Élections régionales : vers un nouveau report en 2022 ?

Par Alexandre G. · Publié le 26 janvier 2021 à 14h23 · Mis à jour le 26 janvier 2021 à 15h27
Mi-novembre, l'ancien président du Conseil Constitutionnel Jean-Louis Debré préconisait à Matignon de reporter les élections régionales en juin 2021 en raison de la crise sanitaire. Un décalage de date qui permettrait au scrutin, initialement prévu en mars 2021, de ne pas connaître les couacs des dernières élections municipales. Alors que le texte est examiné ce mardi 26 janvier 2021 au Sénat, certains membres de l'opposition soupçonnent l'exécutif de vouloir reporter le scrutin... Après les élections présidentielles de 2022.

Face à la menace du Covid-19, le report des élections régionales et départementales est inévitable. Pour l'heure, le texte précisant un premier report à juin 2021 ne semble pas déranger l'opposition, et devrait être accepté par la majorité des parlementaires lors de son examen, qui débute ce mardi 26 janvier 2021 au Sénat. Seulement, des voix de l'opposition (surtout à droite) avertissent d'un danger potentiel : l'opportunité pour l'exécutif de décaler le scrutin au-delà des prochaines élections présidentielles, prévues en 2022.

À l'origine de cette méfiance, on retrouve l'ancien ministre Jean-Louis Debré. Celui qui a été chargé de remettre un rapport en novembre 2020 au sujet du report des élections régionales ne cache pas ses soupçons. Lors de son audition au Sénat, l'ancien président du Conseil constitutionnel laisse entendre qu'en fait, "on voulait que j'arrive à la conclusion qu'il fallait que l'on reporte tout après les présidentielles". Il précise qu'il s'est "rapidement rendu compte qu'il y avait beaucoup d'arrières-pensées chez les uns et les autres". En réponse, l'Élysée dément "catégoriquement" ces suppositions. 

Sauf qu'entre-temps, les rumeurs enflent à droite. Un député de l'opposition interrogé par Libération avoue que nombreux sont ses collègues à être "convaincus que (le pouvoir) veut reporter pour éviter une raclée". D'après lui, "le problème ce n'est pas le jour du vote, c'est de pouvoir tenir une campagne digne de ce nom" explique-t-il au quotidien. Une autre voix de l'opposition estime être "de moins en moins sûr que les régionales auront lieu en juin", affirmant par la même occasion que "les macronistes veulent faire passer soit la proportionnelle pour les législatives, soit le report des régionales". 

Fin-décembre 2020, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal indiquait à la sortie du Conseil des ministres qu'un projet de loi portant sur le report des élections régionales et départementales allait être présenté au Parlement dans les prochaines semaines. 

Dans tous les cas de figure, les dates précises doivent être communiquées aux électeurs six semaines avant le scrutin,. Logiquement, les dates de vote devraient être fixées entre les 13 et 20 juin ou les 20 et 27 juin. À moins que l'option d'un nouveau report soit privilégiée. 

D'ailleurs, c'est précisément l'option favorite du président de l'Assemblée nationale Richard Ferrand et du sénateur LREM François Patriat. Ce dernier prédit à Libération que "les gens n'iront pas voter en juin", redoutant une forte abstention et du coup une légitimité moins forte pour les élus une fois arrivé à la tête de leur région. Et d'après lui, le coup monté viendrait surtout de la droite. "La droite veut à tout prix (les régionales) avant 2022 pour s'offrir un tremplin vers la présidentielle. Eux aussi font de la politique". Un aveu à demi-mot d'une tentative de manoeuvre politique par la majorité ? 

Mais alors, pourquoi décaler à tout prix ces élections régionales et départementales ? Tout simplement pour éviter les couacs des dernières élections municipales. On se souvient que la bonne tenue du scrutin avait été chamboulée à bien des égards par la violence de la première vague du Covid-19, avec par exemple une abstention record.

Aussi, le bon déroulement des élections semble compromis par la prééminence de l'État d'urgence sanitaire, dont le Parlement a voté -non sans complications- le prolongement jusqu'au 16 février, minimum. En effet, pour l'heure, les facteurs inquiétants concernant la propagation de l'épidémie laissent penser à une prolongation plus que probable de cet état exceptionnel, au-delà de la date butoir. 

Encore plus étonnant, le haut fonctionnaire entendait remettre au goût du jour une méthode de scrutin oubliée depuis longtemps en France : le vote par correspondance. À l'image de ce que l'on a pu observer pendant les élections américaines de novembre 2020, il demande à Matignon "d'envisager le développement du vote par correspondance ou par internet". Une pratique que l'on ne connaît plus depuis 1975 en France. Le cabinet du Premier ministre rappelle que des "fraudes massives" avaient été constatées à l'époque. 

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