivialité est importante aujourd’hui"
Jean-Victor Clérico : "Le Moulin est actif sur les réseaux, bien sûr, mais on plante surtout des graines en diversifiant les expériences. Les jeunes viennent aux concerts et au club ou sur nos rooftops, vivent une première expérience près du Moulin, puis y reviennent plus tard pour venir voir le show du cabaret. C’est un cycle naturel."
Jean-Victor Clérico : "Ils pensent souvent que c’est un lieu à touristes, alors qu’on a 40 % de clientèle française. Nos terrasses ont été pensées pour eux, sans tapage. On veut qu’ils se réapproprient ce morceau de leur patrimoine et ce lieu très parisien/français."
Jean-Victor Clérico : "En restant un lieu unique. Pas un concept. Pas de café thématique ou de boutique hôtel. On reste lieu proposant du spectacle, un patrimoine français, ancré à Montmartre. On intègre les technologies, on pense à agrandir la scène. Même si le spectacle évolue régulièrement (vous seriez surpris si vous l’aviez vu il y a longtemps !), le cœur reste le même."
Jean-Victor Clérico : "Venez nous découvrir ou redécouvrir. Chaque soir est une fête. Que ce soit en famille, en couple ou entre amis, on s’en souvient toujours. Le Moulin Rouge, c’est un souvenir de Paris à emporter pour la vie."
Lieu
Moulin Rouge
82 Boulevard de Clichy
75018 Paris 18



















