Coronavirus : le point sur l'essai Discovery, l'Europe peine à participer

Par Laurent P. · Publié le 3 mai 2020 à 21h16 · Mis à jour le 4 mai 2020 à 11h22
Où en est l'essai Discovery, cet essai clinique européen testant quatre traitements expérimentaux contre le coronavirus ? On fait le point !

La recherche médicale toujours sur le front dans la lutte contre le coronavirus ! Lors du point de situation sur l'évolution du Covid-19 présenté par Edouard Philippe et Olivier Véran dimanche 19 avril 2020, Florence Ader, infectiologue au service des maladies infectieuses de l’hôpital de la Croix-Rousse des Hospices civils de Lyon, faisait le point sur l'essai Discovery, un essai clinique européen dont elle a la charge, et sur l'évolution des recherches en cours dans les différents hôpitaux français et européens participants.

Mais avant de faire le point sur cet essai, en quoi consiste-t-il ? Lancé le 23 mars dernier, cet essai clinique coordonné par l'Inserm doit se décliner dans sept pays européens, compter plus de 3000 patients - dont presque 700 en France, pour un objectif de 800 - et se concentrer sur quatre traitements expérimentaux contre le Covid-19, en association aux soins standards : remdesivir, hydroxy-chloroquine, Kaletra (l'association de lopinavir et ritonavir), ainsi que le Kaletra associé à de l'interféron beta. Une mise en place des traitements expérimentaux qui s'est fait de façon aléatoire, mais dont la teneur du dit traitement administré est connu du patient et du médecin. "C’est sans doute la première fois dans l’histoire des pandémies que nous sommes en capacité de mener des recherches en temps réel" a par ailleurs déclaré le professeur Ader.

Essai Discovery, où en est-on ?

Concernant le point de situation du 19 avril sur l'essai clinique, l'infectiologue a tout d'abord donné quelques précisions sur le choix des anti-rétroviraux testés lors de cet essai, ainsi que le processus de recherche : "On a mené un certain nombre de travaux in vitro, c'est à dire dans un laboratoire, et on a retenu un certain nombre de molécules qui étaient des molécules qu'on a utilisées dans le VIH ou une autre molécule qui a déjà été testée dans Ebola" explique-t-elle. Et elle poursuit : "on a testé d'autres drogues qui ne sont pas nécessairement des drogues et des médicaments utilisés dans le cadre des infections virales, et notamment la chloroquine et l'hydroxychloroquine, qui sont médicaments qu'on utilise dans le paludisme".

Des recherches en laboratoire qui ont donc conduit au choix de ces quatre traitements, et un essai au processus extrêmement rigoureux pour éviter toute controverse : "On a été extrêmement exigeant sur la réglementation, c’est-à-dire le comité de protection des personnes pour avoir tous les feux verts pour pouvoir mener ces essais, et bien sûr l’autorisation de l’agence nationale de sécurité du médicament" a-t-elle évoqué. Des précautions pour un résultat difficilement contestable, car soutenu et contrôlé par les autorités sanitaires.

Mais aujourd'hui, c'est un peu la douche froide : dans une tribune publiée chez nos confrères du Monde, samedi 2 mai, le professeur Yazdan Yazdanpanah a indiqué que pour le moment, hormis la France qui dirige ce projet, seul le Luxembourg a recruté des patients pour intégrer l'essai. Au nombre de 60, ceux-ci ne font partie de l'étude que depuis fin avril. Quid des patients allemands, autrichiens, britanniques ou portugais annoncés par les responsables de cette étude ? Aucun des pays n'a pour le moment intégré de patients. Une responsabilité qui revient à la France, qui s'est avancée un peu vite sur l'organisation officielle d'un "essai européen" en y associant ses partenaires sur le tard. La faute aussi à un manque de budget, les autres pays n'ayant pas pu anticiper les financements d'un tel projet.

Un essai qui se base sur ce que l'on connaît déjà des coronavirus

Et pour quel résultat ? Pour le moment, pas d'annonces de ce côté-là, mais une ligne directrice pour aboutir à un traitement en partant sur ce que l'on connaît déjà sur d'autres coronavirus : "L’idée, c’est que quand on progresse et qu’on comprend beaucoup mieux la façon dont le virus est structuré, la façon dont il fonctionne et la façon dont il interagit avec l’organisme, ça vous permet à ce moment-là d’avoir des stratégies complètement spécifiques au virus" explique l'infectiologue.

Elle continue : "ça aboutit à deux innovations, qui sont d’une part de trouver des cibles qui nous permettent d’élaborer de nouveaux médicaments mais qui sont complètement spécifiques à ce virus - ce sont des médicaments dit de « deuxième génération » - et on est déjà dans cette dynamique-là. Et bien sûr, le graal, c’est de trouver un vaccin ou des vaccins qui soient assez spécifiques pour générer une réponse immunitaire qui soit complètement ciblée sur ce virus".

Quant à savoir quand des résultats probants pourront être publiés, il faudra attendre encore un peu. A noter que les premiers vaccins, à l'étude entre autre à l'Institut Pasteur, pourraient être testés sur des patients d'ici cet été. Une bonne nouvelle qui donne un peu d'espoir aux Français et qui permet d'envisager un peu mieux la sortie de crise.

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