Coronavirus : les témoignages des enseignants face au confinement

Par Cécile D. · Publié le 1 avril 2020 à 16h44 · Mis à jour le 1 avril 2020 à 16h44
Ils font partie des indispensables de la nation : les professeurs et enseignants continuent de travailler et de faire travailler les millions d'écoliers et étudiants malgré cette période de confinement. Découvrez leurs témoignages, leurs expériences et leurs difficultés face à cette crise sans précédent.

Le confinement, ce n'est pas des vacances. Ça, les milliers d'élèves de la maternelle à l'université l'ont bien compris : même si l'on reste chez soi, les cours continuent. Pour organiser et assurer cette continuité pédagogique, les enseignants de tous les niveaux ont dû s'adapter et se mobiliser rapidement. Cette période délicate amène beaucoup de questionnements, d'angoisses ou de nouvelles pratiques auxquelles les professeurs se sont confrontés : découvrez leurs témoignages.

L'annonce du confinement a demandé de l'adaptation. Certains y étaient préparés, d'autres non. Pour Inès*, professeur de mathématiques dans le 94, tout est arrivé précipitamment : « Mercredi 11 mars, nous avions reçu comme consigne que les collèges ne fermeraient pas et que nous devions nous présenter au collège. Nous n'avions donc pas besoin de nous organiser pour travailler à la maison. »

Cependant, cette décision ne fait pas long feu. Inès poursuit : « Jeudi soir, la décision prise a été de fermer tous les établissements, nous étions tous surpris et étonnés. La situation était grave, assez grave pour fermer les établissements le lundi, mais pourtant le vendredi nous étions dans l’obligation de nous rendre au collège ? » 

Anne-Sophie, enseignante dans une classe de CM1 dans les Hauts-de-Seine, est heureuse que la direction de son établissement ait anticipé cette crise. « Aux vues des situations en Europe et dans le monde, on s'attendait à une mise en quarantaine. On ne comprenait même pas pourquoi cela n'avait pas été fait plus tôt. On a pu s'organiser suffisamment à l'avance pour que toute l'équipe s'harmonise et sache ce qu'elle devait faire. »

En revanche, l'attitude du gouvernement a manqué de rigueur selon Anne-Sophie : « le message du gouvernement concernant la présence à l'école est resté très confus. Toute la communication autour du confinement a été floue. Par exemple, le ministre a demandé que des professeurs soient présents pour garder les enfants du personnel soignant : là-dessus, pas de problème. Mais ensuite ? On n'a pas eu de cadre, très peu d'informations sur ce sujet et surtout, aucun moyen : pas de gants, pas de masques ou de gel hydroalcoolique. On doit se débrouiller seuls et faire le maximum sans aide de l'Etat. »

L'enseignante, tout comme Inès, déplorent cette imprécision. La professeure de mathématiques n'a pas pu organiser de réunion pour mettre en place une continuité pédagogique. « Nous avions beaucoup de questions sans réponses.Tout le week-end, nous nous posions des questions, nous attentions impatiemment un mail pour nous informer des directives. Les informations sont arrivées dimanche soir. Finalement, " aucune réunion ne doit se tenir dans les établissements. ". Un coup de massue. »

Le numérique comme nouvelle salle de classe

Alexandros Moraïtis est intervenant à l'ISCOM Paris, pour un cours de communication et de stratégie digitale. Il retrouve ses étudiants sur des applications comme Zoom, pour les aider et les guider à distance. « On avait des projets en cours, une compétition inter-classe que l'on a maintenu. On s'est adapté facilement, on avait déjà un peu d'entraînement : on se retrouve presque dans la même situation qu'en décembre dernier, avec les grèves de transport. »

Inès et Anne-Sophie se reposent elles aussi sur le numérique pour assurer leurs cours et communiquer avec leurs élèves. Là encore, ces dispositifs sont plus simples pour certains que pour d'autres.

Anne-Sophie est heureuse qu'elle et ses élèves puissent se connecter à Internet sans soucis : « Dans les niveaux supérieurs, les logiciels qui plantent ou qui sont surchargés posent beaucoup de problème aux profs et aux élèves. » L'institutrice de CM1 a adopté une stratégie simple mais efficace : elle a fourni un plan de travail général aux parents et elle transmet les devoirs la veille. Grâce aux mails et à WhatsApp, elle peut guider parents et enfants au mieux.

« Toute cette situation appelle à faire preuve de souplesse et d'adaptation. Face à ce quotidien anxiogène, l'important est de rassurer les enfants. Pour ça, WhatsApp est très utile : l'application permet d'envoyer des messages personnels, plus fun, moins strictes », ajoute t-elle.

Pour Inès, la situation est bien différente : « Nous sommes dans un collège Réseau d'Education Prioritaire, où il est déjà difficile de mettre les élèves au travail. On nous propose plein d’outils numériques pour assurer les cours mais il est difficile d’apprendre à nos élèves à les utiliser sans pouvoir leur montrer. »

Inès craint que certains élèves ne soient laissés sur le côté pendant cette période de confinement : « Les parents, souvent, ne parlent pas bien le français et peuvent difficilement aider leurs enfants. Nous devons faire avec ce que l'on a, c'est-à-dire pas grand chose, pour faire au mieux. Certains élèves jouent le jeu, d’autres ne font rien. J’espère qu’on arrivera au mieux à les accompagner, que cette situation ne creusera pas encore plus les inégalités entre nos élèves même si c’est difficile d’imaginer le contraire. »

Anne-Sophie s'inquiète également des effets d'un confinement prolongé. « L'école manque aux élèves, ils s'ennuient, s'amuse t-elle. Néanmoins, on se demande comment on va les retrouver, s'ils seront heureux de revenir, s'ils ne souffrent pas trop de cette situation. Pour les enfants qui habitent à plusieurs dans de petits appartements, il est difficile de travailler ou même de vivre confortablement. »

Et après ?

Les enseignants arrivent malgré tout à trouver des effets positifs à cette situation. « Sur WhatsApp, on a recréé du lien entre parents et du lien parent-prof. Il y a beaucoup de discussions, de conseils, c'est chouette de voir la solidarité qui s'installe et le lien qui perdure », se réjouie Anne-Sophie

L'institutrice espère que cette énergie positive va perdurer après le confinement. « Je vois beaucoup de reconnaissance vis-à-vis des soignants et du personnel de la fonction publique comme les éboueurs, les profs, les chauffeurs de bus et bien d'autres. J'aimerais que cet élan continue, que ces professions soient mieux écoutées et respectées après, que l'on nous donne à tous les moyens de travailler convenablement. » 

Alexandros Moraïtis est du même avis : « des changements économiques, sociaux, environnementaux vont devoir se faire. Tout le monde est concerné par cette crise, quelles évolutions cela va entraîner pour notre société ? On a déjà vu de belles initiatives émerger, pour nous rassembler. Et après ? La situation actuelle pose de vraies questions et devrait générer des réponses intéressantes. »

*Les prénoms ont été changés.

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