Les chiffres parlent d'eux-mêmes : après 15 branches dédommagées en 2023 et 5 en 2024, seulement deux axes ferroviaires franciliens ouvriront droit à remboursement en 2026 pour les retards RER de 2025. Une amélioration en trompe-l'œil qui ne correspond pas forcément au ressenti quotidien des voyageurs du RER B et du RER C, particulièrement sur les branches nord et sud de l'Île-de-France.
Depuis 2021, Île-de-France Mobilités (IDFM) a mis en place un système d'indemnisation pour les usagers des lignes les plus défaillantes. Le principe est simple : si une branche ferroviaire affiche un taux de ponctualité inférieur à 80% pendant au moins trois mois dans l'année, les détenteurs du passe Navigo concernés reçoivent une compensation financière. Cette mesure vise à dédommager les voyageurs qui subissent quotidiennement les aléas d'un réseau parfois saturé.
Pour 2025, selon les données disponibles sur les onze premiers mois publiées dans le bulletin de la ponctualité d'IDFM, seuls deux axes répondent à ce critère : la branche Aulnay-sous-Bois - Mitry-Claye sur le RER B nord en Seine-Saint-Denis, qui a passé cinq mois sous le seuil fatidique, et l'axe Dourdan - La Norville sur la ligne C en Essonne, tombé sous les 80% quatre mois sur onze. Ces deux branches vont donc générer des remboursements automatiques au printemps 2026 pour leurs usagers réguliers.
À première vue, les statistiques semblent encourageantes. La ligne A, véritable colonne vertébrale du réseau francilien, devrait terminer l'année 2025 avec un taux de ponctualité proche de 94,5%, soit un point de mieux qu'en 2024. Elle dépasse même les objectifs contractuels fixés par l'autorité organisatrice des transports. De quoi rassurer les centaines de milliers d'usagers qui l'empruntent quotidiennement entre le Val-de-Marne et les Yvelines.
Le RER B, habitué des dernières places, montre des signes d'amélioration avec un taux de 88,8% sur l'ensemble de la ligne. Il se rapproche ainsi du seuil minimum de régularité fixé à 89% pour 2025. Cette progression s'explique notamment par le plan de fiabilisation lancé en 2023, qui commence à porter ses fruits malgré des performances encore irrégulières. La ligne C affiche également une amélioration à 88,26%, sans toutefois atteindre les objectifs demandés.
En revanche, la ligne E, qui desservait déjà Haussmann-Saint-Lazare et s'est étendue jusqu'à Nanterre fin 2024, termine l'année à 90,22%, soit 2,5 points de moins qu'en 2024. Cette baisse s'explique en partie par la période d'adaptation liée à cette extension majeure dans les Hauts-de-Seine. Le RER D enregistre lui aussi un recul de 2 points sans justification structurelle, devenant ainsi la ligne la plus éloignée de ses objectifs de régularité. Un constat qui inquiète particulièrement les voyageurs du nord et du sud de Paris.
Les associations pointent du doigt le caractère binaire du système d'indemnisation. Concrètement, une branche affichant 79% de ponctualité donne droit à remboursement, mais pas celle qui atteint 80,01%, comme la branche Vigneux - Corbeil sur la ligne D en novembre dernier.
Si le taux n'atteint pas les 80% mais se révèle à 79%, la SNCF la considère acceptable. Ce taux signifie pourtant qu'un train sur cinq n'est pas au rendez-vous. Le seuil de 80% est-il réellement représentatif d'un service de qualité acceptable pour des millions de Franciliens qui dépendent quotidiennement de ces lignes pour se rendre au travail ?
Les usagers de la ligne C, particulièrement sur les branches essonniennes non concernées par le remboursement, s'estiment tout autant pénalisés que ceux de l'axe Dourdan - La Norville. De même, les voyageurs du RER E qui ont subi les désagréments liés aux travaux d'extension auraient aimé voir leur patience récompensée. Quant aux utilisateurs du RER D, ils n'auront droit à aucune compensation alors que leur ligne a enregistré la plus forte baisse de régularité du réseau.
Malgré les améliorations constatées sur le RER B, la ligne continue d'afficher des résultats fluctuants. En novembre 2025, l'axe Aulnay - Mitry-Claye a touché le fond avec à peine 70% de ponctualité. Face à cette situation, IDFM a demandé aux exploitants, SNCF Voyageurs et la RATP, de redresser rapidement la barre. L'autorité organisatrice attribue ces difficultés persistantes à des "problèmes de fiabilité du réseau et des difficultés d'exploitation".
L'une des solutions attendues avec impatience concerne le renouvellement du matériel roulant. Les 146 nouvelles rames commandées en 2020 pour équiper la ligne B devaient arriver en 2025. Mauvaise nouvelle : elles ne circuleront finalement qu'à partir de 2030. Un retard de cinq ans qui ne va pas améliorer le quotidien des usagers à court terme.
Du côté de la ligne C, les projets sont encore plus ambitieux mais également plus lointains. Les branches essonniennes, qui souffrent à la fois de la vétusté des infrastructures et de la complexité d'une ligne "tentaculaire", vont être transformées en ligne Y avec un terminus à Austerlitz. Elles seront équipées de nouveaux trains à deux étages. L'appel d'offres devrait être lancé cette année pour une livraison attendue en 2032. D'ici là, combien de retards à répétition devront encore être indemnisés ?
En attendant ces grands chantiers de modernisation, les voyageurs franciliens devront continuer de composer avec un réseau qui progresse doucement mais sûrement, tout en gardant des fragilités sur certains axes. Les remboursements de 2026 pour les retards de 2025 concerneront donc principalement les usagers des branches Aulnay - Mitry-Claye et Dourdan - La Norville.
Pour vérifier si votre ligne est éligible et connaître les modalités de remboursement, vous pouvez consulter le site officiel d'Île-de-France Mobilités qui détaille les critères et les procédures à suivre au printemps prochain.
Âge recommandé
Tout public















