Éphéméride du 7 septembre à Paris : La réquisition des taxis parisiens, les "taxis de la Marne"

Par Manon C. · Mis à jour le 7 septembre 2021 à 15h58 · Publié le 6 septembre 2021 à 23h23
Les 6 et 7 septembre 1914, 1300 taxis parisiens sont réquisitionnés par l'armée française pour envoyer des soldats en renfort sur le front de la bataille de la Marne. Les "taxis de la Marne" vont transporter 6000 fantassins et permettre de freiner l'avancée des troupes allemandes vers Paris.

Les 6 et 7 septembre 1914, alors que l'armée allemande a franchi la Marne, l'état-major français réquisitionne, faute de trains suffisants, 1300 taxis parisiens afin d'envoyer rapidement des troupes de fantassins en renfort sur le front et ainsi stopper la percée ennemie ; c'est l'affaire des "taxis de la Marne". 

Depuis le début du mois de septembre, les troupes françaises sont en difficulté sur le front, tandis que l'ennemi se rapproche dangereusement de la capitale et prend l'avantage lors des premières semaines de la Première Guerre mondiale. Sous la menace de possibles bombardements, le gouvernement quitte Paris pour rallier Bordeaux. 

Le 5 septembre débute alors la première bataille de la Marne, au nord-est de la capitale, qui pourrait bien, en cas d’échec des Alliés, tomber aux mains des Allemands. Sur la rive gauche du fleuve, les armées françaises et anglaises font face aux troupes ennemies, présentes en nombre sur la rive opposée. Le front, d'une longueur de 300km, voit s'opposer 900 000 soldats allemands à un million de soldats français et britanniques, alors que cinq batailles sont menées de manière concomitante sur le champ de bataille

Taxis de la MarneTaxis de la MarneTaxis de la MarneTaxis de la Marne

Mais la situation est critique. Commandant en chef des opérations de l’armée française, le général Joseph Joffre rédige, le 5 septembre au soir, un ordre du jour qui sera diffusé le 6 à 7h30 du matin : "Au moment où s’engage une bataille dont dépend le sort du pays, il importe de rappeler à tous que le moment n’est plus de regarder en arrière. Tous les efforts doivent être employés à attaquer et à refouler l’ennemi. Une troupe qui ne peut plus avancer devra, coûte que coûte, garder le terrain conquis et se faire tuer sur place plutôt que de reculer. Dans les circonstances actuelles, aucune défaillance ne peut être tolérée." 

Face à la fermeté du général, et alors que des uhlans allemands ont été signalés à seulement quelques dizaines de kilomètres de Paris, le général Joseph Gallieni, gouverneur militaire de Paris, le général Jean-Baptiste Clergerie, ainsi que André Walewski, fondateur de la Compagnie française des automobiles de place, ont une idée lumineuse pour renforcer la 7e armée du général Maunoury, à l'extrême gauche du dispositif allié, face à la 1ère armée du commandant allemand Alexandre Von Kluck. 

Aussi, afin d'envoyer rapidement des troupes françaises en renfort à proximité du champ de bataille et ainsi réaliser une opération marquante visant à contenir et détruire les avant-gardes allemandes, l'état-major français décide de réquisitionner des taxis parisiens ; les réseaux ferroviaires autour de Paris étant insuffisants, plus ou moins saturés et bien souvent désorganisés.  

Taxis de la Marne InvalidesTaxis de la Marne InvalidesTaxis de la Marne InvalidesTaxis de la Marne Invalides

L'idée n'est, en réalité, pas nouvelle. Fin août 1914, des taxis-autos avaient déjà participé au ravitaillement du camp retranché de Paris sous l'initiative de l'intendant général Burguet. Depuis, le général Gallieni possède une réserve permanente de 150 taxis disponibles nuit et jour, pouvant être triplée en quelques heures - la capitale dispose en réalité de 10 000 taxis, mais 7000 chauffeurs sont déjà mobilisés pour la guerre. 

Dans la nuit du dimanche 6 au lundi 7 septembre 1914, 630 taxis parisiens, en majorité des Renault AG-1 Landaulet, se regroupent dans la cour des Invalides. Roulant à 25km/h, chaque taxi peut embarquer jusqu'à cinq hommes avec leur paquetage. Ce premier convoi prend la direction de Tremblay-Lès-Gonesse et Mesnil-Amelot avant d'atteindre Livry-Gargan et Sevran-Livry, tandis qu'un second convoi de 700 véhicules quitte, un peu plus tard dans la journée, les Invalides pour rejoindre Gagny.

Arrivés au point de ralliement, les taxis embarquent à leur bord 6000 fantassins de la 14e brigade de la 7e division d'infanterie commandée par le général Edgard de Trentinian. Le lundi 7 septembre dans la nuit, les deux bataillons du 104ème R.I. débarquent à Nanteuil-le-Haudoin dans l'Oise, suivis de près par les trois bataillons du 103ème R.I., débarqués, le 8 septembre à l'aube, à Silly-le-Long, au sud de Nanteuil-le-Haudoin. 

Bataille de la MarneBataille de la MarneBataille de la MarneBataille de la Marne

Une fois les soldats déposés à proximité du front de la Marne, les chauffeurs de taxi rentrent à Paris, et les compagnies sont payées 70 102 francs par le ministère de la Guerre, soit le prix affiché au compteur comme pour les courses habituelles. 

Bien que l'épisode des taxis de la Marne ne fut pas décisif pour la première bataille de la Marne, l'initiative contribue tout de même à stopper l'avancée des troupes ennemies et marque l'Histoire et les esprits moins en terme militaire que de manière psychologique. Par son ampleur inédite et l'investissement de la population, les taxis de la Marne entrent dans la légende et deviennent rapidement le symbole de la solidarité, de l'unité et de la détermination nationale.

Plusieurs taxis de la Marne ont été acquis, afin de perpétuer le souvenir de cet évènement mythique : deux Renault G7 sont ainsi visibles au Musée de l'Armée, situé dans l'Hôtel des Invalides, et au Musée de la Grande Guerre, à Meaux. 

Pour en savoir plus

Informations pratiques

Lieu

129 Rue de Grenelle
75007 Paris 7

Commentaires
Affinez votre recherche
Affinez votre recherche
Affinez votre recherche
Affinez votre recherche